Pourquoi revenir encore sur la visite du Pape dans notre pays? Les commentateurs de France télévision nous ont tout dit ou presque sur Léon XIV à la fois réservé et ferme, sur son souci des pauvres et des oubliés, sur son personnage cosmopolite, sur ses lointaines origines béarnaises, sur l’énorme dispositif sécuritaire déployé pour l’occasion, sur le regain d’une jeunesse catholique, sur les hésitations des autorités françaises soucieuses de ne pas froisser la laïcité, sur la papamobile arrivée en camion, sur le nombre de toilettes prévues, sur le coût de l’opération…Nous savions tout sur la sphère catholique sauf l’essentiel : son origine ! Est-ce le respect de la laïcité qui interdisait à tous ces journalistes de prononcer le nom de Jésus ou, pire, leur ignorance ? Rappeler l’existence itinérante de ce prophète faiseur de miracles, crucifié par les autorités locales réputé toujours vivant et même fils de Dieu, dont les disciples se cachaient au lieu de manifester dans les rues de Jérusalem, ne faisait pas très sérieux ni très professionnel en termes de communication!
Il a fallu attendre la parole du Pape pour entendre prononcer le nom de notre Seigneur. Merci à lui d’avoir recentré sur l’Evangile du Christ ce qui aurait pu n’être qu’une manif historique autour d’une star mondiale délivrant un discours déjanté. Jusque-là, Léon XIV avait développé les messages dont il est porteur à la suite de ses prédécesseurs et qui devait s’adresser à tous. Chacun pouvait alors donner libre cours à ses commentaires selon ses options sociales, éthiques ou politiques ou afficher un sourire condescendant. Mais devant le rappel de la figure du Christ, le silence était de mise et c’est là que la foule immense et hétéroclite prenait une autre dimension et pouvait communier sur un au-delà ou un en-deçà de chacun des individus qui la constituait. Et c’est là encore que le silence se muait en prière.
La veillée des jeunes en était l’avant-propos. Cette génération a été privée des bases d’une civilisation partagée par l’ensemble des citoyens. N’ayant jamais entendu parler du rôle du monachisme et de St Benoît, pas davantage d’ailleurs de Robert Schuman, elle a vécu dans une culture comptable et technicienne jusqu’à satiété. Aux prises avec les monstres informatiques, la voilà qui se demande si l’être humain ne va pas finir esclave de ses propres productions. Alors, il n’est pas étonnant que tous ces jeunes, opposant un démenti à tous ceux qui comptaient les religions dans le rayon des drogues émollientes, cherchent un en-deçà qui pourrait soutenir leur vie ou un au-delà qui pourrait l’orienter. Entre la drogue chimique ou informatique, les mêmes addictions les attendent. Pas étonnant encore qu’ils soient curieux de goûter à cette source qui vient d’ailleurs, qui jaillit du temple dans le texte d’Ezéchiel (ch 47) ou du côté percé du crucifié selon l’évangéliste Saint Jean. Sensibles à la parole du successeur de Pierre, puissent-ils trouver en chacun de nous la goutte d’eau vive qui viendra éteindre la violence et arroser la bonne graine!









