13 décembre 2024

Une Foi populaire ?

 Notre Pape, s’apprête à venir en Corse, plutôt qu’à Paris, au grand dam de ceux qui s’attendaient à le voir rétrogradé par Donald Trump sur le tableau d’honneur de la popularité. Pas de chance ! François ira sur l’île de beauté pour encourager les simples, les gens ordinaires qui ont besoin de gestes, d’images, de pèlerinages, de cierges, de sources pour exprimer leurs croyances. Ceux qui préfèrent la marche à pied à la gymnastique des grandes idées.


L’Eglise n’a jamais pu empêcher l’éclosion de rites particuliers qui offraient à chacun des espaces où pouvait se déployer telle ou telle dévotion ou tradition locale. Certaines, d’ailleurs, plongeaient leurs racines dans des rites païens qui furent christianisés parfois difficilement. Le Pape argentin qui a fréquenté des cultures métissées a voulu redonner leurs lettres de noblesse à ces « piétés populaires ».
Encore faut-il s’entendre sur le terme « populaire ». Une religion peut-elle atteindre un bon niveau de  popularité ? Peut-elle devenir « culte » pour redonner ses droits à cette expression usurpée ? Si oui, il faut impérativement se demander de quel Dieu elle se réclame ? Il y a de fortes chances que ce Dieu rassemble sous sa bannière toute une série de pouvoirs auxquels un être humain peut aspirer. Si le Dieu de Jésus Christ avait libéré son peuple du joug des romains, il aurait certainement gagné des points au palmarès de l’opinion publique ! Il ne l’a pas fait.


Si par « populaire » on entend la religion du « bas peuple » par rapport à celle des théologiens ou des mystiques, avec une pointe de condescendance pour la foi du charbonnier, alors il faut entrer dans un maquis des us et coutumes qui se sont agrégés aux cultes officiels au long des siècles et qui perdurent sous des formes les plus inattendues. Il en va du signe de la croix du footballeur avant le match, du « je croise les doigts » ou « je touche du bois », du lumignon allumé, jusqu’au pèlerinage au long cours, en passant par le cierge déposé  au pied d’une statue, les ostensions de reliquaires, les processions en tout genre etc…La foi a toujours eu besoin de s’exprimer par le biais de paroles et d’actes qui en sont la traduction concrète. Elle ne s’adresse pas qu’aux idées mais aussi à notre être corporel, elle engage toute notre personne.
Mais ces dévotions populaires ne risquent-elles pas, de basculer dans un folklore sympathique et désuet ?  Redisons-le : Jésus a été populaire tant qu’il rassasiait les foules ou qu’il guérissait les malades. Il l’était moins quand Il exigeait de mettre les actes en conformité avec les paroles ! En tous cas, aucune manifestation « populaire », n’est venu s’opposer sa mise à mort !


06 décembre 2024

Ecologie


 N’en déplaise à celles et ceux qui lisent la Bible sans la replacer dans son contexte culturel et qui font une fixation sur « Emplissez la terre et soumettez-la » pour affirmer que tous les malheurs de la planète viennent de ce verset, il n’est pas interdit de penser que l’écologie est une idée religieuse. En effet, il faut reconnaître que d’instinct l’être humain est un accapareur si ce n’est un prédateur. Or la « passation de pouvoirs » entre le Créateur et Adam se fait sous le signe de la limite et du partage, chers aux écologistes.

Quand on relit le livre de la Genèse, il est clair que Dieu est présenté comme le créateur-propriétaire de l’univers et qu’Adam, l’être humain, en est le gérant et le débiteur.  Celui-ci, justement, ne peut pas faire ce qu’il veut. Il est soumis, lui-même, à une loi qu’il accepte ou refuse.
Et parmi les plus de 600 « commandements » affichés dans la Torah (loi juive), il en existe un que l’on pourrait mettre en tête d’une écologie radicale et que beaucoup de « fans » d’une terre verte auraient peut-être du mal à pratiquer.

Après avoir demandé au paysan de déposer, devant sa porte, les dîmes de ses récoltes tous les 3 ans au bénéfice des pauvres, la Loi exige une remise des gages tous les 7 ans (Dt 15) ainsi qu’un repos sabbatique pour la terre (Lev 25).

Mais mieux encore : tous les 50 ans, l’année jubilaire exigeait que chacun rentre « dans son patrimoine »  ce qui comporte l’affranchissement de tous les habitants et le retour de chacun sur ses terres. Quant aux récoltes annuelles, pas question de revenir sur la moisson ou sur la glanure. Tout ce qui n’est pas récolté est laissé à la disposition du pauvre, de la veuve et de l’orphelin.

La peur d’un dérèglement fatal du climat a remplacé la crainte de désobéir au Créateur. D’où la multiplication des COP qui essaient de limiter le désastre et d’où sortent indemnes, une fois de plus, ceux qui ont les moyens de payer leurs dégâts. Le rappel salutaire que nous n’avons pas tous les droits, que le propriétaire divin a laissé la terre en héritage à tous et non pas à quelques-uns et que nous aurons des comptes à rendre, est peut-être la seule façon d’inquiéter un peu ceux qui se réclament encore de la civilisation judéo-chrétienne.   

13 novembre 2024

En novembre, les pierres se mettent à parler

Jasses 

Le vieil homme a longé la rue déserte du village à pas lents et mesurés, aidé de son fidèle bâton. Il pousse maintenant le portail grinçant du cimetière. Il n’a pas besoin d’aller bien loin pour visiter « ses morts ». Ils sont là, allongés sous la pierre, au milieu des vivants. D’un côté de rue, la place dite publique, celle des « survivants » ; de l’autre, celle des absents qui imposent encore leur présence à la fois muette et éloquente à tous les oublieux du premier « devoir de mémoire ».

Irun

L’ancien remonte l’allée. Il se souvient de l’impression figée et glaciale laissée par les cimetières urbains, alignés au cordeau, bien rangés. Ici, les herbes sauvages et impolies au milieu des dalles disloquées et des inscriptions effacées, manifestent la résilience de la vie. Les croix plantées sur chaque concession ravivent un passé religieux souvent nébuleux. Au fait, concession : qui concède quoi ?  Les habitants actuels auraient-ils la prétention de concéder un peu de place à celles et ceux auxquels ils doivent tout ? Le vocabulaire civil manque vraiment de reconnaissance ou, pour le moins, de délicatesse !

Alciette

L’homme se dirige maintenant sans hésiter vers la tombe familiale. Il égrène, une fois de plus, les prénoms de celles et ceux qui l’ont ici précédé. Il se permet de les interpeller familièrement. Il leur fait part de ses soucis, leur confie ceux de leurs descendants.

Pourquoi se laisse-t-il aller à ce genre d’incongruité ? Parce que l’habitude séculaire des chrétiens a voulu que l’on édifie l’église au centre de « la vie vivante » et que l’on réserve la place des morts autour d’elle. Ceux-ci seront ainsi aux premières loges pour franchir la porte de la Vie lorsqu’elle s’ouvrira pour eux.
L’on peut sourire de cette théologie trop imagée et imaginée. Mais l’essentiel est dit et inscrit sur la carte des symboles : la mort n’est pas l’exil définitif d’une vie enterrée, enfermée dans un cube de béton ou une urne bien scellée. Elle est passage entre les mains du divin obstétricien qui nous accouchera d’un être nouveau à « son image et à sa ressemblance ». « Il te faut naître d’en haut Nicodème ! »

Bascassan


03 novembre 2024

Un chemin de sainteté. Les trois V : Va, Vends, Viens. (Marc 10,21).

 

Par une belle matinée d’automne, réchauffée par l’haleine du foehn africain qui s’attarde sur les montagnes, nous nous installons dans notre église « habituelle », avec les fidèles « habituels », pour participer à la messe dominicale « habituelle ». La Toussaint profile ses béatitudes. Et voilà que, sans crier gare, le texte de l’évangile du jour nous percute et nous fouette : « Va, vends ce que as, donne-le aux pauvres…viens, suis-moi ». St Paul avait pourtant pris la peine de nous avertir : « Elle est vivante la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ». Et la voilà, aujourd’hui, qui fouille et fore jusqu’aux « jointures et moelles » de l’âme (Hb 4,12). Au fait, existe-t-il une messe « habituelle » ?

