20 décembre 2022

Noël ou le salut de notre planète à la portée d’un enfant.


Plus que jamais les citoyens du monde œuvrent au chevet de la terre qui s’épuise et de la vie qui souffre. Dans sa course en avant effrénée, l’histoire contemporaine a tout simplement occulté l’expérience des populations qui vivaient exclusivement des ressources de la nature et qui savaient préserver son avenir. Le mot d’ordre, aujourd’hui, est au « salut » de la maison commune, rien de moins. « Sauvegarde » aurait fait moins prétentieux ! A grand renfort de colloques, de G20, de G15 et de G5, les rapports s’accumulent et les recommandations s’empilent. Experts, économistes, prévisionnistes rivalisent de préconisations pour offrir une vie digne et décente aux presque 8 milliards d’habitants de la terre. En vain ! Le combat est perdu d’avance. Tout au plus, l’échéance fatale sera retardée mais un jour le bateau coulera inexorablement. Les jeunes générations en sont conscientes qui traînent leur désarroi entre attente passive, actions prophétiques et colère sporadique.
 


Depuis trois millénaires, c’est-à-dire hier dans l’échelle du temps, il en va ainsi. Babylone raconte le déluge de Gilgamesh et construit les Ziggourats, l’Egypte renforce ses pyramides, la Grèce ordonne la cité à l’idéal de ses sagesses, Rome perce l’Empire de ses voies pavées gardées par ses légions et administre. Le temps et l’espace sont ainsi maîtrisés.


Et voilà que quelques illuminés, rôdant du côté du Jourdain, prétendent que Dieu va s’occuper de notre salut et pour ce faire Il va confier cette tâche impossible aux puissants à un enfant, fruit de son désir. Un enfant endormi dans un couffin de chiffons, comble de la fragilité, de la faiblesse, de l’innocence. Un petit sans parole, sans calcul, sans appuis des grands de ce monde, sans adresse reconnue. Un sourire, quelques balbutiements. Puis, deux mots, les premiers appris : papa pour dire Dieu ; maman pour dire l’humanité éclairant les yeux de sa mère, Marie. 


Les malades, les éclopés, les laissés pour compte, ceux qui croient aux chimères, ceux ne connaissent rien à l’économie ou aux armes, qui ne comprennent rien aux statistiques et aux courbes de pourcentages se mettent à espérer. A espérer quoi ? Un salut, une vraie libération de toute oppression.
 « Vous appelez ça un salut ? » ricane Hérode, le ministre de Rome. Comment Dieu peut-il à ce point se moquer de sa création et surtout de celui qu’Il a voulu à son image pour lui envoyer un enfant comme sauveur ? Décidément, ce Dieu invisible et sans nom n’est pas à la hauteur ! Aurait-il inventé cette histoire à dormir debout pour nous faire oublier que le bateau coulait ? 


Et pourtant cet enfant va « sauver » à la fois la fête elle-même de Noël et le monde tout entier.
Le dédain des grands qui ne croient plus aux contes de fées, les sarcasmes des gens sérieux et compétents, n’ont pas réussi à éteindre l’étoile. Noël est la fête religieuse qui résiste le mieux même si elle est engloutie sous un déluge de fêtes, de bouffe et de cadeaux. Mais jusqu’à quand ? Il y a longtemps qu’elle aurait dû revenir à son origine païenne, le solstice d’hiver. Mais c’est bien l’enfant qui, jusqu’à aujourd’hui, a « sauvé » Noël avec ce qu’il réveille de merveilleux, d’ingénu, de ravissement, de nouveauté. Car à Noël, c’est le tout-petit qui remonte du tréfonds de tout homme et de toute femme y compris les plus sérieux, les plus affairés, les plus conscients de leur rôle salvifique et de leur place indispensable au chevet de la mère-planète.   


Noël est le sourire du calendrier mais la nouvelle de cette naissance n’est pas une plaisanterie !
Car ce bébé enchanteur, cet enfant du bonheur de Dieu dont les yeux illuminent la nuit de Bethléem, ce nourrisson accroché au sein de Marie ne vient pas seul. Il est accompagné de ses frères de malheur, ceux que l’on a appelés gentiment les « saints innocents ». La cohorte apeurée et tremblante de ceux qui paient leur part de vie à la face sombre et cachée  de l’humanité, celle qui broie ses fils et ses filles sans pitié et sans regret depuis l’aube des temps. L’émerveillement de cet accouchement espéré depuis des siècles n’efface pas par magie le cri d’effroi des mamans dont on égorge l’enfant ni l’obscénité des viols des petites filles livrées aux mains des vainqueurs criminels.


