09 avril 2026

Allo ! Docteur ?

 Il se dit que l’hôpital est malade, que le personnel soignant est en grande difficulté, qu’il frôle la dépression totale et que « le manque de moyens » est récurrent. Dans certains secteurs du rural profond, il est même recommandé de se renseigner pour savoir si les urgences fonctionnent avant de monter sur une échelle ! Les maires, administrateurs des déserts médicaux, envoient les ordonnances les plus alléchantes aux médecins qui veulent guérir de « l’urbanité aigüe »! En fin de compte, tous ces grands malades se tournent vers le gouvernement qui, comme chacun le sait, est composé de spécialistes en maladies chroniques qui explosent tous les 5 ans!

 Il y a, cependant, dans certains bourgs de campagne habités par une majorité de personnes âgées, des médecins qui « fonctionnent à l’ancienne ». Pour prendre un rendez-vous, inutile de déranger « doctolib », de vous enregistrer sur une liste d’attente, de surveiller une heureuse défection pour vous insérer dans la file des inscrits, d’entendre une voix informatisée  (faites le 1, cliquez sur…), de vous tromper  plusieurs fois parce que vous n’avez pas suivi le protocole et, au final, de faire exploser votre tension artérielle. Vous prenez tout simplement votre bon vieux téléphone, vous appelez le cabinet médical. Et, miracle, une voix vivante  vous répond : celle de votre médecin qui vous donne, lui-même, le rendez-vous si convoité.

 Entendre une voix humaine, vous soulage déjà d’une partie vos douleurs et vous réconcilie avec l’humanité. Il est certain que ces appels répétés viennent perturber la consultation de celui ou de celle qui était  en train d’expliquer ses symptômes et craint que la mémoire du praticien perde le fil interrompu des explications données.

Mais ceux et celles qui regretteraient  les ordres anonymes et informatisés de la bande enregistrée, ne perdent rien pour attendre. Il leur faudra peut-être consulter un spécialiste qui leur donnera rendez-vous dans 3 ou 4 mois, avant d’avoir la chance d’être admis à l’hôpital, lui-même au bord de l’agonie.

Merci docteur, d’avoir utilisé le plus bel outil de notre humanité : la parole vivante!  Et le Verbe s’est fait voix et la voix était la vie!  

 



23 mars 2026

Nous échouerons tous à dire le vrai Dieu

 Jean- Claude, rencontré un matin de printemps: « J’ai assisté à une messe traditionnelle et j’y ai retrouvé l’ambiance bénie de mon enfance : Une liturgie bien ordonnée, quelques chants grégoriens, le sens du sacré. J’ai pu prier sans être distrait par des interventions diverses malvenues. Enfin une vraie messe ! » 
Margot, le même jour: « J’ai abandonné la messe de ma paroisse. Je ne me retrouve plus dans ce cérémonial compassé, ritualisé, où le décorum compte davantage que la « mémoire » du Christ et où manifestement Dieu comprend mieux le latin que le français. D’ailleurs, je me demande parfois si nous avons le même Dieu ! »


Excuse-moi Margot mais ni toi ni moi ni personne ne peut « avoir Dieu ». Ce verbe possessif trahit le fond du problème qui oppose aujourd’hui les catholiques entre eux ou certains courants religieux qui s’affrontent dans notre monde. Qui a (sous entendu)  le vrai Dieu ?». N’est-ce pas l’image que nous nous faisons de Dieu qui, au lieu de nous unir, nous divise car chacun croit avoir découvert le Dieu véritable et essaie de le manifester si ce n’est dans sa vie du moins dans la prière liturgique.
Nous avons connu une période préconciliaire où il n’était pas rare de voir certaines paroissiennes égrener leur chapelet pendant que le prêtre et les enfants de chœur célébraient le « saint sacrifice » en hauteur, à distance du peuple, tournés vers l’orient comme il se doit. Il existait même à cette époque là des recueils de prières recommandées pour « suivre » chaque partie de l’eucharistie. Dieu se cachait dans sa gloire céleste, on craignait son courroux et on le suppliait d’accorder son aide. Les baptisés assistaient à l’office.
Quand le peuple chrétien a voulu s’associer davantage à la célébration du prêtre nous avons vu apparaître les manuels paroissiaux qui proposaient une traduction bienvenue des prières officielles enfilées en latin. Puis le Concile nous a offert la messe dite de Paul VI faisant place aux textes de la 1ère Alliance, permettant la concélébration et une participation des fidèles plus importante. Dieu se faisait proche et le Christ plus fraternel !


Nous avons assisté, en ce temps là, à un mouvement dit « d’enfouissement ». Autant Dieu s’était fait lointain, tout-puissant et intransigeant, autant des chrétiens, au nom du « Dieu très bas » cher à Christian Bobin, ont voulu manifester à leurs contemporains  un Dieu compagnon d’une humanité en quête de justice et de fraternité. Le partage silencieux était leur programme.


Aujourd’hui, constatant les limites de cette pastorale et profitant d’un paysage culturel plus fragmenté et plus attestataire, les catholiques sont tentés de retrouver la splendeur supposée de l’Eglise d’antan avec l’approbation du vrai Dieu, remonté sur son trône de gloire, enveloppé dans des volutes d’encens rappelant la nuée qui entourait la Tente de la rencontre dressée par Moïse. Et nous assistons, parfois, à un concours de génuflexions appuyées, de processions bruyantes à grand renfort de dais et de plumeaux, oubliant Jésus juché sur un âne pour entrer dans la Ville. Par ailleurs, la période du Covid a permis à beaucoup de chrétiens, souvent âgés, d’apprécier la liturgie digne et simple des Dominicains proposée par l’émission « Le Jour du Seigneur ». Eloignée de ces assauts de solennité  qui n’honorent que nos manières humaines ainsi que des aridités d’une simplicité qui frise parfois la vulgarité, elle offre une version équilibrée de la Cène.
Faut-il rappeler aux uns comme aux autres que personne, jamais, qu’il soit baptisé, prêtre ou pape, qu’il fasse appel aux décibels de l’orgue, aux vocalises du chant grégorien, aux dorures des ornements soyeux, personne, hormis Jésus le Christ, ne saurait rayonner pleinement l’Etre Unique de  Dieu. Jamais, non plus, l’enfouissement le plus profond ne saurait égaler l’abaissement de Celui qui « de condition divine…s’est anéanti » jusqu’à sa propre mort (Ph2).


Alors, merci à tous de vouloir manifester au mieux le nom et le visage de Dieu par des liturgies soignées nous souvenant que, dans ce domaine, le trop, dans l’apparat ou dans la nudité, dessert la juste attitude devant le Mystère. La discrétion et l’effacement des célébrants et animateurs s’imposent avec un bémol sur notre caquet. C’est ainsi que nous serons transparents de l’Autre, nous mettant nous-mêmes en position de pécheurs et de priants. Jamais personne ne pourra revendiquer « avoir » le vrai Dieu. Le fait même de le penser et de le dire disqualifie le croyant. Alors, inutile de concourir dans une compétition liturgique à l’assaut du Dieu Roi de l’Univers ou de rivaliser d’ardeur dans le lavement des pieds de l’humanité. De toutes les façons, le monde, jaloux de  Dieu, se chargera  de renvoyer les uns et les autres à leur échec apparent programmé depuis que la Croix a précédé la Résurrection et qu’elle s’avère incontournable.   