Les pêcheurs du lac, témoins de la réponse de Jésus à l’homme qui aspirait à la vie éternelle franchiront le pas : « Nous qui avons tout laissé pour te suivre … ». Ils recevront tout et la persécution en prime ! L’autre, reculant devant les trois V aura en partage la tristesse du monde.
Une figure s’impose : celle de François d’Assise, fils d’un riche marchand, promis à une succession confortable. Il vend tout et part sur les chemins. Il se fait le frère universel sachant que les plus pauvres partageront avec lui le gîte et le couvert.
Comme lui, nos frères moines se délestent de tout ce qu’ils ont en propre pour servir Dieu et leurs frères en communauté de biens et de vie. Mais nous n’avons pas tous vocation aux trois vœux.

Nous ne sommes ni en Judée, ni à l’époque de François, ni au couvent.
Notre vie est engluée, prise en étau dans une société asservie par la loi du marché. Ceux qui n’ont pas d’argent font tout pour en avoir ; ceux qui en ont, font tout pour le garder ! Sans carte bleue, carte vitale et caisse d’épargne, impossible d’avancer dans cette jungle!
Alors que faire ? Repartir tout tristes comme l’interlocuteur de Jésus ?
Nous pouvons pour le moins :
    • Refuser de mettre l’intérêt et la rentabilité au centre de notre vie.
    • Restreindre au minimum le gaspillage éhonté de notre société de consommation.
    • Participer selon nos moyens aux œuvres sociales ou caritatives.
    • Enfin, prier avec la Parole de Dieu, même si elle nous dérange et nous excuser de n’être pas déjà sur les talons de Jésus.
« Sainteté au rabais ! » diront certains. « La sainteté est toujours en chemin et au futur » répondront les autres.

Toussaint- Kandisky 1911

11 octobre 2024

Jolie messe ?

 -« Quelle jolie messe ! » s’exclame Germaine.
-« Quand on entend ces chants et ces voix, on se sent transporté ! » ajoute Philippe.
-  « Oui, la cérémonie était belle, on écrira même dans la gazette paroissiale qu’elle était « rehaussée » par la chorale, « animée » par les enfants du catéchisme et dirigée de main de maître par le curé.
- Oui, belle cérémonie, insiste Bertrand dubitatif, mais l’as-tu vécue en union avec le Christ? »
 

Toute liturgie est une action collective qui exige des règles et un décorum censé nous introduire dans le mystère divin. Elle utilise des cantiques, des acclamations, des rites symboliques, des ornements qui touchent la sensibilité, le sens de la beauté ou de la majesté. Mais la première question que l’on devrait se poser lorsqu’on célèbre une messe (et c’est un comble pour Celui qui en est l’Unique célébrant) est la suivante: « Est-ce que Jésus pourrait y participer ? Que dirait-il à la sortie de l’église ? Bénirait-il notre prière comme il l’a fait pour celle du publicain ou prendrait-il le fouet pour renverser tous les artifices accumulés au fil des siècles qui obscurcissent davantage qu’ils n’éclairent ? Rappellerait-il, comme il le fit avec la Samaritaine, que le vrai culte se célèbre « en esprit et en vérité » ?  N’a-t-il pas dit : « Vous ferez cela en mémoire de moi » ? Jésus reconnaîtrait-il son « cela » dans cette cérémonie ?
 

Qui anime la messe ? Qui lui donne une âme (anima) si ce n’est Lui ! Qui a l’outrecuidance de croire qu’il peut « rehausser » la présence du Christ parmi nous ? Combien de liturgies célébrées à « l’occasion de … »  comme si l’Eucharistie ne se suffisait pas à elle-même, comme si elle avait besoin de « l’occasion » d’un anniversaire pour exprimer sa plénitude!
 

« L’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne » répète-t-on à satiété après le concile Vatican II. Sauf lorsqu’elle devient le théâtre dérisoire de nos options religieuses ou politiques ou le reflet d’une vaine satisfaction personnelle.
 

Qu’est-ce qui importe ? La mise en scène ou la Cène ? L’impuissant effort de nos traductions humaines ou l’infinie profondeur du don d’une vie, de la Vie, dans la simple beauté d’un repas d’à-Dieu partagé ? »

 

13 septembre 2024

La grâce de l’inutilité



 Toi mon frère, ma sœur, le ou la super actif(ve), doté(e) comme il se doit d’un Haut Potentiel Intellectuel, tu n’aurais jamais cru que le dernier mot de ce titre oserait un jour entrer comme un voleur dans ton vocabulaire et encore moins, que tu pourrais l’associer à une grâce ! Et pourtant, combien de fois te surprends-tu à songer,  au détour d’une défaillance vite camouflée : « Que restera-t-il de mes capacités, de mon savoir-faire ? Pour quoi, pour qui serais-je encore utile ? »

 Et voilà que les ombres de tous ces anciens que tu as connus, viennent te rendre visite. Tu les revois assis au coin d’une table de cuisine, équeutant de leurs doigts gourds et déformés par le travail, une récolte de haricots verts ou un tas de petits pois. Tu les entends encore maugréer : « Je ne suis plus bon à rien ! ».
Tu revois encore la vieille maman « remisée » dans une maison de retraite comptant les heures d’un après-midi qui suinte l’ennui. Elle murmure comme en s’excusant : « Je ne sers plus à rien ».

En fait, lorsque tu sens la vieillesse grignoter sournoisement tes capacités,  tu as trois solutions.
-Maintenir coûte que coûte, ta forme olympique qui excitera les jaloux ou te fera regretter amèrement d’avoir lâché tes occupations officielles.
-Pester à n’en plus finir sur la fréquence de tes déficiences et surtout sur celles des autres.
-Enfin, prendre acte lucidement de ta disparition des écrans et te demander si cette nouvelle situation n’est pas une opportunité offerte (une grâce !) pour te poser cette douloureuse et essentielle question : « Suis-je encore moi quand je ne peux plus jouer les indispensables? »
 Un être humain dépouillé, tombé dans l’inutilité, peut-il encore intéresser quelqu’un ? Et pourquoi pas Celui que l’on a affublé de toutes les utilités idolâtres (1). On l’appelait le « L’Omnipotent ». N’est-ce pas le moment de découvrir qu’Il s’est offert à nous, dépouillé  de tout, sauf de l’amour gratuit, celui qui ne sert à rien, sinon à aimer ce qui reste de nous quand nous avons renoncé à être des petits dieux. Heureux les pauvres de soi !
   

 (1) Lire à ce sujet le décapant petit livre de Marion Muller- Collard « L’Autre Dieu » labor et fides.

01 septembre 2024

Retour de balancier ?

 Lucienne se désole : « On n’entend plus, dans nos paroisses, la voix du Concile (Vatican II) » !

« Lucienne, regardons la réalité en face ! L’Eglise, comme toutes les institutions humaines, subit les « va-et-vient » de son histoire. Le concile s’est achevé il y a 50 ans ! Autrement dit, pour les responsables actuels de paroisses, laïcs ou prêtres, il représente une histoire déjà ancienne. Les orientations qu’il a imprimées ont marqué, certes très profondément, les deux générations précédentes.

Mais, comme l’Eglise n’en finira jamais de se réformer, une nouvelle vague chrétienne veut apporter sa pierre à l’ouvrage et c’est dans la liturgie que le changement de cap est le plus visible, comme cela avait été le cas pour le Concile.

La nouvelle génération estime que le dialogue avec le monde, souhaité par Paul VI, a plutôt perverti l’Eglise que converti la société. Elle doit maintenant, pense-t-elle, se recentrer sur ses bases et afficher sa différence.

Ainsi, le balancier revient sur une liturgie plus soucieuse de l’exactitude du rite, de la solennité du décorum, du respect scrupuleux de la règle, de l’affichage d’un certain sacré.

De même, la prédication fait plus souvent appel au « ressenti », au possible miracle espéré et insiste de plus en plus sur le péché et sa confession.

La mission consiste davantage à ramener les brebis perdues à la maison qu’à évangéliser leurs conditions de vie et leur propre culture. Enfin, la prière se fait ostensible et parfois bruyante.

Ainsi est en train de naître une Eglise « affinitaire » dans laquelle « on est bien ensemble avec des prêtres qui nous ressemblent et que nous suivons, quel que soit notre lieu de résidence ».

La paroisse territoriale disparaît et, avec elle, les chrétiens « autochtones ». Lucienne, faut-il désespérer ?

Non ! Quand le balancier aura touché les limites et les contradictions de ces nouvelles options, il reviendra sur les positions ouvertes par le Concile et un équilibre, bien que toujours provisoire, s’établira. En tous cas, le balancier n’empêche jamais l’heure d’avancer, au contraire !

