23 mars 2026

Vrai Dieu ?


 Jean- Claude, rencontré un matin de printemps: « J’ai assisté à une messe traditionnelle et j’y ai retrouvé l’ambiance bénie de mon enfance : Une liturgie bien ordonnée, quelques chants grégoriens, le sens du sacré. J’ai pu prier sans être distrait par des interventions diverses mal venues. Enfin une vraie messe ! »

Margot, le même jour: « J’ai abandonné la messe de ma paroisse. Je ne me retrouve plus dans ce cérémonial compassé, ritualisé, où le décorum compte davantage que la « mémoire » du Christ et où manifestement Dieu comprend mieux le latin que le Français. D’ailleurs, je me demande parfois si nous avons le même Dieu ! »

Excuse-moi Margot mais ni toi ni moi ni personne ne peut « avoir Dieu ». Ce verbe possessif trahit le fond du problème qui oppose aujourd’hui les catholiques entre eux ou certains courants religieux qui s’affrontent dans notre monde. Qui a (sous entendu)  le vrai Dieu ?». N’est-ce pas l’image que nous nous faisons de Dieu qui, au lieu de nous unir, nous divise car chacun croit avoir découvert le Dieu véritable et essaie de le manifester si ce n’est dans sa vie du moins dans la prière liturgique.

Nous avons connu une période préconciliaire où il n’était pas rare que voir certaines paroissiennes égrener leur chapelet pendant que le prêtre et les enfants de chœur célébraient le « saint sacrifice » en hauteur, à distance du peuple, tournés vers l’orient comme il se doit. Il existait même à cette époque là des recueils de prières recommandées pour « suivre » chaque partie de l’eucharistie. Dieu se cachait dans sa gloire céleste, on craignait son courroux et on suppliait son aide. Les baptisés assistaient à l’office.

Quand le peuple chrétien a voulu s’associer davantage à la célébration du prêtre nous avons vu apparaître les manuels paroissiaux qui proposaient une traduction bienvenue des prières officielles enfilées en latin. Puis le Concile nous a offert la messe dite de Paul VI faisant place aux textes de la 1ère Alliance, permettant la concélébration et une participation des fidèles plus importante. Dieu se faisait proche et le Christ plus fraternel !

Nous avons assisté, en ce temps là, à un mouvement dit « d’enfouissement ». Autant Dieu s’était fait lointain, tout-puissant et intransigeant, autant des chrétiens, au nom du « Dieu très bas » cher à Christian Bobin, ont voulu manifester à leurs contemporains  un Dieu compagnon d’une humanité en quête de justice et de fraternité. Le partage silencieux était leur programme.

Aujourd’hui, constatant les limites de cette pastorale et profitant d’un paysage culturel plus fragmenté et plus attestataire, les catholiques sont tentés de retrouver la splendeur supposée de l’Eglise d’antan avec l’approbation du vrai Dieu, remonté sur son trône de gloire, enveloppé dans des volutes d’encens rappelant la nuée qui entourait la Tente de la rencontre dressée par Moïse. Et nous assistons, parfois, à un concours de génuflexions appuyées, de processions bruyantes à grand renfort de dais et de plumeaux, oubliant le Jésus juché sur un âne pour entrer dans la Ville. Par ailleurs, la période du Covid a permis à beaucoup de chrétiens, souvent âgés, d’apprécier la liturgie digne et simple des Dominicains proposée par l’émission « Le jour du Seigneur ». Eloignée de ces assauts de solennité  qui n’honorent que nos manières humaines ainsi que des aridités d’une simplicité qui frise parfois la vulgarité, elle offre une version équilibrée de notre cène.

Faut-il rappeler aux uns comme aux autres que personne, jamais, qu’il soit baptisé, prêtre ou pape, qu’il fasse appel aux décibels de l’orgue, aux vocalises du chant grégorien, aux dorures des ornements soyeux, personne, hormis Jésus le Christ, ne saurait traduire pleinement l’Etre Unique de  Dieu. Jamais, non plus, l’enfouissement le plus profond ne saurait égaler l’abaissement de Celui qui « de condition divine…s’est anéanti » jusqu’à sa propre mort (Ph2).

Alors, merci à tous de vouloir manifester au mieux le nom et le visage de Dieu par des liturgies soignées nous souvenant que, dans ce domaine, le trop, dans l’apparat ou dans la nudité, dessert la juste attitude devant le Mystère. La discrétion et l’effacement des célébrants et animateurs s’imposent ainsi qu’un bémol sur notre caquet. C’est ainsi que nous serons transparents de l’Autre, nous mettant nous-mêmes en position de pécheurs et de priants. Jamais personne ne pourra revendiquer « avoir » le vrai Dieu. Le fait même de le penser et de le dire disqualifie le croyant. Alors, inutile de concourir dans une compétition liturgique à l’assaut du Dieu Roi de l’Univers ou de rivaliser dans le service silencieux de l’humanité. De toutes les façons le monde, jaloux de  Dieu, se chargera  de renvoyer les uns et les autres à leur échec apparent programmé depuis que la Croix a précédé la Résurrection et qu’elle s’avère incontournable.


 

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