 

12 mars 2026

Une rafale de superlatifs !


 Nous commençons à nous habituer (quoique difficilement) à ces discours à l’emporte pièce et à ce déluge de  superlatifs assaisonné de formules grandiloquentes qui tombe sur l’Amérique depuis que l’homme à la casquette est revenu au pouvoir. Presque chaque jour, « pour la première fois dans l’histoire »,  les Etats-Unis  connaissent un record absolu. Jamais le monde n’a connu cette « campagne sans précédent » menée en Iran, devenue une rapide « excursion »! Jamais il n’a connu un  tel faiseur de paix. Plus fort, plus puissant, plus riche, plus doué que ces Américains là : tu meurs !

Il faut dire qu’ils sont bien aidés par les autres prétendants au trône mondial. Le tsar de toutes les Russies, bien moins bavard, laisse parler les missiles au nez et à la barbe des Européens médusés. Quant au sphinx chinois, figé dans un sourire sournois, il n’a pas dit son dernier mot. Pendant ce temps, Israël et son protecteur réveillent les vieux démons fratricides qui avaient renvoyé Agar et son fils Ismaël  dans le désert, sauvés in extremis par la mansuétude du Dieu d’Abraham. Nous avions connu le « grand timonier » et voici « le guide suprême » qui meurt sous les bombes. La guerre devient divine et le « grand Satan » mène le bal !

Qui est ce Satan ?  Où est-il tapi ?

Inutile de le chercher exclusivement chez ceux qui crèvent les écrans. Toute proportion gardée, il habite en nous et se nomme « ego ». Chacun cultive depuis sa naissance cette graine spéciale qui fait de nous un être unique et responsable. Et n’est-il pas vrai que nous passons le temps à satisfaire et à développer notre « ego» originel ? Mais cette semence, qui devrait s’épanouir à « l’image et à la ressemblance de Dieu » notre Père et à offrir un miroir dans lequel l’autre puisse se regarder comme un frère, ne donne qu’une récolte de superlatifs qui nous droguent et nous gonflent de violence. Jacques et Jean, les apôtres, aidés par l’ambition de leur mère, ont bien failli eux aussi s’agenouiller devant leur « ego ».

Pas étonnant alors qu’à force de jouer avec les « plus », les « surdimensionnés » finissent par confondre Dieu et leur « ego » et enfilent le costume du dictateur, sous les yeux admiratifs de ceux qui n’ont rien vu venir. Superlatifs, attention : danger !

27 février 2026

Mon pauvre vieux ! (1)

 


Essoré, par les ans, tu rétrécis. Tes gestes familiers réduisent leurs répétitions inutiles. Tes marches quotidiennes raccourcissent sous des prétextes aussi sages et aussi faux les uns que les autres. Tes diverses prothèses deviennent tes maîtresses. Elles exigent soins, réparations et entretien quotidiens. Tes bas de  contention te demandent des contorsions d’astronaute entrant dans son sac de couchage. Ta zone d’influence a disparu des écrans. Relations et amis  sont comme toi, occupés à survivre. Soignants en toutes spécialités et auxiliaires de vie sont devenus tes familiers attentionnés. 

Alors, au lieu de gémir sous le vent et la pluie froide de l’hiver, plutôt que d’agripper, avant qu’elles ne s’envolent, les dernières feuilles qui te revêtaient d’un semblant d’apparence et de dignité, anticipe la chute et devance l’inéluctable sans prétendre les maîtriser.

Tu rétrécis, mon vieux ! Profites-en pour aller profond, jusqu’aux racines. Elles sont le gage de nouveaux fruits que tu espères dans le noir. En fait, tu es en train d’apprendre la radicale pauvreté. Celle que tu admirais chez les saints tout en augmentant ton nécessaire ! Ton vrai carême commence. Non plus celui que tu t’imposes et que tu choisis mais celui que tu redoutes d’autant plus qu’il ne te demande pas ton avis. La vieillesse arrache par lambeaux la peau du « vieil homme » qui,  en toutes circonstances, trouvait toujours un motif de se satisfaire de lui-même. Enfin, tu deviens pauvre, pauvre de ton ego, cet ego qui renaît sans cesse de ses cendres!

Toi qui entoures des arguments les plus pastoraux et les plus théologiques ta volonté de marquer encore de  ton  empreinte la société et l’Eglise, souviens-toi de tes prédécesseurs dont on disait grand bien et qui jouissaient d’une bonne renommée. Qui, aujourd’hui, fait encore référence à eux, à part les intimes ? Vanitas vanitatum !

Ne dis jamais : « Je ne sers plus à rien » ! L’utilité de ton sacerdoce ne se mesure pas au nombre de baptêmes ou de messes célébrées dans ta vie. Sinon Jésus, ton Seigneur, aurait du souci à se faire !

Tu n’as peut-être plus l’occasion d’offrir une liturgie digne et nourrissante à tes frères chrétiens. Ne regrette rien ! Tu es en train d’apprendre que la simplicité vise à l’essentiel. Tout ce que les siècles ont accumulé en termes d’architecture, de vêtures, de postures, de musiques, d’orgueilleuses certitudes, toutes aussi « sacrées » les unes que les autres, a fini par réduire au rang des accessoires l’Unique sujet de toute célébration. On t’a dit que tout cela contribuait « ad majorem Dei gloriam » ! La gloire de l’homme s’est bien servie au passage ! 

Quand tu célèbres une eucharistie réduite à sa plus simple expression en actualisant l’unique Cène célébrée éternellement par le Christ, en  communion avec l’assemblée des saints qui t’ont précédé dans le Royaume, dis-toi que tu es  au cœur du Mystère … même si  tu t’aperçois trop tard que tu avais mis ton  étole à l’envers.

Ne t’énerve pas quand tes doigts gourds ont «sauté » une page de psaumes et que tu n’as pas récité en son entier l’office de ton bréviaire. Pose- toi une seule question : Ai-je un peu prié malgré ce dérapage digital ?

En parlant de prière, tu sens bien que tu ne peux plus compter sur la concentration de ton esprit pour sonder le message de la Parole de Dieu. Tes pensées vagabondent en tous sens et s’arriment sur la dernière conversation que tu as eue ou sur le visage de celles et ceux dont tu as reçu un appel téléphonique. Ainsi il t’arrive de faire défiler sans fin tout ton annuaire alors que tu devais t’adresser à Lui Seul. Tous font partie de ta vie, ils sont même ta vie. Inclus-les dans ton oraison. Confie-les au Seigneur ! Et si tu estimes trop pauvre ta prière, demande à Marie  de la faire à ta place, elle sait comment s’y prendre pour être  entendue !  « Prie pour nous pauvres pécheurs ». 

 De faux amis te diront qu’en cette période de pénurie de célébrants : «  Tu devrais « faire le prêtre jusqu’au bout ». Cela ne les empêchera pas de glisser à l’oreille des autres paroissiens: « Tu as vu comme il a vieilli ! ».  Recommande-leur simplement de relire les « Actes des Apôtres » et de se « faire chrétiens » comme l’étaient les membres des premières communautés !  Qu’ils se souviennent aussi que Jésus était encore prêtre quand il acceptait d’être aidé par un certain Simon de Cyrène et qu’il ressemblait plus à un bandit châtié qu’à un lévite du temple.