Deux rappels nécessaires :

1-Le monde d’aujourd’hui n’est plus celui du Concile.

2- Le mystère de Dieu déborde toutes les formes que l’Eglise a pu prendre au cours des âges, des cultures et des continents traversés.

A l’époque du Concile, l’athée comme le croyant avaient à peu près les mêmes repères et parlaient la même langue. Un dialogue était possible.

Aujourd’hui, il faut nous trouver une nouvelle langue, souvent au-delà des mots. Quant à l’Eglise, ses différentes expressions se multiplient et parfois s’ignorent. Par contre, certains jeunes n’ont aucune difficulté à passer de la messe en latin à celle du « Jour du Seigneur ». Il faudra peut-être s’habituer à une coexistence d’Eglises différentes. Chacune mettra l’accent sur un des visages du Christ à condition de ne pas s’exclure des autres.

Veiller à l’unité sera plus que jamais le rôle des évêques et du Pape, signes et acteurs efficaces de la communion et le mode synodal de la vie ecclésiale restera le fruit d’un Concile qui n’a pas dit son dernier mot. Espérons, Lucienne !



01 août 2024

JO 2024


Pas moyen d’échapper à la JO-mania ! Attention, pénurie de superlatifs en vue !! Le vieux « français moyen » (très moyen en sport et en art moderne), ayant vécu une grande partie de sa vie dans le siècle précédent et donc dans un autre monde, a voulu s’offrir la féérie télévisée de la soirée inaugurale  des jeux olympiques.  Il a amplement apprécié ce voyage dans Paris sublimé et illuminé, s’est esbaudi des prouesses pyrotechniques réalisées et de l’agencement sans faille du spectacle fluvial.

 Avec un peu de recul, il ne parvient pas cependant à chasser sa première impression. Tout d’abord, l’envahissement d’un pseudo art africain qui veut refléter les tendances de notre culture contemporaine au point que la timide bourrée auvergnate  paraissait, sur la marge, totalement exotique. Oui, la France conjugue, aujourd’hui, les contorsions  des divas dorées et la rigueur de la garde républicaine qui essayait malgré tout d’emprunter le rythme imposé. L’écran donnait à voir une France devenue un éclatant  bouillon de cultures. Encore faut-il qu’il soit buvable et nourrissant, se demandait l’ancien ébahi! Il ne pouvait pas s’empêcher, encore, de constater que ce broyage intentionnel des codes habituels  était, en fait, très « parisien » et devait laisser indifférente une majorité de Français, si tant est que ceux-ci aient pu saisir tous les subtils messages distillés le long du fleuve. Un tableau a semble-t-il suscité l’ire d’une partie de l’opinion : le plagiat de la Cène du Christ, œuvre de Léonard de Vinci. Qui, dans son canton, peuplé encore de Français, (bien que moyens), a saisi sur le moment l’allusion christique et s’est offusqué de ce blasphème ? « Ignares indécrottables » persiffleront les amis des arts crus,  « intellos-bobos parisiens »  répondront les crottés! Par contre,  le vieux bougon est certain que tous garderont en mémoire ce défilé joyeux des bateaux, cette Marseillaise lancée de la margelle du pont, ce cheval et cette cavalière galopant sur les eaux (que, bizarrement, personne n’a confondu avec Jésus marchant sur le lac), cette flamme olympique s’élevant au-dessus de la capitale et cette ferveur des privilégiés quoique bien mouillés d’une soirée inoubliable !

 Quant à la suite, elle nous dira s’il reste encore des « français moyens » tant ces athlètes hors normes, ces artistes vibrionnants et ce public en délire qui nous sont donnés tous les jours en spectacle planent au-dessus de la plèbe médusée. Peut-être s’en trouvera-t-il un dans le nombre qui se contentera de glaner la médaille de l’hôtel Matignon!! 

10 juillet 2024

Jésus premier ministre!

 Je t’imagine sur un plateau de télévision, debout, derrière un pupitre transparent, faisant face à une sélection de citoyens français. Ils ont appris que tu faisais des miracles. Alors, ils te demandent d’augmenter les salaires et les retraites, de résoudre les problèmes que posent la santé, les hôpitaux, les vieux, les jeunes, les transports, les banlieues, les prisons, le commerce, les impôts, les pauvres, les riches, l’énergie, l’industrie, l’agriculture, la recherche, la pêche, l’école, l’université, la faune sauvage, les familles, les homos, les hétéros, les chasseurs, les délinquants, les intégristes, les extrémistes, les tire au flanc, les dopés, les drogués, les assistés, les surbookés, les stressés et j’en passe…


Le présentateur jubile : les compteurs de l’audimat explosent. Perfide, il te demande de chiffrer tes promesses puis, il impose une petite coupure publicitaire. Les annonceurs se frottent les mains. Les ridés n’avaient rien demandé, et voilà le collagène qui lisse l’écran. L’émission reprend.


Tu prends la parole : « Il est écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. Tu te prosterneras devant Lui et c’est Lui seul que tu adoreras... L’homme ne vit pas seulement de pain... Et moi je vous le dis : Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux…Donnez et vous recevrez une mesure bien pleine comme celle dont vous servez pour autrui... A celui qui te prend ton manteau, laisse prendre ta tunique. Donne à quiconque te demande et ne réclame pas à celui qui te vole… A celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre… Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent… ».


Sifflets, hurlements, début d’échauffourée, évacuation des locaux, Tu sors par une porte dérobée évitant le lynchage. Le lendemain, la presse écrite rend compte des réactions de ceux et celles qui font l’opinion publique. Tous les bavards et tous les baveux sont d’accord : « Ce discours ne répond en rien aux graves préoccupations des français, il décrédibilise les responsables politiques et la noble mission des média publics qui sont faits pour éclairer les consciences et non pour les plonger dans un obscurantisme médiéval ! Sa légèreté et son inconsistance constituent une insulte à la nation toute entière ». Les intellectuels auto- proclamés demandent que l’auteur présente ses excuses dans les journaux télévisés.


Les jours suivants, à 20h, tu parais à l’écran et tu racontes, comme tu sais si bien le faire, l’histoire suivante : « Une femme qui, en rêve, faisait les magasins, découvrit Dieu lui-même derrière le comptoir le mieux achalandé.


- Que vendez-vous donc lui demanda-t-elle ?
- Tout ce que ton cœur désire, lui répondit Dieu.
-Je veux acheter la paix, l’amour, le bonheur, la tranquillité, la santé, la sagesse…


Dieu sourit alors et lui dit :
- Je crois que tu te trompes de fournisseur, nous ne vendons pas les fruits, mais uniquement les semences.
- Et combien coûtent-elles ?
- Un petit temps de silence que tu m’offriras tous les jours pour écouter ce que te dira mon Esprit ! » (D’après un conte de P.de Mello)


Et voilà pourquoi, encore une fois, Jésus, tu ne seras pas désigné comme premier ministre…

20 juin 2024

A droite ou à gauche ?


 Il le sait certainement et il doit en sourire ! Le pape François est clairement situé à « gauche » par un certain nombre d’observateurs. Imaginez François cherchant sa place dans les travées de la chambre des députés ! Quelle que soit sa position par rapport au perchoir, elle serait certainement la plus exposée aux flatteries assassines, aux coups bas, aux critiques venues de droite, de gauche, du centre et des extrêmes. Il ferait pour une fois l’unanimité de l’hémicycle contre lui malgré son drapeau blanc déployé ! Trêve de plaisanterie ! Quand cesserons-nous de « latéraliser » toute position ou d’encadrer systématiquement tout interlocuteur dans une posture dont il ne pourra pas se défaire quelque soit le sujet abordé : « Tu dis ça parce que tu es de droite ! » Fin de tout dialogue possible ! Parlons rugby !

Si les écrits de la deuxième Alliance avaient été rédigés par des journalistes français, Matthieu et Jacques qui ne voulaient pas « casser la baraque » de la tradition juive se seraient retrouvés à droite. Jésus et Paul auraient été jugés comme de dangereux gauchistes révolutionnaires. Pierre, de par son rôle de responsable, se serait assis au centre en position d’équilibre instable. Quant à Jean, le mystique inclassable, il aurait bien trouvé sa « demeure » n’importe où, pourvu qu’il soit près du Seigneur. Lisant le monde à travers des lunettes faussées par le prisme de la politique, ces chroniqueurs,   auraient-ils pu s’apercevoir, que Jésus n’a fini ni à droite ni à gauche mais « en haut » sur la croix ? Que Paul ne cessait de scruter « la hauteur, la longueur, la largeur, la profondeur » de l’amour de Dieu ? Et que beaucoup d’autres tombèrent tout « en bas » sur une terre ensanglantée par leur martyre ?
 