Non, ce n’est pas une plaisanterie. Dieu n’est pas le suprême hypnotiseur qui endort la douleur. Cet enfant n’aura que trente ans pour s’attaquer aux forces du mal avec le sourire du Père prodigue qui tend les bras au fils pardonné, avec aussi le râle du condamné suspendu  au gibet de la croix qui a tout donné y compris son Esprit. Il n’aura que trente ans pour nous dire et pour nous montrer que le salut n’est pas dans la planification du bonheur à l’échelle mondiale mais dans l’amour partagé, même et surtout dans le naufrage et la désolation.
Faire appel à un enfant pour sauver le monde n’était pas une idée farfelue car cet enfant là n’était en rien complice du mal, il était simplement le frère des malheureux et le compagnon des pauvres, des absents des écrans. 


Cet amour là ne se planifie pas, ne se comptabilise pas, ne se programme pas ; il se vit avant, pendant et après à l’échelle de l’éternité ; dans la main caressée du mourant qui s’en va, dans le regard échangé du couple qui s’est  compris, dans les yeux d’un enfant qui se blottit dans les bras de sa maman …
Mais combien, dans cette obsession de la fête, de la neige, des cadeaux, des repas, se souviennent encore que Noël est le salut et que le salut est cet enfant nommé Jésus?
Avec Lui, que chacun de vous ami(e) lecteur ou lectrice puisse vivre un vrai Noël !
 

15 décembre 2022

L’honneur des chrétiens : Pier Luigi Maccalli


 Dans cet hiver de la foi que subissent les catholiques, les éditions médiaspaul nous donnent à lire une expérience bouleversante. Pier Luigi Maccalli, missionnaire au Niger, a été pendant deux ans l’otage d’un groupe de djihadistes fanatiques, qui l’ont traîné, sous la menace des armes, de campements en abri de fortune, très souvent enchaîné à un arbre ou entravé, sans aucun repère géographique et sans explication.  Au-delà des péripéties scabreuses et pénibles  qui émaillent son récit, l’expérience la plus douloureuse du « Père Gigi » fut celle la non communication. Là, il a pu mesurer combien l’homme est avant tout un être relationnel et que privé de communication, il perd son identité. 


Cette nuit en plein soleil, cette prison sans barreaux de sable et de désert ne l’ont pas empêché de garder une liberté d’esprit suffisante pour s’accrocher à la pensée de tous ceux et celles auxquels il avait donné sa vie et surtout pour rejoindre le Dieu de Jésus dont ses ravisseurs voulaient l’éloigner en l’obligeant à adopter celui de Mahomet. La prière et la messe en « esprit » compensaient difficilement son trop long jeûne eucharistique. Un nuage de non sens noircissait son horizon à l’exemple de celui de Job criant son incompréhension devant un Dieu silencieux. Ajouté à cela le poison mortel de l’inactivité pour cet homme qui,  dans l’esprit des missionnaires d’Afrique, pratiquait tous les métiers et s’attelait à toutes les tâches afin de favoriser la promotion de l’homme et sa dignité. De sa bouche, pas un cri de haine, pas une insulte, que du respect pour les vrais croyants de l’Islam.


Enfin, au terme de cette nuit de 752 jours, il pouvait reprendre les notes confiées à un carnet précieusement conservé, pour nous inviter à allumer comme lui « l’espérance dans l’obscurité des évènements ». Ce livre est pour nous providentiel : il nous rappelle que de la nuit la plus profonde peut jaillir une aurore prometteuse. Cet évangile silencieux, vécu dans les larmes et la déréliction  sera peut-être l’acte missionnaire le plus fécond de la vie de ce prêtre et pour nous, comme la parabole  d’un « Avent » d’une Eglise nouvelle.


    (1) Pier Luigi Maccalli « Chaînes de liberté » médiaspaul 2022

18 novembre 2022

Je vous en prie...

Tandis que la prière personnelle et silencieuse a souvent déserté les églises, sa petite sœur profane s’affiche sans retenue dans les entrées des bureaux ou dans les documents officiels des administrations.  « Prière de bien vouloir sonner » pour une invitation polie. « Vous êtes priés de fermer la porte » dans le genre impératif. « Prière …sous peine de… » dans la catégorie sanction à la clé. Quant au délicieux souhait « Je vous prie de bien vouloir agréer l’expression… », il s’est contracté en « cordiales salutations » aussi sèches que brèves. Qui se souvient dans le beau pays de Béarn avoir été accueilli sur le pas d’une porte par un savoureux : « Het’p en daban, que p’em pregam » autrement dit « Avancez, nous vous en prions » ? De quoi ôter ses souliers et entrer à genoux ! Quant au galant « Je vous en prie » qui laisse la priorité à une dame, il résiste encore…si peu.


Ces temps-ci, les catholiques atterrés par les révélations récentes qui atteignent le clergé achèvent souvent leur conversation en disant : « Il ne reste plus qu’à prier ! ». Comme si devant la complexité et la gravité des problèmes, seul Dieu, par un miracle sorti de ses réserves pouvait redresser la situation. La prière apparaît ainsi comme la solution par défaut lorsqu’on a épuisé tous les autres recours.


Prier c’est, avant tout, revenir à la source, c’est garder le contact avec l’origine qui se perd dans le mystère du don infini. Prier nous aide à nous remettre dans l’axe de la vraie vie, à sonder l’origine, à retrouver le réel, le nôtre et celui du monde. 