Bref, tu quittes à grand peine le royaume du « faire »  et du « paraître ». Désormais, il te suffit « d’être » comme la première jacinthe qui annonce le printemps et qui s’en va après avoir été. Mais qu’est-ce qu’être pour un Adam et une Eve si ce n’est suggérer une « image et une ressemblance » de Dieu, mais… en ombre chinoise.

(1)    Quand un vieux prêtre parle à son béret !

12 février 2026

Saint Blaise en Soule

 


N’invoquez pas St Blaise pour faire revenir le beau temps sur le Pays Basque ! Il pleuvait des cordes dimanche dernier quand l’Hôpital fêtait son saint patron. Mais chacun sait qu’avant de recevoir la mitre et à défaut de contrôler la météo, cet évêque d’Arménie du 4ème siècle s’était spécialisé dans les maladies de la gorge. Oto-rhino-laryngologiste avant l’heure !
 

L’Eglise du village, joyau de l’art roman, avait dû ouvrir l’accès à la tribune pour contenir la foule du grand jour qui doublait largement le nombre des habitants de la commune ! Nos deux techniciens de la radio locale occupaient les ondes pour atteindre les oreilles les plus éloignées.
 

La fête avait mobilisé les nombreux et énergiques bénévoles de la municipalité et de la paroisse confondues sous la houlette de quelques responsables bien rodés qui veillaient  à l’exécution du programme prévu.  St Blaise, présidait. Privé de procession, il restait sagement fixé sur son brancard devenu inutile. Au moment de l’Eucharistie, tous s’en donnèrent à cœur joie et à gorge déployée pour faire retentir cantiques souletins et français qui s’élevaient en volutes aériennes jusqu’à la voûte étoilée inspirée de l’art mauresque. 
 

A propos de gorge, depuis le 4eme siècle, la médecine a mis largement à profit les dons de Dieu appelés « science et intelligence » pour remplacer les évêques guérisseurs. Il y a cependant dans la gorge un petit organe très utile, appelé la langue, qui permet à l’être humain de parler et de se distinguer ainsi de l’animal. Cette excroissance de la gorge est souvent si gravement malade qu’elle mérite le qualificatif de « langue de vipère ». Elle est  redoutable ! Que de mots à double sens assassins, que d’adjectifs vénéneux, que de paroles tranchantes comme une épée, que de silences et de sous-entendus blessants…
 

Si l’intercession de St Blaise paraît moins nécessaire aujourd’hui pour juguler les angines, elle reste indispensable pour transformer cette arme maléfique en réserve de paroles justes, miséricordieuses, positives de sorte qu’elle illumine nos relations et qu’elle brille « sur le lampadaire » de nos familles et de nos communautés humaines et ecclésiales. 

Gora Bladi saintia !

15 janvier 2026

« Réparation » (1)

 Nous sommes les témoins quotidiens des graves dysfonctionnements qui affectent notre société. Pas une conversation qui ne s’achève sur une plainte dépitée ainsi formulée : « Ce monde devient invivable ! Et ce n’est pas la peine de compter sur nos gouvernants qui se complaisent à nous offrir un spectacle affligeant d’irresponsabilité et de partisannerie rare ! »
Si l’évêque d’Ajaccio avait ajouté un « s » au titre de son ouvrage, les passionnés d’automobiles ou de vieilles pierres auraient pu croire qu’il avait ouvert un garage ou une entreprise de BTP sur l’île de beauté. Ce n’est pas tout à fait le cas. C’est la société tout entière qui, d’après lui, se délite et qui a besoin non seulement d’une rénovation mais d’une reconstruction.
Pour ce faire, il consacre toute la première partie de son ouvrage à un diagnostic sans concession de l’état des lieux. Tout y passe et entre autres : « la méfiance » généralisée, l’accusation gratuite, le soupçon à priori, « le sadisme médiatique », « l’individu roi », « le goût amer des polémiques sans fin ».  Le vocabulaire ne lui fait jamais défaut pour mettre des mots sur les maux pernicieux qui affligent notre vie relationnelle.
Pour compléter ces propos, un détour par l’ouvrage d’Olivier Roy « L’aplatissement du monde » aux éditons du Seuil peut s’avérer utile. L’auteur nous explique que la crise sociale actuelle découle de la disparition des bases de la culture commune remplacée par une inflation de codes lisibles uniquement par les initiés de la tribu.
Après cette échographie en profondeur vient le temps de dégager les points d’appuis sur lesquels il faudra rebâtir. Et le Cardinal Bustillo, reprenant peut-être les méthodes apologétiques, souligne chez les plus jeunes un « désir d’habiter autrement le monde », « le retour de la quête intérieure », « une autre manière d’exister ».
Enfin, il ose prononcer des mots qui semblaient enfouis à jamais par les « maîtres du soupçon » dans les limbes d’une humanité immature : « la foi qui relève », l’indulgence, la miséricorde, l’innocence sans naïveté, le pardon, le silence comme « acte de résistance », la bénédiction qui étonne et crée du neuf. A chacun de reprendre ces outils en main !
 
(1) Cardinal François Bustillo « Réparation » ed Fayard



01 janvier 2026

Nouvelle ère ou nouvel an?

 A défaut de voir pointer le jour éclatant d’une ère nouvelle, nos vœux annuels s’inscrivent dans le cortège d’un avenir meilleur espéré. Nous nous étions habitués à trancher l’histoire en deux parts inégales: avant et après Jésus Christ. Manifestement, cette référence religieuse, de nos jours, devient gênante. Il est fréquent d’entendre parler désormais de « l’ère actuelle » ou bien de « notre ère » avec un possessif quelque peu prétentieux! Une liste électorale n’hésite pas à se présenter sous le titre «  Nouvelle Ere».  Excusez du peu !


Il faut cependant reconnaître que contrairement aux années précédentes qui englobaient « Noël » dans un vague « Bonnes fêtes », on lit et on entend parler de la « magie de Noël » dans les médias! Encore un petit effort, mesdames et messieurs les journalistes et la « nativité du Christ » trouvera un strapontin dans le théâtre de fin d’année !


 Nos aïeux qui ont maîtrisé le feu ou découvert l’imprimerie ont cru, en leur temps, ouvrir cette ère nouvelle. Et il en a été de même chaque fois que l’invention d’une technique ou qu’un changement de régime politique a révolutionné notre quotidien : scission de l’atome, premier pas sur la lune etc… Malheureusement, le paradis terrestre se fait toujours attendre et un fonds de déception embourbe de plus en plus tout espoir renaissant. Mais cette fois nous y sommes : L’IA nous fera changer d’ère ! 
Alors pourquoi persister à faire tourner la terre autour du berceau de la crèche de Bethléem ?
Il y a plus de 2000 ans, le monde était religieux et l’on attendait tout des dieux. Ils habitaient les hauteurs des cieux et imposaient leurs lois ou leurs caprices à la terre. Ils communiquaient avec elle grâce à des subordonnés : anges, archanges ou autres messagers. Le monde des dieux ne pouvait pas se compromettre avec celui des humains ! Or voici qu’un enfant qui, à cette époque, ne comptait guère et n’était qu’un appendice de son père, un enfant futur charpentier, vient nous dévoiler son identité divine ! La vision du monde en est renversée. Les évangélistes ne s’y sont pas trompés. Ils ont présenté la venue du Christ selon deux « généalogies »  qu’ils ont appelé « Genèse », le mot même qui débute la création du monde dans le premier livre de la Bible. Il s’agit bien pour eux du commencement d’un monde nouveau. 
 