Le Pape essaie de nous rappeler simplement les exigences de l’Evangile. Qu’on les enveloppe dans des volutes d’encens ou qu’on les affiche dans des manifestations bruyantes, elles nous gênent tous aux entournures. St Jean Chrysostome au 4ème siècle avertissait déjà : « Commence par rassasier l’affamé et, avec ce qui te restera, tu orneras son autel ». En termes de popularité, François sera toujours perdant ! Il n’est pas à gauche, il est au cœur de notre monde et au cœur de Dieu!

08 juin 2024

La « Visite »

 Le diocèse de Bayonne va recevoir une « visite fraternelle » de l’archevêque de Dijon. L’adjectif employé devrait réjouir tous les catholiques du département. Mais c’est mal connaître les subtilités du droit canon. La visite est dite « fraternelle » pour qu’elle ne soit pas confondue avec celle dite « apostolique » qui, quoique supposée toujours fraternelle, est plus longue et donc plus problématique dans ses conséquences. Bref, pour en revenir au latin, il s’agit de ce qu’on appelle de nos jours un  audit, suite à la prise en considération de plaintes concernant la gouvernance du diocèse en question. « Il faut se méfier des mots » disait l’artiste Ben.

Il est nécessaire, dès le début,  de lever les ambiguïtés du vocabulaire qui peuvent induire des interprétations opposées comme se méfier des rumeurs qui n’ont pas manqué de circuler dès cette annonce « fraternelle ».
Tout d’abord, on a cru qu’elle s’effectuait dans le prolongement de celle réalisée dans les deux séminaires  alors qu’elles n’ont rien à voir entre elles. Celle-ci n’est pas une visite de routine habituelle. Et contrairement à ce que l’on a entendu encore, elle n’a pas été diligentée par le nonce apostolique à Paris mais par Rome.
Quelques média, toujours à l’affût du sensationnel et du croustillant, ont exhumé l’affaire d’une voyante et de sa communauté dont l’évêque de Bayonne s’est fait le protecteur. Ce rappel pourrait devenir une diversion par rapport au sujet principal et pourrait le cas échéant servir de fusible utile. Débarrassé de cette épine au pied, le diocèse redeviendrait le modèle de fraternité  et d’unité  qu’il a toujours été !

Autre procédure curieuse. L’annonce de cet audit  définit à l’avance la qualité de ceux ou celles qui seront écoutés : Les collaborateurs de l’évêque et ceux et celles « qui ont des responsabilités diocésaines ». Autant demander aux ministres de dénoncer les erreurs du premier ministre ! Si l’archevêque auditeur n’offre pas la possibilité aux laïcs et aux prêtres d’être écoutés en dehors du protocole prévu ou s’ils ne peuvent pas avoir accès à une boîte à lettre dédiée, sa visite est vouée à l’échec et il déclenchera une réaction à la hauteur de la déception.
A maintes reprises et depuis des années des laïcs ont demandé à être écoutés par leur évêque sur ce qu’ils considéraient comme un dysfonctionnement du diocèse et une orientation politique préjudiciable à son image. Un collectif de 200 paroissiens palois a réussi tout dernièrement à être entendu. Dans tous les cas, ce n’est pas la réflexion inexistante sur le synode qui a pu produire ses effets mais plutôt l’éventualité de cette visite déjà dans les tuyaux.

En fait, il y a fracture. Elle se situe entre ceux et celles qui ont vécu le Concile Vatican II, qui en ont apprécié les orientations et qui ont grâce à lui maintenu et renouvelé leur foi, ce sont les anciens de nos paroisses. …et celles et ceux, y compris les jeunes prêtres, qui n’ont pu en lire que les textes, ouverts à toutes les interprétations et en particulier celle dite de la continuité. Ceux-là se sont laissé persuader que ce Concile n’avait rien changé et qu’une tradition figée devait être maintenue et restaurée. Sans compter ceux et celles qui le considèrent comme hérétique et qui font tout pour le torpiller de l’intérieur. Ici, stratégie et duplicité se confondent.
Saisissant l’opportunité de la vague identitaire qui s’étale  sur l’Europe et sur le monde, ces nouveaux catholiques  sont tentés, comme leurs évêques, de plonger dans le courant. Ils pourront, pensent-ils  « sauver » l’Eglise et reconstituer l’ère de la Chrétienté. Sauf qu’avant de prendre la vague, il vaut mieux savoir où elle va s’échouer !
« Il faut bannir les querelles de mots » nous dit St Paul avant d’ajouter: « trace tout droit le chemin de la vérité » 2Tim 2,14



23 mai 2024

Du divertissement à la joie

 Barcus, village souletin, un jeudi de l’Ascension.  C’est la fête au village.
Les « encore-fidèles » sortent de l’Eglise paroissiale. Le sifflement strident du txistu et le battement sec du tamboril les accueillent sur la place publique. De très jeunes filles entament la danse rituelle. Graciles et souriantes, elles semblent en état d’apesanteur, enchaînant leurs pas comme si elles frôlaient le sol sans le toucher. Des adultes, tous anciens danseurs, ont des fourmis dans les jambes et se risquent à les imiter. Une jeune maman, son enfant dans les bras, n’hésite pas à entrer dans le cercle magique. On s’attendrait presque à  ce que les défunts du cimetière adjacent applaudissent ! La joie se lit dans les yeux des anciens admiratifs.
Ceux-ci viennent de célébrer la messe. Ils sont conscients que, sans elle, la fête serait amputée de l’essentiel : le lien vital avec son origine et son histoire. En effet, la « fête patronale » était d’abord celle d’une paroisse  mise sous la protection d’un saint considéré comme un exemple à suivre.  D’où la nécessité de célébrer l’action de grâces, le merci reconnaissant des vivants pour les ancêtres qui posèrent les fondations d’un premier habitat dans ce lieu-dit, pour ceux qui prirent vaillamment la relève et surtout pour Dieu le donateur premier.
Une occasion pour rappeler que la vie en communauté civilisée et fraternelle est préférable à la sauvagerie de  la horde ou à l’indifférence de l’individu connecté au monde entier sauf à son voisin. Enfin, gratitude envers tous celles et ceux qui se dévouent au bien commun et, pourquoi pas, engagement personnel à œuvrer pour que cette communauté persiste et transmette ce qu’elle a meilleur.  
Sans la messe, la fête au village risque de se réduire à une manifestation rentable, susceptible d’attirer un large public de plus en plus friand de sensations fortes et débridées.
Avec elle, le divertissement se pare de la joie de pouvoir encore vivre ensemble et heureux. Que Celui qui fit danser les boiteux bénisse ces fêtes qui reviennent avec le retour des hirondelles et du beau temps… espéré !

26 avril 2024

Papa


 Beauté du geste et grande émotion quand les quatre enfants de Michel ont pris la parole au début de la célébration de ses obsèques afin de rendre hommage à leur père ! Tendresse à peine retenue quand chacune et chacun, quadragénaire bien planté, a débuté sobrement sa prise de parole par le mot du petit enfant : « Papa » !

De ce papa, l’un rapportait une phrase inoubliable parce que prononcée au bon moment mais aussi ses exigences fécondes, l’autre son talent de réparateur des objets et de consolateur des chagrins, l’autre encore son écoute et son conseil éclairé et enfin son art d’être grand-père. Tous les quatre soulignaient son engagement assidu auprès des autres et son attachement indéfectible au Christ. Les quatre terminaient leur évocation par la même conclusion : « Papa, je t’aime » !

Les octogénaires qui les écoutaient avaient la larme à l’œil en imaginant leur propre départ. Leurs enfants oseront-ils prononcer en public ce mot chargé de tant d’affection ? La pudeur mais aussi les accrocs de la vie leur interdiront peut-être de déposer ce cadeau chaudement enveloppé sur le cercueil froid.
 
Au moment où les informations nous accablent, chaque jour, d’insultes, de passages à tabac meurtriers, de coups de couteau, de menaces de mort qui sont le fait d’enfants en âge scolaire, on est en droit de se demander : où sont les pères ? « Pas de pères, pas de repères » avertissaient déjà les psychologues il y a 50 ans ! Non seulement le papa affectueux ou grand copain complice mais le père tuteur sur lequel l’enfant peut s’appuyer pour grandir droit. Pères absents, ne volez pas la fierté de votre  enfant qui ne pourra jamais dire à ses camarades les yeux pétillants de bonheur : « Lui, c’est mon père ! »

Ces quadra et quinquagénaires étaient eux-mêmes entourés d’une ribambelle d’enfants. Gageons qu’ils recueilleront à leur tour une part de l’héritage de leur grand-père, sans oublier celle de la grand-mère, ô combien présente et attentive.

Enfin, une pensée pour toutes celles et ceux qui ne seront jamais honorés du titre de « maman » ou de « papa »      et dont le cœur ne se gonflera pas de gratitude à l’évocation de ce mot. Une pensée aussi pour le Fils qui, lui aussi, appelait son Père « Abba », c’est-à-dire Papa !   

17 avril 2024

Preuves à l’appui


 Les femmes et les disciples qui ont constaté le tombeau vide et qui ont éprouvé la présence du Christ ressuscité ont-ils entonné aussitôt l’Alléluia comme nous le faisons dès le jour de Pâques ? Certainement pas ! Les récits des apparitions nous parlent de témoins en proie au trouble et au doute, oscillant entre l’effroi et la peur. Jean et Luc dénichent toutefois un rayon de joie lors d’une apparition de Jésus, mais il ne semble pas assez lumineux pour emporter l’adhésion générale. L’Alléluia attendra.


Ces jours-ci, deux « disciples » en chemin, eux aussi, croisent un prêtre. Ils s’interrogent. Le premier se passionne pour les dernières conclusions de l’historien Petitfils au sujet du saint Suaire de Turin. D’après l’écrivain, les dernières études scientifiques sur le sujet prouveraient l’authenticité du linceul.

 
Le second pèlerin, de formation scientifique, s’est attaqué à la lecture de « Dieu, la science, les preuves » de Bolloré et Bonnassies. Ces auteurs renouent avec les « disputationes » des théologiens sur les preuves de l’existence de Dieu. Des générations de séminaristes se souviennent avoir transpiré sur celle de Saint Anselme, appelée « la preuve ontologique » et sur celles de St Thomas d’Aquin au nombre de cinq !


Ne boudons pas notre plaisir ! Reconnaissons tout d’abord l’apport de la connaissance scientifique qui explore l’infinie complexité de l’univers, qui sonde l’infiniment grand et l’infiniment petit. Elle peut parfois frôler la question du pourquoi et nous aider à déblayer un chemin vers Dieu.


Devant l’enthousiasme des « pèlerins » pour ces nouvelles certitudes, le prêtre s’est trouvé dans le même embarras que celui des apôtres après le compte rendu des femmes du tombeau.

 
Premier obstacle de taille à l’Alléluia : peut-on enfermer Dieu dans une équation ou dans la logique d’un raisonnement humain? Le doute est permis. De plus, le Dieu de l’Evangile répugne à s’imposer aux hommes par la force de l’évidence. Il paraît au contraire très respectueux de notre liberté. Jésus laisse repartir le jeune homme riche sans insister ! Il renonce aux arguments frappants de Pierre lors de son arrestation.


La résurrection prouvée, resterait la question de l’identité du personnage en question : « Serait-ce son fantôme ? » Reconnaître Jésus n’a pas été évident pour ses familiers. Il a fallu que Jean pousse du coude Pierre et lui souffle : « C’est le Seigneur » pour que le patron de la pêche se jette à l’eau !

 
Une fois l’identité certifiée, qui nous dit que ce ressuscité est le Fils de Dieu ? Encore faut-il se rappeler de ce qu’il a dit à son sujet: « Mon Père est moi nous sommes UN. » Mais pour accorder un crédit à ces paroles, nous devons faire confiance à celui qui les prononce comme à ceux qui les rapportent.


Et le prêtre de conclure : « Mes amis, pour ma part, parmi tous les fondateurs de religions, je fais confiance à Jésus car il me révèle un Dieu à l’envers de tout ce que les hommes pouvaient imaginer « en matière » de divinité. Un Dieu non pas surpuissant, mais « sur-aimant », au point de se livrer entre nos mains. Personne n’avait jamais prévu un tel Dieu !

 
Et je fais confiance aux premiers rapporteurs de la Bonne Nouvelle parce qu’ils n’étaient ni des intellectuels jonglant avec les idées, ni des politiques cherchant l’adhésion du peuple, ni des farfelus ou des mystiques déjantés. Les premiers témoins étaient des pêcheurs, des paysans, des gens du peuple auxquels on ne faisait pas prendre des vessies pour des lanternes.

Et merci à tous celles et ceux qui, depuis plus de 2000 ans, nous démontrent par leurs travaux que la Foi n’est ni une aberration ni une défaite de la raison et nous aident à déboulonner les idoles que nous ne cessons de fabriquer ! »



28 mars 2024

« Il poussa un grand cri et expira ». Victoire de la mort ?

Dans son roman très politique (1), Gaspard Koenig nous conte l’épopée des vers de terre, ces industriels de l’humus desquels les humains devraient s’inspirer s’ils veulent entrer dans l’éternité de la nature. Son héros, Arthur, va vouer sa vie et sa mort aux lombrics et à leurs milliards de cousins.
 
Quand la question des fins dernières s’invite dans la conversation, une majorité de nos contemporains avouent ne pas croire en Dieu mais plutôt « en la vie ». Quelle vie ?

Des scientifiques sérieux nous prédisent la fin inexorable de la planète-terre quand nous aurons épuisé toutes ses ressources et empoisonné les océans, berceaux de la vie. Quelques milliardaires n’hésitent pas, d’ailleurs, à préparer leur résidence principale sur Mars, seul moyen pensent-ils d’échapper à l’extinction générale programmée. D’autres préfèrent « profiter pleinement de la vie, la mordre à pleines dents », ignorant qu’à trop la mordre, ils la tuent. Quelques-uns, adeptes du « tout bio », font ce qu’ils peuvent pour retarder l’échéance mais de toutes les façons, un jour où l’autre, la vie se fracassera sur la mort car elle n’a pas d’autre alternative! Mais alors, comment imaginer qu’elle ait pu apparaître dans le seul but de disparaître ?
Existe-il un autre destin que celui de la fuite dans le cosmos ou dans les galeries du ver de terre ?

Jésus qui s’est dit fils du Dieu Vivant est venu renverser le cycle de la vie pour la mort. Avec Lui, plus besoin de transformer la planète en un immense supermarché qu’il faudrait goulûment dévorer au risque de l’épuiser, ni en champ de guerre pour défendre ou augmenter sa part. Avec lui, nous sommes déjà  comblés de l’essentiel : L’Esprit Saint, reçu au baptême et entretenu par la prière et les sacrements. Cette vie nouvelle dans l’Esprit, Il nous l’offre gratuitement pour la partager à pleines mains dans la joie d’une existence déjà éternelle !
Aujourd’hui encore, ce Vendredi Saint, Jésus,  à Gaza, en Ukraine et dans bien d’autres conflits oubliés, pousse un grand cri : « Ne donnez pas raison à la mort mais à la Vie, celle que je vous donne en abondance » !
 
(1) Gaspard Koenig « Humus » ed de l’observatoire

13 mars 2024

Sur le chemin de Saint Jacques…retours de bâton.


 Quand Olivier Robinet est venu me surprendre sur le mur de galets où, platement suspendu
je passe ma retraite, de vieux souvenirs ont réveillé ma branche raide. Comme tu le vois -permets-moi de te tutoyer comme le ferait un grand-père - je ne suis qu’un bout de bois
taillé dans un humble mais robuste noisetier. J’étais un habitué des sous bois obscurs qui sentent bon le chèvrefeuille et des sentiers de montagne qui, en interminables lacets, vous mènent au sommet.
Quelle mouche m’a piqué pour avoir accepté de partir vers le champ de l’étoile ? Certes, Félix Leclerc chantait encore « Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé ». Raymond Fau, le troubadour de l’Aubrac, entonnait dans ses veillées autour du feu son « Je vais à Santiago».
Il y allait en chantant et presque en sautillant « avec rien d’autre dans le sac que mes prières ». Les journalistes Barret et Gurgand n’avaient pas encore publié leur « Priez pour nous à Compostelle » qui a déclenché un torrent de pèlerins venu grossir le gave de Navarrenx et s’ébrouer aux pieds des remparts de la cité.
Tu l’as deviné. C’était il y a longtemps, très longtemps. Il y a plus de 50 ans. Me voilà parti avec mes trois compagnons bipèdes. El camino n’était pas tracé, aucune étape réservée, aucun précieux guide, aucune credencial, personne ou presque sur la route. Il fallait s’en remettre à la bonne volonté des villageois rencontrés pour nous indiquer « el real camino », à notre toile de tente pour nous abriter et aux trigales, ces aires de battage du blé, pour passer la nuit dans la paille.
Si Olivier Robinet nous avait suivis à cette époque là, il aurait saisi dans son objectif beaucoup de regards étonnés dont quelques-uns, parfois un peu dédaigneux pour ces jeunes vagabonds désœuvrés. L’attrait touristique et économique du pèlerinage n’était pas encore entré en jeu. Mais au seul énoncé de « Santiago », les yeux s’écarquillaient et devenaient admiratifs pour ces jeunes français audacieux.
Quand le photographe a déroulé devant moi l’immense fresque de ces 1200 pèlerins rencontrés au hasard des rues et des recoins d’un des « plus beaux villages de France », j’ai cru que j’étais entré dans la « cité du sourire », à l’instar de la « cité de la joie » magnifiant la joyeuse charité à l’œuvre dans les slums de Calcutta.