On attendait d’en haut les interventions des puissances divines et voici qu’il faut regarder en bas, au ras d’une mangeoire obscure! Désormais le monde ne cherche plus son salut chez les dieux des cieux ou chez leurs représentants humains (les divins pharaons ou empereurs) mais dans le sourire d’un nourrisson entouré d’un père et d’une mère d’emprunt, de bergers malodorants et de voyageurs de passage. Le monde bascule sur ses bases. L’histoire ne s’écrit plus en termes de victoires guerrières, de puissance économique, de frénésie monétaire et de gloire médiatique mais à l’encre d’un quotidien sans gloire, de la fragilité éprouvée, de la fraternité désarmée, du pardon accordé. C’est là que Dieu se tient et nous attend. L’ère nouvelle n’est pas pour demain, elle est pour aujourd’hui ! Alors à toi l’ami, le lecteur : « heureuse ère nouvelle »!


04 décembre 2025

Pour toi, pour moi... ouvriers de la Parole

 Tu t’es employé le long de tes années à porter la parole de Dieu sur les terres que l’on t’avait confiées. Tu as voulu préparer le sol où elle tomberait en cultivant la proximité, la solidarité et le dialogue. Tu as bu à la source de celles et ceux dont on louait la pénétration des choses de Dieu et la lecture renouvelée des Ecritures. Tu as essayé de transmettre ce qu’on appelle « l’intelligence de la foi » en la moulant dans un vocabulaire audible pour tes contemporains. Tu as développé les plus belles démonstrations, partagé tes plus intimes convictions, donné des exemples percutants, fouillé dans les étymologies, recontextualisé les Béatitudes, schématisé sur écran le plan du discours. Tout cela il fallait le faire et St Paul, déjà, se montrait pédagogue sur l’Acropole des dieux. Mais souviens-toi : tout langage humain qui veut parler de Dieu ne peut le faire que par allusion symbolique. Rien ni personne ne peut contenir la Vérité. En rajouter ne sert à rien! 

De même, dans ton souhait de proximité avec le divin, tu t’es extasié devant de sublimes cathédrales, tu as habillé d’or autels et tabernacles, tu as revêtu mitres, chapes et chasubles étincelantes, tu t’es gargarisé d’Alléluias prolongés. Salomon s’y était essayé, il sombra dans l’idolâtrie ! L’accumulation des symboles tue le symbole. Tu as voulu planter des arbres quand on te demandait de jeter simplement une graine !
Alors, pourquoi ces vaines querelles de langues, de postures, de gestes érigés comme des absolus préalables au don de l’Esprit Saint ? Hormis les actes sacramentels approuvés par l’Eglise, ils ne sont que traduction indigente et contingente de l’Infini Mystère. C’est lorsqu’ils en disent le moins qu’ils suggèrent le plus ! Aussi, fais-toi transparent, fais-toi oublier.

Enfin, si tu veux encore parler de Lui et que l’on te comprenne, relis la finale du chapitre 25 de l’évangile de Matthieu, envoie un message fraternel à la personne seule, soutiens discrètement le malade ou l’endeuillé, encourage à la patience le jeune révolté, prête tes oreilles à celles et ceux qui ont besoin de parler…Les pauvres de ceci ou de cela sont légion autour de toi, offre-leur ton temps et ton attention. Le ciel de leur cœur s’ouvrira, une Voix se fera entendre : « Ouvre-moi ta porte, je viens manger chez toi… » 


11 novembre 2025

Jean Claude Guillebaud

 


 Il fallait un certain courage à ce brillant journaliste, fréquentant l’intelligentsia de notre pays, au mieux  frileuse au pire sarcastique à l’approche des rives du religieux, pour publier « Urbi et Orbi » : « Comment je suis redevenu chrétien ? »(1). C’est en analysant honnêtement et sans à-priori idéologique notre modernité sécularisée que le chroniqueur du Sud-Ouest Dimanche et de l’hebdomadaire La Vie s’est aperçu qu’elle vivait encore sur les bases d’un christianisme refroidi.  Il lui fallait encore pousser plus loin ses investigations pour mesurer la révolution que cette religion avait semée dans le monde avant d’aborder la relecture contemporaine de l’Evangile. Ce travail qui l’engageait corps et âme laissait percer une pensée juste, exigeante et sans concession à la facilité.


Il n’en fallait pas tant pour que le responsable de la formation des chrétiens dans le Béarn se plonge dans toute une série d’ouvrages  que, l’ami de la vallée d’Ossau, consacrait à l’évolution de notre société et parfois à son aplatissement. Il mettait ainsi à notre portée les travaux de spécialistes qui entouraient les philosophes comme Michel Serres, René Girard, Jacques Ellul, Edgard Morin et autres analystes du monde contemporain. Personne alors ne s’étonna qu’invité à donner deux conférences à Pau,  l’écrivain charentais fasse « église comble » ! 


Cet intellectuel ne s'encombrait pas des mondanités usuelles de son milieu. De sa profession de journaliste baroudeur, correspondant de guerre pour le journal « Le Monde », il avait gardé un goût pour la fraternité et pour la simplicité. Une complicité montagnarde l’encouragea à écrire la préface du livre "L'un de vous, prêtre d'une fin de siècle" (2). Celui qui était devenu éditeur profita de cette occasion pour dire tout le bien qu'il pensait de la vie pastorale dans les Pyrénées et combien il savourait le silence retrouvé de ses randonnées. 


Voici quelques extraits de cette ode à la montagne béarnaise : « …la vallée d’Ossau est l’un des endroits d’Aquitaine que j’aime entre tous. Surtout vers la fin du printemps…Climat encore frais, fonte tardive des neiges  qui marquettent les parages des lacs de Louesque, d’Izieu ou d’Anglas…On me dira qu’il est saugrenu de s’émerveiller de la transhumance en vallée d’Ossau, au moment même où les guerres s’enlisent un peu partout…où une désespérance sociale se répand chez nous en Europe… La lente montée des moutons vers l’estive, fêtée dans les villages et conduite par des bergers patients représente l’exact contre point des folies ordinaires…Ici la lenteur prévaut au lieu et place de la hâte…Monter vers l’estive, c’est prendre de la hauteur (à tous les sens du terme) mais c’est aussi monter vers le silence. Or le silence est une devenu  une dentée rare…Et la prière n’est jamais loin… »


Au moment où Jean Claude Guillebaud,  au-delà des pics saupoudrés de la première neige, bascule maintenant dans l'éblouissement de la lumière divine, nous pensons à lui avec gratitude et nous prions pour lui et avec lui ! 
    (1) Ed Albin Michel 2007
    (2) Ed Parole et Silence 2018


05 novembre 2025

Visite en Mongolie…

« Le fou de Dieu au bout du monde »(1) est le  titre d’un livre relatant le voyage du pape François en Mongolie où ne résident que 1500 catholiques. L’auteur, Javier Cercas, écrivain espagnol collectionnant les prix littéraires se présente : « Je suis athée. Je suis anticlérical. Je suis laïc militant, un rationaliste obstiné, un impie rigoureux ». Et c’est ce « fou sans Dieu », autre appellation auto proclamée, qui, contre toute attente, reçoit un appel téléphonique du directeur des éditions vaticanes lui demandant de bien vouloir faire partie de la délégation qui accompagnera le Pape dans son périple. Une seule exigence : écrire un livre à son retour. L’écrivain hésite puis relève le défi tout en sollicitant la faveur d’un court entretien avec François. Etonné de ne lire que des comptes-rendus qui mettent exclusivement l’accent sur les retombées sociales ou politiques des discours de l’Argentin Bergolio et rattrapé par les mots de sa mère affirmant qu’elle reverra au ciel son défunt mari, il veut « interroger le pape sur la résurrection de la chair et la vie éternelle ». Deux promesses à ses yeux « scandaleuses » et néanmoins au cœur de la foi catholique. 