Pourquoi cette guirlande de sourires lumineux sous les couvre-chefs les plus variés souvent ruisselants de pluie ? Parce que tous ces porteurs de bâton sont en quête de l’essentiel et qu’ils se trouvent sur la bonne voie. Rien à voir avec ces sourires commandés sur ordre du photographe. Ceux-ci sont lumineux car ils remontent d’un feu intérieur.
Il y a deux chemins. Le premier : celui qui enchante le marcheur du matin prêt à de nouvelles aventures et qui, le soir, a endolori les pieds et scié les épaules sous le poids du sac à dos. C’est le chemin de tous. Mais, bientôt, le défi physique rentre dans la routine quotidienne et le but du voyage n’est plus une obsession. Alors, quand tu te rends compte que l’important n’est pas d’arriver mais de marcher dans un provisoire qui ne s’achève jamais, tu entames un deuxième voyage. Celui-ci est un chemin unique, il t’appartient en propre. Abraham, grand caravanier devant l’Eternel, est parti sans savoir où il allait et l’on dit qu’il allait « vers lui », à la recherche de son propre mystère ! Toi aussi, tu vas vers un
« moi » que tu ne connais pas encore et qui se révèle plus vrai que nature. Tu t‘en réjouis et
tu as raison !
Le pèlerinage s’accomplit chaque jour, à chaque pas. Caminante son tus huellas el camino y nada màs…el camino se hace al andar… » « Pèlerin, le chemin se fait en marchant » constate le poète A. Machado.
Les paléontologues nous ont dit que le passage de l’animalité à l’humanité se vérifiait quand les morts avaient reçu l’hommage de quelques rites. Ils nous ont dit aussi que la station debout donnait un net avantage sur les compagnons à quatre pattes car la vision en hauteur permettait de se préparer à fuir ou à rencontrer. Moi, je te dis que le sourire du bipède désarmé est le signe le plus évident de l’humanité. Sur le chemin, allégé de tous les carcans de ta vie quotidienne, tu n’offres aucun signe de reconnaissance de ta profession, de ton rang social, de ta spécialité reconnue. Tu n’as qu’un sourire à offrir au passant que tu croises.
Et lui, malgré ses soucis ou son chagrin, te le rendra et se surprendra à offrir un peu d’humanité à un inconnu. Alors qu’il commençait sa journée avec un visage renfrogné, il se mettra au travail en annonçant à ses collègues : « Miracle, ce matin j’ai vu un être humain ! »
Ce chemin est un berceau d’humanité par lequel tu deviens toi-même avec les autres et parfois grâce à eux.
Dans 50 ans, quand les historiens et les sociologues feront l’analyse de ce phénomène de transhumance qui a saisi, dans la moitié du 20ème siècle, des centaines de milliers d’Européens, sans oublier les japonais et autres américains, ils feuillèteront l’ouvrage du portraitiste navarrais et se poseront une question : Comment dans une période aussi sombre, aussi tourmentée, aussi menacée par toutes sortes de déséquilibres politiques et climatiques, un flot de marcheurs pouvait-il se lever tous les matins, le sourire aux lèvres ? Il faut croire, se diront-ils, que cet élan prend sa source aux origines de l’humanité et qu’il enjambera sa mort. Cette marche terrestre est inscrite sur une carte céleste !

Un jour, devenu toi-même un vieux pèlerin, tu te surprendras à chantonner l’ancien negro spiritual :
« Vieux pèlerin qui vagabonde.
Je suis partout un étranger.
Mais je suis sûr qu’en l’autre monde.
Dieu va m’offrir où me loger.
Je vais là-bas revoir mon père.
Fini pour moi de cheminer.
A l’autre bord de la rivière.
Maison à moi, je vais trouver. .. »


NB. Olivier Robinet et moi-même avons une dernière recommandation à te faire : avec ton sourire, garde ton bâton. Quand tu auras atteint un âge certain, il reprendra volontiers du service pour t’aider à supporter le poids des ans accumulés et pour te remémorer tant et tant de souvenirs enfouis dans ta grotte secrète. ULTREIA!


SANTIAGO

Sacrifice

A la faveur d’une révision de la traduction des textes liturgiques, ce mot est revenu plusieurs fois dans les prières de la messe. Les vieilles générations qui, dans leur enfance, devaient cocher sur papier, lors du carême, le sacrifice quotidien d’une friandise ou d’une jalousie n’ont pas un excellent souvenir de ce vocable ! Le sacrifice qui « fait le sacré ou rend sacré » revêt une signification plus vaste que le sacrifice-privation.

 Si l’on fait l’archéologie de ce terme, on s’aperçoit d’abord qu’il existe dans toutes les religions. Le premier testament en fait presqu’un réflexe dès que le croyant veut remercier Dieu, renouveler son alliance avec Lui ou obtenir un bienfait de sa part. Les sacrifices sanglants de bétail renvoyaient à la civilisation des pasteurs, tandis que l’offrande d’une part de récolte rappelait l’apparition de l’agriculture. Tout un rituel allant de l’holocauste consumé en totalité par le feu reçu du ciel au sacrifice de communion, partagé entre Dieu, les prêtres et les fidèles, nécessitait un commerce établi aux abords du Temple de Jérusalem. Ce marché donna l’occasion à Jésus de se présenter  comme celui qui venait réaliser la prophétie de Zacharie annonçant le temps messianique.
 
Il était précisé dans la Loi juive que tout premier né devait être consacré au Seigneur. Le  sacrifice d’Isaac, remplacé par celui du bélier, relève de cette antique observance souvent partagée par les païens. Les premières gerbes entraient aussi dans ce système sacrificiel. Par l’offrande de tout premier né qui « ouvrait le sein maternel », et par la non-consommation du sang, principe de vie, l’homme rendait pour ainsi dire à Dieu la clé qui ouvrait la porte de la mort sur la vie afin de maintenir l’acte créateur en état de se perpétuer. Par ce  geste l’homme signifiait aussi qu’il ne devait pas épuiser l’œuvre créatrice de Dieu et lui laisser une chance de se renouveler. Le Seigneur était sensé répondre à ces multiples sacrifices par les gratifications souhaitées, toutes orientées vers une vie meilleure, allant d’une victoire sur l’ennemi à la fécondité de la moisson. Lorsque le peuple fut déporté loin de son temple, il fallut lui trouver des substituts. Le « sacrifice des lèvres » c’est-à-dire la prière et l’aumône remplacèrent le cérémonial du temple. « C’est l’amour que je veux et non les sacrifices » osa même suggérer Dieu. (Osée 6,6)


Lors de la cène célébrée dans le contexte pascal où un agneau par famille était sacrifié, Jésus  semble avoir privilégié l’offrande végétale du pain et du vin comme symboles essentiels de sa vie offerte (corps livré, sang versé) et partagée (prenez et mangez) récapitulant et remplaçant ainsi tous les sacrifices antérieurs.
Lorsqu’à la suite de Jésus, le prêtre, au moment de l’offertoire, présente le pain et le vin ne rejoint-il pas, au-delà du repas pascal, ce réflexe antique du « sacrifice-échange » qui rend à Dieu  une part de ce qu’il nous donne? Avec le pain et le vin c’est tout l’univers qui est intégré à l’offrande eucharistique et c’est la création nouvelle qui nous est rendue dans le pain eucharistique, sacrement du Christ ressuscité. Au lieu de recevoir prospérité, victoire, santé, longue vie ou richesse, l’homme va accueillir la seule richesse qui compte : la Vie ressuscitée du Christ dans l’Esprit Saint.
 

L’offertoire et le geste de la quête, appelée bien justement « offrande », mériteraient de ne pas être escamotés pour être replacés dans leur signification entière.

Nouvelles tendances


 « Nombreux sont ceux qui inventent les choses pour la deuxième fois » ! En effet, vieillir permet de retrouver sous la bannière de la nouveauté des comportements ou des modes qui ont déjà fleuri dans le passé. Ainsi en va-t-il des relations incestueuses entre la politique et la religion. Soucieux de l’évangélisation des masses, des chrétiens dits de gauche, se sont jetés, autour des années 70, dans la gueule de l’idole marxiste et se sont agenouillés devant Marx dont ils n’avaient lu que quelques morceaux choisis. Accusés de galvauder la doctrine pour la mettre à la portée du peuple, on les disait pollués par ce Concile honni qui avait ouvert les vannes à ce que la modernité charriait de plus détestable : le respect de la conscience personnelle ! 


Et voilà qu’un demi siècle plus tard, bien formatés par les adeptes d’une « herméneutique de la continuité » (1), les fils et petits fils des nostalgiques de la « chrétienté » (2) retrouvent les délices d’une alliance  souhaitée entre la politique et la religion. Mais entendons-nous bien ! Il s’agit maintenant d’une « bonne politique », celle qui flirte avec les théories de l’extrême droite et qui va chercher ses références dans la sainte et radieuse Russie. Autrefois, la doctrine était lyophilisée  au nom de l’évangélisation. Aujourd’hui, elle est rappelée  sans fioritures au nom de la tradition. Sauf qu’aujourd’hui comme autrefois,  se cache sous ces comportements, soi-disant nouveaux, une stratégie politique qui laisse croire que, lorsque les lois auront changé, les hommes n’auront plus de mal à croire. Le discours est d’autant plus séduisant qu’il se situe au confluent de deux courants. Le premier est suscité par la peur des anciens qui perdent les références de leur vieux monde. Le second est alimenté par l’enthousiasme des jeunes qui croient découvrir un monde nouveau et qui n’ont pas le recul nécessaire pour repérer la redite.  


Si un régime politique suffisait à « faire chrétiens nos frères » cela se saurait depuis 2000 ans que l’évangile coule dans l’histoire des hommes ! Les tenants d’une Eglise nouvelle  qui érigerait une sainte alliance avec le pouvoir politique devraient se poser la question suivante : Pourquoi la « chrétienté » n’a-t-elle pas résisté aux assauts du temps si elle était le régime idéal ? Décidemment, le règne de Dieu est bien comme un « ferment dans la pâte » ! Voilà pourquoi Jésus n’a pas voulu partager le pouvoir du Temple et de la Torah, voilà pourquoi Il n’a voulu renverser ni Hérode ni César et s’est tenu à distance des révolutionnaires de son époque.

Autre nouveauté : le retour du matérialisme !
Il se trouve que sous le prétexte du respect du sacré, des espaces cultuels sont interdits - surtout aux femmes- et que l’on recommande fortement la communion sur la langue plutôt que dans la main.  Une femme ne peut pas monter dans le chœur d’une église pendant la messe mais elle peut le faire pour aller dans la sacristie s’occuper d’alimenter l’encensoir lors des obsèques ! Où est l’erreur ?
Question : Pourquoi la bouche serait-elle  plus digne que la main ? N’est-elle pas l’instrument de toutes les délations, de tous les mensonges, des médisances et des calomnies, des jugements assassins et des suspicions venimeuses ? Et, si l’on peut se permettre une remarque lourdement triviale, s’est-on  demandé dans quel endroit décent aboutit la sainte hostie après son passage dans l’estomac et les intestins? Alors, pourquoi la main serait-elle plus impure que la langue ?
Chacun est bien d’accord pour accorder un immense respect au pain et au vin eucharistiques mais pourquoi  « chosifier » le sacré dans des espaces, des gestes et des temps ? Pourquoi les « calices tulipes » dorés seraient-ils plus dignes que des vases moulés dans l’argile par les mains de l’homme ? Le vieux catéchisme nous disait que Dieu est partout. Donc le sacré est partout dans la mesure où la création reflète sa présence. Il y a des matérialistes du sacré qui se permettent de mettre la présence ou l’absence de Dieu entre les mains de leur pouvoir ! Assigner Dieu à sa place et l’homme à la sienne, ceci non plus n’est pas nouveau bien qu’incroyable !!


    (1) Une interprétation dans la ligne des précédents Conciles
    (2) Entendue comme un ensemble de peuples, y compris le pouvoir politique, partageant la culture chrétienne.

01 mars 2024

Adieu paysan !


Comme tout bon béarnais qui se respecte, Pierre n’enlevait son béret que devant Dieu. Mais quel Dieu occupait ses pensées et ses prières ?
Dieu créateur était le plus facile à reconnaître pour un enfant de l’ancien monde, familier des mystères de la nature et de sa beauté. Dieu était maître du temps et de l’espace. L’angélus quotidien et les croix des carrefours apposaient  sa signature dans le paysage.
La loi de ce Dieu, résumée dans les dix commandements, étayait les consciences et empêchait les débordements néfastes à la vie en société.  
Puis, quand la terre ne répondait plus aux attentes des hommes, quand les éléments se déchaînaient, on se souvenait qu’une vie bienheureuse nous attendait, après la mort, dans le paradis. Tel était le Dieu de l’enfance de Pierre.


Mais, dans les années 50 de l’autre siècle, les hommes ne voulurent plus attendre l’au-delà pour être heureux et demandèrent à la terre, grâce à la machine et à la chimie, de se soumettre à leurs désirs. Pierre devint alors agriculteur sans cesser, cependant, d’être paysan dans l’âme. Il n’abandonna pas le Dieu créateur mais en ouvrant l’Evangile, il se souvint que la vie éternelle, selon Jésus, commençait ici bas. Il s’engagea avec la JAC (la jeunesse agricole catholique) à rendre le monde plus humain et plus juste. Ceci l’amena à prendre de nombreuses responsabilités dont celle de maire de sa commune pendant 37 ans.


Grisé  par ses succès l’homme des champs en a conclu, un peu vite, que le Dieu créateur, le Dieu du permis et du défendu, celui du paradis n’étaient plus utiles à notre société marchande. Mais comme l’homme a besoin d’un Dieu, sans se faire prier, il prit sa place. Aujourd’hui, il déchante car il a créé, lui-même, les limites qui l’enferment et qui obturent son horizon. La crise et les secousses actuelles révèlent le mal-être des campagnes.


Ce mal a des racines profondes. L’être humain a voulu singer ce Dieu tout puissant auquel il croyait en oubliant que le Dieu de Jésus Christ est avant tout Père. Un père qui a la faiblesse de nous aimer à sa mesure c’est-à-dire infiniment, jusqu’au pardon. 


Pierre savait que la solution au désespoir de l’homme actuel, paysan ou citadin, n’est pas seulement économique, sociale ou politique. Elle est avant tout religieuse. Elle est dans une alliance renouvelée entre les fils que nous sommes et ce Père à qui nous devons tout. Elle est dans une vie à partager entre frères retrouvés. Adieu, paysan !

21 février 2024

Contribution avortée au Synode romain…

 

 …retrouvée dans un placard de sacristie. Elle n’est jamais arrivée à destination et pour cause ! « Moi, paroissien lambda, qui comme beaucoup d’autres a été serviable et corvéable à merci, je m’adresse aux évêques, prêtres, diacres, cérémoniaires, chefs de chœur, lecteurs, servantes et servants de messe, lecteurs et lectrices, choristes, sacristains, thuriféraires, acolytes, portiers, organistes, quêteurs… 

A vous, tout d’abord, l’hommage de ma reconnaissance pour votre fidélité sans faille au service du peuple de Dieu. Retiré du service, et peut-être grâce à cela, je me permets de vous faire parvenir quelques remarques au sujet de la liturgie eucharistique, la messe, qui reste pour la plupart de mes contemporains la « marque de fabrique » de l’Eglise.

 Entendons-nous bien ! Loin de moi l’idée de confondre la messe avec l’exercice de l’oraison personnelle ou des dévotions particulières. Il est vrai que j’ai connu dans ma jeunesse des célébrations qui occupaient le célébrant et deux enfants de chœur tournés vers un autel monumental, « charabiant » une langue ancienne, ce qui laissait à chacun le loisir de prier le chapelet ou de feuilleter le « manuel paroissial ».