Nous passons par la ville éternelle dont nous finissons par connaître tous les recoins et tous les protagonistes clercs ou laïcs de cette aventure. Nous pénétrons ensuite dans l’univers du Vatican si décrié et pourtant si  méconnu. Aucun des problèmes de l’Eglise n’échappe au diagnostic de l’incroyant de service qui sait appuyer où ça  fait mal. 


Nous embarquons dans l’avion pontifical : 471 pages d’une folle cavalcade mongole dans un « mélange extravagant de chronique et d’essai et de biographie et d’autobiographie ». Une fantasia littéraire qui nous fera traverser plusieurs mondes grâce à une érudition flamboyante faisant appel à une réserve inépuisable de références bibliques, théologiques, sociologiques, politiques, poétiques, géographiques. La verve torrentielle de Cercas emporte sur son passage le cléricalisme dénoncé par François, la synodalité en  gestation, le langage incompréhensible de l’Eglise,  la théologie de la libération, les accointances du responsable des jésuites d’Argentine avec le péronisme…Cette plongée au cœur de l’Eglise nous donne droit à de véritables cours de théologie en particulier sur l’éternel affrontement entre la raison et la foi qui s’apaiserait s’il laissait une place au « sentiment » trop négligé !


Rien ni personne n’échappe au scalpel de l’« impie » sauf ces fous de Dieu que sont ces missionnaires, hommes ou femmes, immergés dans un univers totalement étrange avec un seul espoir : celui de refléter l’image du Christ frère jusqu’au bout de l’amour. Pier Luigi Maccali (2), missionnaire en Afrique enlevé pendant 2 ans par les djihadistes est cité, lui aussi, parmi ces témoins sans parole de l’absolu.  
Enfin, avec l’anticlérical revendiqué, nous pénétrons dans le monde « Bergolio », un « vrai chrétien monté sur le siège de Pierre » ce qui ne nous empêche pas de déceler ces moments cruciaux où le jésuite est passé par des remises en causes douloureuses. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette excursion aux périphéries du monde et de l’Eglise guidée par un athée, invite à la prière ! 
L’auteur réussira-t-il à approcher François pour lui poser la question  qui le hante et dont sa mère attend la réponse? Il faut lire le livre jusqu’à la fin sans perdre le souffle…


    (1) Editions Actes Sud.
    (2) Voir jeancasanave. blogspot .com sous le titre : « L’honneur des chrétiens : Pier Luigi Maccali » blog du 15/12/2022


10 octobre 2025

Marquise



« Marquise » était le nom donné à une brave chienne au pelage fauve et soyeux qui, après avoir ramené le troupeau à la ferme, avait l’habitude de venir s’étaler devant le feu de cheminée. Immanquablement, l’aïeule de la maison lui balançait un coup de savate : « Passo de quiù ! », « va-t-en ! »
« Mané, pourquoi la chasses-tu ? » s’indignait son petit fils. Et la sentence tombait sans appel : «  ù ca qu’ey ù ca » (un chien est un chien).
Etienne, familier des hautes estives, s’apprêtait à monter dans sa cabane. Après avoir équilibré la charge de son âne, il s’installait sur son dos pour affronter sans effort une longue montée.
« Mais tu vas le crever ! » lui lançait son copain pris de pitié pour la bête de somme.
-« Mon cher », lui répondait le berger, « si j’étais un âne je serais dessous et lui dessus. Il se trouve que je ne suis pas un âne, donc je suis dessus ! » Ainsi allait le monde d’avant.
Ce genre de réflexions vaudrait aujourd’hui la correctionnelle car il semblerait que l’un des problèmes majeurs des Français soit le bien-être animal. Une page dans le sérieux journal « La Croix » daté du 03 10 25, suivie par une émission TV nationale et reprise par France-Info le lendemain. Reportage et commentaires sur ces jeunes couples qui font un essai éducatif sur le chien avant de se permettre d’avoir un enfant ; sur cette jeune fille, un peu prolongée, qui a enfin trouvé son bébé qui partage tout son temps et toutes ses émotions ; sur ce couple attablé au restaurant accompagné de « Mirza » qui, après avoir consulté pour elle un nutritionniste, cale sa poussette contre la table ; l’animal flaire son menu allégé en se léchant les babines.
C’est le monde d’aujourd’hui ! Ce bien-être animal génère quelques 66,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Une pensée émue pour Raoul Follereau qui avec (seulement) le prix de deux bombardiers aurait éradiqué la lèpre en Afrique !
Quant au monde d’après, il verra certainement Médor équipé de l’IA, pousser la chaise roulante de son maître et l’amener au parc municipal rejoindre ses copains qui se raconteront le « monde d’avant ». 
Et pendant ce temps, le border collie de la bergerie voisine se régale des os jetés pour lui dans la gamelle, le gastroentérologue attendra ! Reste à savoir pourquoi la langue française a enraciné le mot « animal » sur l’âme et l’« humain » sur l’humus terreux ?
 

29 septembre 2025

Pour un prêtre africain parachuté en pays de Soule… Justin !


 D’abord, je me présente. Je suis le dernier « vicaire intermittent » du relais de Barcus, Esquiule et l’Hôpital Saint Blaise. Ne cherche pas dans le droit canon, cette fonction n’existe qu’ici ! Sachant que les Africains écoutent les anciens, je me permets de te souhaiter la bienvenue et de te partager quelques réflexions.
Quand j’ai appris que tu venais à Mauléon-Licharre pour 4 ans, j’ai pensé malicieusement qu’il te faudrait bien une première année pour t’adapter à la France, une deuxième  pour connaître le pays Basque, une troisième pour apprécier la Soule et, enfin, une quatrième pour saisir les subtilités de la Haute et de la Basse Soule !! Alors, si tu me permets ce conseil, ne perd pas ton temps à vouloir être plus basque que les basques ! Tu ne le seras jamais.
Par contre, tu vas vite t’apercevoir que  notre Eglise qui naguère fournissait prêtres et religieuses missionnaires à l’Afrique, cette Eglise est malade. Déçu par le peu de pratiquants de la messe du dimanche, un paroissien me confiait récemment son désarroi : « Ils donnent des intentions de messes à célébrer pour leurs défunts et ils n’ont même pas la politesse d’y « assister » !!! 
« Ne croyez-vous pas qu’ils sont tout simplement logiques avec eux-mêmes ? Ils ne sont pas là car ils ont perdu la Foi ! » lui ai-je répondu. « Depuis le temps de leur enfance, les références du monde ont totalement changé et ce qu’ils ont retenu de leur catéchisme ne correspond plus à leurs schémas de pensée actuels. Il leur faudrait une catéchèse pour adultes ! »
Alors, Justin, toi qui vient d’une Eglise qui a su inventer avant toutes les autres le ministère de catéchiste, pourquoi ne pas t’atteler à cette tâche. Michel et Jeannot te feront toutes les traductions et adaptations nécessaires. Tu ne trouveras pas plus qualifiés qu’eux. Mais je dois t’avertir les anciens chrétiens sont les plus difficiles à convertir car, comme ils le disent, un peu désabusés : « ils ont déjà donné… » Mais pourquoi ne pas essayer ? Tu es en terre de mission !
La Soule possède un patrimoine religieux fantastique auquel tous, chrétiens ou non, sont très attachés. Il y a là un Evangile à portée des yeux et des mains qui ne demande qu’à être feuilleté en remontant à la source des Ecritures et en l’inscrivant dans le présent. Si tu vois par hasard sur un retable une représentation de la création du monde et de l’humanité avec un Adam coiffé d’un béret, une gourde suspendue à une épaule, ne sois pas étonné. Quelqu’un te fera vite remarquer qu’Adam était évidemment basque ! Il ajoutera même que Robert et Joël, nos deux historiens, sont sur le point de prouver qu’Eve était souletine. Mais après avoir rappelé que les scientifiques pensent que les premiers humains étaient des africains, il te reviendra d’expliquer pourquoi le Credo affirme : « Je crois en Dieu, le Père tout puissant, créateur… ». D’abord Père. Créateur : oui, mais comme Père et parce que Père. Il y a plus qu’une nuance ! Et cela change tout dans notre conception de la création et de Dieu!!