 Le « Dominus vobiscum » réveillait l’attention de ceux qui plongeaient dans une méditation dominicale ou qui faisaient mentalement les comptes de la semaine écoulée. Dans ce rite là, j’ai déjà donné, merci ! Je n’ai pas besoin de la messe en français ou en latin pour faire oraison.

 Je sais que la liturgie, comme son nom l’indique, est l’action du peuple qui se rassemble pour « faire mémoire de Moi », c’est-à-dire pour s’associer et communier au « mystère de la Foi ».

 Par contre, cette œuvre, cette action ne peuvent se réduire à une mise en scène, a priori dérisoire, de la Cène de Jésus. Le jeu de rôles en ce cas ne peut être que mauvais. L’important c’est « LUI », à la fois présent et absent. Alors permettez-moi de relever quelques détails qui, à mon avis, le rendent encore plus absent.

 Commençons par l’avant-messe. Peut-on plonger dans la Trinité avec le premier signe de croix, sans prendre deux minutes auparavant pour désencombrer notre esprit et pour mesurer tant soit peu l’acte inouï que nous allons poser ?

 Alors, quel que soit ton rôle dans la liturgie, prépare-le à l’avance. Fais en sorte que le chœur de l’église ne devienne pas une scène avec ces allers et venues précipités, ces génuflexions acrobatiques, ces conciliabules de dernière minute, ces mouvements désordonnés. Cette agitation peut se concevoir au théâtre avant le lever de rideau mais, ici, il n’y a pas de rideau ! Les paroissiens ont besoin de calme, de silence, de recueillement. Ne cherche pas à combler le vide. C’est lui qui parle le mieux de l’absent-présent !

 Si tu dois de déplacer, tu n’es pas obligé(e) de mettre, ce jour là, les chaussures à talons les plus bruyants dignes d’une relève de « horse guards »… à moins que tu ne désires réveiller les primo-endormis !

Quand tu es chargé(e) de « l’animation », n’oublie pas que ce mot contient celui d’« âme ». Ne reste pas sans cesse face à l’assemblée. Dis-toi toujours qu’en mode de célébration, la relation n’est jamais binaire. Nous sommes toujours trois. Il y a LUI, le plus important, laisse lui sa place, ne boucle pas le dialogue entre toi et l’assemblée sur lui-même. Et peut-être, pour cela, reste légèrement orienté vers l’autel. Il concentre tous les symboles du Christ. A moins qu’il ne serve de porte-cierges dignes d’un étal de brocante.

 Tu n’es pas un chef d’orchestre, ni un soliste. De temps en temps, éloigne-toi du micro, même si tu as une voix splendide, laisse l’assemblée s’entraîner elle -même à la prière. Vous, les célébrants, quand vous revêtez les habits liturgiques, songez qu’ils sont la copie de ceux du grand prêtre du temple de Jérusalem. Que l’Ancien Testament ait cru bon d’approcher Dieu dans des habits spéciaux, adaptés aux sacrifices sanglants, et rivalisant avec ceux des prêtres idolâtres, c’est son choix.

 Mais toi, rappelle-toi que Jésus ressuscité, apparu à Marie-Madeleine, avait l’allure d’un jardinier. Alors, tu pourras accumuler les dorures et les parures, jamais tu n’atteindras la lumière intérieure du Christ. De toutes les façons, tu n’es pas là pour le remplacer, mais pour le signifier. Et sache que plus le signe veut ressembler à la réalité et plus il la cache et la déforme. Une belle simplicité suffit à suggérer sa présence cachée.

 Quand tu lis l’Evangile de Jésus chassant les vendeurs du temple, ne fusille pas les paroissiens du regard. Ils n’y sont pour rien mais pense surtout que cette parole s’adresse aussi à toi, elle ne vient pas de toi, mais de l’Autre.

 Tu n’es donc pas un acteur jouant son rôle le plus convaincant possible devant un public. Non, tu es le serviteur de cette parole, elle ne t’appartient pas. Mets-toi le premier à son écoute. Et par pitié, prépare ta lecture. Lire en public ne s’improvise pas, même si tu as « bac plus 4 » !

 Je sais que le micro-cravate a libéré le prédicateur du fil à la patte et que certains en profitent pour se « balader » devant l’autel et pour faire leur show. Tu n’es pas dans un prétoire pour défendre une cause, ni dans une réunion politique pour tester ta popularité. Tu as lu une Parole qui n’a rien d’évident. Contente-toi de l’expliquer le mieux possible et de la traduire dans l’actualité de notre monde. Laisse ensuite, chacune et chacun, en trouver les applications pour elle ou lui-même. N’obstrue jamais la vue de l’autel.

 J’en vois aussi certains qui, au terme de belles envolées « spirituelles » comme il se doit, s’aident de l’aide mémoire de leur portable et tapotent discrètement sur le clavier pour chercher la citation-choc qui servira de conclusion. En attendant l’heureux dénouement, ils s’ingénient à délayer leur propos dans des redites sans fin. Je rappelle à tous les géniaux improvisateurs le mot que l’on attribue à Shakespeare : « Le génie ? 1% d’inspiration, 99% de transpiration » !

 Toi le prêtre, pourquoi au moment de la Consécration, mets-tu ton nez dans le calice pour prononcer les paroles au plus près des Saintes Espèces ?

 Crains-tu que l’Esprit de Dieu s’échappe juste au moment où il se doit d’être là ? Sans compter qu’en période d’épidémie, tu augmentes les risques de contagion !

 Je comprends que tu veuilles donner toute son importance à ce moment unique. Mais quand tu lances l’avertissement suivant : « Mettez-vous à genoux car Jésus va venir sur l’autel ! », je m’étonne que personne ne te demande : « Mais où était-il jusqu’à présent ? » 

Toi, le diacre qui mets tant de soin et d’ardeur à frotter et à récurer ciboires, calices et autres ustensiles du culte dans un ballet bien réglé où pour un geste unique on fait appel à trois intervenants, sais-tu que pendant ce temps là, les fidèles essaient de se concentrer sur la Communion qu’ils viennent de faire ?

Or, ils voient s’agiter une équipe de servants virevoltant autour de l’autel, alors qu’il existe ce qu’on appelle une crédence pour effectuer cette « sainte vaisselle » dans la discrétion.

 D’ailleurs, te souviens-tu qu’on appelait cela la purification des vases sacrés. Au fait, on les purifiait de quoi ? Du corps et du sang du Christ ? Il semblerait que ce soit eux plutôt qui purifient.

 Toi l’organiste, je comprends que dans la satisfaction d’atteindre sans fausse note la fin de la cérémonie, tu te déchaînes sur le pédalier pour le morceau final. Et le public apprécie ces sorties envolées. Mais, pour le cœur de la liturgie, n’oublie jamais que tu es là pour « accompagner » la prière. Alors, je t’en supplie, économise le souffle des tuyaux et n’écrase pas systématiquement les deux derniers accords pour montrer que tu es là, caché mais ô combien indispensable !

 Toi, l’enfant de chœur que tu sois garçon ou fille, on t’a demandé de garder les mains bien jointes. N’oublie pas que c’est le signe que tu pries. Et sache surtout que ta foi et ta prière sont vivantes, tu ne les enfermeras jamais dans un rite, un geste, une parole. Il faudra que tu apprennes à prier en marchant, en chantant, en lisant et même en conduisant ta voiture, ce qui n’est pas très recommandé !

 Enfin, une règle générale. Si tu veux aider les autres à entrer dans le mystère de la Foi, commence toi-même à vivre la messe dans la mémoire vivante de LUI, avec l’aide de tous ses disciples présents et absents. Mes frères chrétiens, chers lecteurs, la moutarde vous monte au nez ! « Qui est-il celui-là pour nous donner des leçons ? » Je suis celui qui est passé de l’autre côté de la barrière et qui voudrait participer à l’Eucharistie de son Seigneur sans être enchaîné à un rituel robotisé, agressé par des improvisations intempestives, gêné par des commentaires inutiles ou distrait par des mouvements incessants. Je ne demande, au minimum, qu’une chose : que le déroulement de la liturgie ne m’empêche pas de rencontrer l’Inconnu du chemin d’Emmaüs. On ne peut souhaiter moins !

 En espérant que les acteurs du Synode pardonneront mon franc-parler ! Qu’ils prient pour moi pauvre pécheur ! » Vous comprenez maintenant pourquoi ce texte est resté au fond d’un placard !