22 septembre 2025

Boomer or not boomer !

 

 Il existe encore,  en France, quelques spécimens d’êtres humains qui échappent à la définition du « boomer » parce que nés un peu avant 1945. Ceux-ci étaient, par contre, en pleine possession de leurs moyens en 1975 selon les dates officielles du début et de la fin de cette « maladie », communiquées aimablement par Google. Ces individus peuvent effectivement mesurer la chance qu’ils ont eu de voir labourer les champs grâce à la traction animale, d’aller tous les jours chercher l’eau potable à la fontaine, d’accompagner leur mère au lavoir du village en poussant une brouette, de bénéficier de l’école publique « dès » l’âge de cinq ans, d’aller servir la messe au curé avant l’entrée en classe, d’enlever le béret en se mettant en rang et de clamer un sonore « Bonjour Monsieur » à l’adresse de l’instituteur qui les attendaient de pied ferme après avoir mis en place le programme de six niveaux de cours à l’aide de somptueux moyens pédagogiques : trois cartes de géographie, un poêle à bois pour réchauffer l’atmosphère allumé et alimenté par les élèves désignés, un tableau noir avec chiffon adapté et enfin un globe terrestre en couleurs. Comment ces futurs boomers ont-ils pu dans ces conditions fastueuses apprendre à lire, écrire et compter correctement ? Cela, aujourd’hui, paraît relever du miracle ! Sauf qu’additions et soustractions préparaient le futur travailleur à gérer son salaire en « bon père de famille ». Bénéficiant plus tard des 30 glorieuses et mesurant l’écart entre le niveau de vie de son enfance et celui de sa vie adulte, il s’estimerait chanceux de connaître les avancées économiques et sociales de l’Etat providence. 
Alors, oui ces femmes et ces hommes ont eu une vie riche ! Car outre l’instruction, ils ont eu droit tous les matins à une sentence de « morale », déclinée sur le tableau républicain et répétée en chœur comme le ciment d’une vie en société espérée sans violences et sans outrances. Le jeudi, l’Eglise prenait le relai en donnant au précepte humain le sceau du divin.
Nostalgie sénile d’une époque qui maintenait le citoyen dans un stade infantile! Stigmatisation outrancière des difficultés du présent ! Simplification outrageuse d’une analyse erronée ! 
Bref, que le dit boomer se réjouisse d’avoir appris à serrer les dents et les poings ou d’avoir profité du progrès qu’il a su gérer avec modération, on ne lui pardonnera rien. Sauf si, victime lui aussi de la facilité, il délie sa bourse et qu’il aide généreusement ses petits enfants ! Merci grand-mère ou grand-père ! 


21 septembre 2025

Le rural conjugué au féminin

 

 C’était le thème général du travail de l’Ifocap-Adour  (Institut de formation des cadres paysans et  acteurs de pays) pendant l’année 2025 (1). En schématisant beaucoup, on peut dire que les femmes de nos campagnes ont commencé leur « émancipation » lors de la première guerre mondiale lorsqu’il a fallu qu’elles prennent les manches de la charrue pour remplacer les hommes partis au combat. Durant la période suivante, le rôle des mouvements d’action catholique (avec la Jeunesse Agricole Catholique en particulier), a été déterminant pour aider les jeunes couples à « dé-cohabiter » c’est-à-dire à se séparer de la maison mère et cela sans casser l’outil de travail. Lors de la deuxième guerre les jeunes femmes étaient plus à même de prendre la relève des  hommes et de gérer elles-mêmes la ferme. Mais leur véritable émancipation a commencé à se manifester au grand jour autour des années 50 lorsque, d’une part, la mécanisation des travaux n’exigeait plus le primat de la force musculaire et que, d’autre part, la formation générale dispensée par les cahiers des jésuites de Toulouse, les « cours managers », les « maisons familiales » et l’éducation nationale leur donnaient l’occasion d’une formation adaptée à leur rôle futur. Tout cela a été bien décrit dans le livre de Marie Thérèse Lacombe au titre évocateur : « Pionnières » (2). Si le salaire de la femme travaillant à l’extérieur de la ferme a été avant tout perçu comme un complément nécessaire à celui de son mari agriculteur, aujourd’hui personne ne s’étonne de voir interviewée une femme berger ou viticultrice ou encore chef d’exploitation.  Par ailleurs, la « Révolution silencieuse », chère à Michel Debatisse (2), est sortie du silence et outre les décibels de tracteurs bloquant les routes et les préfectures, il n’est pas rare d’entendre la voix des femmes, participant aux manifestations syndicales, s’imposer dans les débats. Et tout ceci sans compter le nombre impressionnant d’entre elles  impliquées dans les municipalités et les associations de toutes sortes qui sont le sang de la vie rurale.

Ce simple rappel doit faire sourire les tenants d’une agriculture extensive et industrialisée pour laquelle la  profession des femmes rentre aujourd’hui dans un plan d’exploitation déterminé par les compétences acquises et les études du marché mondialisé. Autre élément qui entre de plus en plus en compte : les nouvelles formes de vie familiale qui viennent bousculer le schéma classique du couple et du foyer.

Mais celles et ceux qui ont participé aux nombreux témoignages partagés par les « actrices du monde rural » invitées par l’Institut, ont pu remarquer comment ces dames faisaient preuve à la fois de pugnacité dans des situations où elles étaient peu reconnues et de discrétion par rapport à leurs succès obtenus. Jamais elles ne s’attribuaient l’exclusivité d’une réussite, toujours, elles mettaient en avant le travail collectif et cela dans un climat d’écoute respectueuse et souriante. Serait-ce la marque, combien précieuse, de l’éternel féminin ? Sous prétexte d’égalité homme/femme qu’elles ne tombent jamais dans l’autosatisfaction bruyante et parfois méprisante de la partie masculine souvent gangrénée par la seule loi reconnue dans notre société marchande, celle de la compétition. Sans compter que ces rencontres venaient à point nommé donner du baume au cœur en ces temps de diatribes, de vociférations et de gesticulations émanant du forum médiatique inefficace du Palais Bourbon. 

(1) Adresse postale IfocapAdour 1, Place Tamon 64190 Jasses .Voir  «https:// ifocapadour.wordpress.com »
(2) Marie Thérèse Lacombe « Pionnières » ed du Rouergue 2009
Michel Debatisse « La révolution silencieuse » ed Calman- Levy 1963




11 septembre 2025

L’accablement

 


C’est le sentiment partagé par beaucoup de Français en cette rentrée morose. Le feu couvait.

Chez les agriculteurs, la loi Duplomb, contre laquelle 2 millions de citoyens pétitionnaient, avait réveillé la bagarre entre les démons du productivisme et les anges de l’écologie. Pas le temps de ranger les tonnes à lisier qu’un vent brûlant venu d’Afrique soufflait la sécheresse, grillait la végétation et offrait un combustible de choix à l’incendie gigantesque qui ravageait les Corbières. Pendant ce temps, une partie de la population faisait trempette dans l’Océan mais celui-ci la narguait avec ses baïnes sournoises et ses houles meurtrières ! Même les petites églises de campagne qui ne demandaient rien à personne étaient vandalisées par des alchimistes amateurs de cuivre! Canicule étouffante, tornades, grêle, inondations complétaient le menu estival et jetaient le désarroi dans les régions impactées.

 L’ex premier ministre, tel le prophète Jérémie, s’époumonait en criant : « la dette, la dette !». Le monde politique haussait les épaules et préparait la fosse dans laquelle il le jetterait. L’Ukraine agenouillée sous les bombes du sphinx de Moscou attendait en vain le secours du bison de Washington. Deux mille écervelés profitaient de la piste de danse cendrée pour s’ébattre et se trémousser au soleil avant qu’une bastonnade indignée les rappelle à la réalité ! Celles et ceux qui étaient restés confinés dans leurs barres d’immeubles contournaient, apeurés, les marchés de la drogue qui s’étalaient sous leurs fenêtres. Cerise sur le gâteau un professeur poignardait un collègue en salle des profs. Et vive l’éducation…nationale ! Enfin, pour éteindre le feu et la dette certains trouvaient la solution miracle: « Bloquons tout » !

 Pourquoi F. Bayrou, tant qu’à se faire honnir, n’a-t-il pas franchi le pas de l’ancien au nouveau testament ? Il aurait pu traduire en langage économique et social la parabole des ouvriers de la dernière heure payés par le patron au même tarif que ceux de la première. Une loi qui bloquerait les salaires entre un plafond jugé suffisant et un plancher, estimé décent. Seule réforme qui équilibrerait les comptes de la nation. A coup sûr, on l’aurait délivré de la citerne de Jérémie pour lui faire subir la mort de l’auteur de cette histoire de chômeurs remis au travail par une prime inespérée.

Gageons que les jeunes qui ont jubilé à Rome sauront peut-être, mieux que nous, traduire en articles de loi et en pain quotidien l’idéal évangélique !

 

26 juin 2025

La belle-mère de St Pierre

 


A voir l’air courroucé et indigné d’Agathe, ma voisine, je sens que la conversation va être musclée. Elle ne comprend vraiment pas pourquoi l’Eglise catholique exige un renoncement aussi important que le célibat à ceux qu’elle appelle au sacerdoce. Suit toute la litanie de reproches mille fois entendus: « On sait depuis longtemps que des hauts personnages du clergé au cours de l’histoire en ont pris à leur aise avec cette règle; que cette obligation s’est imposée pour éviter l’aliénation des biens de l’Eglise par la succession familiale; que le célibat n’augure en rien de la sainteté de l’individu ; et, argument suprême, qu’il y a des gens mariés qui pratiquent  la solidarité et la justice et bien d’autres vertus beaucoup mieux que certains clercs ; enfin, les perversions sexuelles dévoilées au sein du clergé, notamment, ne plaident pas en faveur de la pratique du célibat ! Celle-ci n’est-elle pas, au fond, l’occasion d’ériger l’hypocrisie en règle commune plus ou moins admise».

Pendant qu’elle reprend son souffle, je m’accorde une longue respiration !

Je lui précise au passage que St Pierre dont nous allons célébrer la fête avait une belle mère mais je comprends qu’elle soit révulsée par ces révélations ignobles. Je me permets toutefois de lui faire remarquer que son incroyance maintes fois revendiquée devrait la tenir à une certaine distance de ces problèmes et donc d’une blessure par trop douloureuse. Les catholiques pratiquants devraient être, à mon avis, plus affectés qu’elle par ces déviances. Et il vaudrait mieux leur laisser l’avantage (si l’en est un en la matière) de la réaction adéquate.

 J’aurais dû prendre deux respirations car l’argument manque totalement sa cible. « Les pratiquants sont des moutons que l’on a habitués à être tondus sans crier ! ».

Je reprends alors les choses au début. « Qu’est-ce-que être chrétien ? C’est avant tout imiter Jésus. C’est, malgré la faiblesse humaine, répondre à son « commandement » premier : « Aimez-vous comme je vous ai aimés ». Et c’est ce « comme » qui change tout.

Il ne s’agit donc pas d’un concours de justice, de vérité, d’honnêteté, de courage, de tempérance et que sais-je encore? Jésus met la barre bien au -delà : Aimez votre prochain (c’est-à-dire ceux et celles de qui vous vous approchez) et même vos ennemis jusqu’à, comme moi, donner votre vie et pardonner même leur refus !

L’Eglise a compris que pour répondre à cet amour divin et universel, il fallait, quel que soit notre statut social ou familial, commencer à faire une place à cet amour débordant que nous offre le Christ et, pour cela, renoncer à nous idolâtrer. Or, avoue, Agathe, que nous passons la plus grande partie de notre vie à la préserver et à l’améliorer dans une compétition incessante qui devient vite mortifère, chacun voulant être la mesure de toute chose. Le célibat est l’un des signes possibles de cette décentration de notre moi pour laisser place libre à l’Esprit du Christ !

Est-il encore un signe pertinent aujourd’hui dans un contexte social où il devient un choix revendiqué et non plus un renoncement ? Telle est peut-être la question à se poser… » 

19 juin 2025

Pour la fête du corps et du sang du Christ


C’était la fête Dieu. Les plus anciens se souviendront de ces processions hautes en couleurs qui traversaient villes et villages. Fillettes et garçonnets, dans un ordonnancement parfait et revêtus de leurs plus beaux atours, éparpillaient, au rythme du claquoir, des pétales de roses devant l’ostensoir doré. Les adolescents se chargeaient de porter des lanternes décorées aux bougies capricieuses ; les jeunes filles soutenaient la prière par leurs cantiques répétés avec soin les jours précédents; les jeunes gens mesuraient leur force en soulevant le plus haut possible les bannières des saints vénérés. Tout ce beau monde défilait le plus naturellement du monde dans les rues jonchées de verdure comme la tradition le veut encore dans certains villages basques. Chaque maison rivalisait d’imagination pour décorer sa façade. Ceux et celles qui ne pouvaient pas marcher se tenaient sur les pas de portes et se signaient au passage du dais surmonté de plumeaux et solidement tenu par « d’honorables pères de famille ». Les reposoirs préparés avec soin au pied des croix du village offraient un arrêt bienfaisant. Ce dimanche là, les anticléricaux  s’occupaient de leur jardin tandis que les rares athées, déclarés tels, gardaient le béret sur la tête et le mégot aux lèvres en marmonnant leur réprobation indignée.


Célébrée après celle de la Trinité, la « fête Dieu » manquait certainement de précision. Qui adorer : Le Père ? Le Fils ? L’Esprit ? Alors on l’appela « La fête du Saint sacrement », un intitulé peut-être encore trop flou dans l’esprit de tous ceux qui ne fréquentaient plus l’Eucharistie. D’ailleurs tous les sacrements ne sont-ils pas saints ? On se fixa enfin sur la fête du Corps et du sang du Christ qui rappelle clairement la messe. Celle-ci mérite bien une solennité. En effet, n’est-elle pas le sacrement le plus exposé à la routine et à une mortelle habitude ! Une fois l’an n’est pas de trop pour que les communautés chrétiennes s’attachent à retrouver toute la saveur et toute la profondeur de telle ou telle partie de l’eucharistie dominicale. Et pourquoi pas, comme les textes du jour nous le suggèrent, décliner, grâce à la prière de l’offertoire, la palette des sens qu’ont revêtu le pain et le vin au cours de l’histoire du salut ? 


Nous pourrons  ainsi redécouvrir que la messe est avant tout une bénédiction (Tu es béni Dieu de l’univers) bénédiction qui associe toutes les forces de l’univers (fruit de la terre) sans oublier sa part d’humanité (et du travail des hommes). Nous retrouverons aussi  l’importance de la manne dans le désert (ce pain venu du ciel le seul capable de nous rassasier), la signification du pain azyme, sans levain, mangé à la hâte lors de l’exode car notre vie est passage/ exode. Nous nous souviendrons encore du pain, du vin et de l’agneau du repas pascal, fête centrale du judaïsme qui a servi de cadre à la cène de Jésus. Cette bénédiction riche de sens et d’histoire portée par nos mains et nos lèvres va accueillir au cours de la messe celle de Jésus qui, la veille de sa passion, transforme (c’est bien une action de grâces) notre pain et notre vin (notre vie et notre univers) en son corps et son sang (en sa vie ressuscitée). Au terme de cette communion avec notre Seigneur chacun de nous pourra devenir ainsi un ostensoir du Christ au milieu de ses frères humains. N’est-ce pas là notre première mission ? 


N’hésitons pas à redonner à la bénédiction de l’offertoire la place qui lui revient et mesurons, si cela est possible, le don extraordinaire du mystère de la Foi !
 



13 mai 2025

Cher frère Léon XIV


 Je me permets cet accroc aux convenances car je suis ton aîné par le baptême qui fait de nous deux frères. Quand tu as été ordonné prêtre, je l’étais depuis 15 ans ! Tu es le premier et certainement le dernier Pape que je connaîtrai (j’en ai connu 7) qui soit plus jeune que moi ! Et puis, ne sommes-nous pas toi et moi des tutoyeurs de Dieu? Mais comme « la valeur n’attend point le nombre des années », je m’incline respectueusement devant la tienne.

 Lors de ton apparition au balcon de la basilique, tu faisais bonne figure mais on te sentait ému et stressé. Il y avait de quoi ! Tu répondais aux acclamations du peuple en liesse qui se pressait sur la place Saint Pierre et peut-être pensais-tu à ces foules qui tressaient des palmes pour Jésus à l’entrée de Jérusalem et qui allaient le lâcher quelques jours plus tard lors de son procès.

 Tu as entendu comme moi ces commentaires dits « éclairés » qui tentaient de savoir si tu figurais parmi les « progressistes » ou les « rétrogrades ». On te dit « modéré ». C’est en général la posture qui s’offre à recevoir le plus de coups. Alors, tant qu’à « tendre l’autre joue » (ce que tu n’auras pas besoin de faire car les gifles tomberont des deux côtés), je te demanderai de rappeler aux uns que l’Eglise n’est pas une ONG chargée de rattraper ceux qui sont passés au travers des mailles du filet social, au risque de devenir un corps de fonctionnaires de la solidarité et de la charité. Certes, la justice et l’équité sont indispensables mais l’être humain a besoin de considération et d’amitié. Il doit compter comme un sujet unique objet d’une attention particulière.

 Aux autres, rappelle, s’il te plaît, qu’il n’y a aucune culture, aucune civilisation, aucune histoire qui soit chrétienne. Toutes sont à évangéliser. Les plus beaux principes, les plus riches héritages peuvent se fossiliser, devenir imperméables à l’Esprit Saint et le laisser sur le seuil de la porte de nos maisons.

 Les uns te traiteront d’idéaliste marginal « hors sol », les autres de fossoyeur des vérités éternelles. Laisse-les aboyer. Va ton chemin et laisse-toi guider par ce Père prodigue de la parabole qui sera toujours accusé d’injustice envers son aîné et de laxisme envers le cadet. Avec tout mon respect et toute mon admiration pour avoir accepté la charge de pasteur- serviteur de l’humanité. Jean ton frère prêtre.

24 avril 2025

Divine surprise



 Conversation pascale à la table des hôtes du monastère de Belloc: « Je suis revenue à la Foi grâce à mon fils ». Ce genre de réflexion met l’ancien monde sens dessus dessous et l’Eglise, elle-même, à l’envers ! Jusqu’ici, les parents se faisaient un devoir impérieux de transmettre, si ce n’est la foi, du moins une culture religieuse à leur enfant. Voilà que la transmission s’inverse ! Il est vrai qu’avec le règne de l’informatique les anciens ont pris l’habitude d’être « dépannés » par les plus jeunes.
 En cette Pâque 2025, journaux, radios et revues frémissent en dévoilant des statistiques étonnantes. Plus de dix mille jeunes et adultes demandent le baptême en France ! Chacun y va de son analyse éclairée: quête de radicalité, mimétisme de l’Islam et du ramadan, succès des jeunes influenceurs ?
Une chose est certaine. Jusqu’ici le vocabulaire religieux provoquait quelques échos assourdis dans l’inconscient collectif des Français. Aujourd’hui, une nouvelle génération, totalement vierge de culture religieuse découvre une « terra incognita ». Déçus par la religion totalitaire de la consommation, inquiets de la course effrénée imposée par les performances de nos propres productions, ballotés par les modes aussi fugaces qu’éphémères, ces jeunes ne savent plus où ils en sont et surtout qui ils sont.
Et ce n’est pas en se tournant vers les « élites » qui portent leur identité comme un étendard et parfois comme une arme, qu’ils trouveront les modèles dont ils rêvent !
L’image d’un Pape au cœur humain, donné jusqu’au dernier souffle, restera certainement gravée dans leur mémoire.
Reste cette surprise qui laisse pantois! Alors que « l’affaire de Betharram », désastreuse s’il en est, signe le discrédit et le déclin de l’Eglise en France, comment se fait-il qu’on lui demande encore l’eau de la Vie ? A croire que le salut se complaît à traverser le scandale et la tourmente. Il n’y a pourtant pas de quoi s’étonner. N’y avait-il pas plus grand scandale que le spectacle de la mise en croix du Juste qui se disait Fils de Dieu ? Scandale que cette première Eglise composée d’un traitre et d’un renégat parmi douze déserteurs et des milliers de silencieux ! Le tombeau n’était-il pas scellé et l’espoir que Jésus avait suscité envolé à jamais ?
On ne mettra jamais de couvercle sur la puissance résurrectionnelle de l’amour de Dieu.