On ne prie pas pour que Dieu descende des nuées et vienne réparer les dégâts causés par notre inconduite ou nos incapacités.  Nous nous adressons à Lui  parce que nous savons qu’Il est là au creux de notre détresse, qu’Il ne nous abandonne pas et que sa présence fera de la catastrophe,  non pas un anéantissement, mais une apocalypse c’est-à-dire, comme le mot l’indique, une révélation.


Prier dans les jours lumineux nous fait percevoir à travers un voile qui est Dieu ; prier dans le malheur permet de comprendre qui Il n’est pas ou ce qu’Il n’est pas. Dans un cas comme dans l’autre, Il nous ouvre un chemin vers Lui. A nous de l’emprunter…


19 octobre 2022

A quoi bon !

 


 Les Français n’ont pas le moral. Ils ont le sourire en berne. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement ! Chaque jour, matin, midi et soir, leur est servi la potion amère des informations qui s’inscrivent en négatif sur leurs écrans et qui ont pour titres principaux : pouvoir d’achat, inflation, pénurie, guerre, famines, migrations, naufrages, inondations, épuisement de la planète, réchauffement climatique, déboisement de l’Amazonie, saccage de la biodiversité, sans oublier le Covid…Ajoutez à cela, la violence qui flambe au coin de la rue, les insultes qui fusent à la moindre contrariété, l’obstruction bruyante des gamins qui siègent au palais Bourbon, les agressions sexuelles, l’inconscience des fortunés, le gaspillage éhonté de l’alimentation, l’égoïsme assumé comme seule référence et pour couronner le tout : les fausses nouvelles  parallèles qui jettent le soupçon sur toutes les autres. Etonnez-vous si les citoyens de notre pays avouent déprimer dès le matin en se  levant et « tirent la gueule » le reste de la journée.
 

Désabusés, ils vont en maugréant:
« - A quoi bon aller voter : « ils » parlent et ne font rien.
-        A quoi bon l’Europe, l’OTAN, l’ONU, la guerre gronde à nos portes.
-        A quoi bon faire bien, il y a toujours un idiot ou un jaloux pour détruire ce que l’on a bâti
-        A quoi bon travailler pour vivre mieux et plus longtemps, alors qu’un virus incontrôlé remet tout en question.
-         A quoi bon produire quand tout se soldera par l’épuisement des ressources de la planète.
-        A quoi bon avoir des enfants pour leur offrir un monde invivable.
-        A quoi bon croire quand les croyants ne sont pas mieux que les autres et parfois pires. »


Français, après cette joyeuse avalanche, s’il vous reste un soupçon d’espérance ou un brin d’optimisme, lisez un livre de la Bible appelé l’Ecclésiaste. Son auteur se nomme Qohélet. Il n’hésite pas à s’identifier à Salomon et prétend partager sa sagesse renommée dans tout l’Orient. Qohélet, donc, se chargera en quelques chapitres d’envoyer ce qui reste de votre « moral » au fond du trou et de dissoudre dans l’acide de son analyse du monde le peu d’envie qui vous restait de remonter la pente. Les biblistes se demandent encore comment un texte aussi corrosif a pu entrer dans la liste des livres canoniques. A suivre son raisonnement, rien ne distingue l’homme de la bête, le but de toute l’activité humaine consistant à vouloir tromper la mort en la repoussant le plus loin possible. Hélas, elle aura le dernier mot. Alors tout n’est que « buée », vanité, rien ne tient, tout s’évapore, à quoi bon vivre. Le bon a le même sort que le méchant, il se fatigue pour rien. La mort est à l’œuvre dès le berceau; bienheureux l’enfant  mort-né ! « Je félicite les morts qui sont déjà morts, plutôt que les vivants qui sont encore vivants ! » (Qo 4, 2) A croire qu’il entame une véritable entreprise de démolition du poème de la création  inaugurant le livre de la Genèse répétant à l’envi que tout était bon et béni. Pour l’Ecclésiaste, rien ou presque n’est bon. Même la sagesse en prend pour son grade : « A quoi bon ma sagesse ? Tout cela est aussi vanité. » (Qo 2,15) Il ne reste plus qu’à refermer le livre pour aller boire et manger. «  Mange ton pain dans la joie et bois de bon cœur ton vin » (Qo 9,7). On se serait attendu à sursaut salutaire plus élevé!


Ce livre est peut-être entré dans la Bible à titre d’outil pédagogique. Il n’est pas un appendice fortuit. Il est le porche d'entrée indispensable de ce temple des Ecritures car il faut aller jusqu'au bout de l'absurdité du monde clos sur lui-même pour chercher, ailleurs, la clé de sa vérité. On peut se demander si  cette cure de lucidité désespérée ne nous était pas prescrite comme un préalable nécessaire pour prendre au sérieux la folie de l’homme qui ne se résout pas à sa disparition ? Contre toute logique, au creux des catastrophes abyssales, en face de la bêtise pure, devant l’inanité de toutes ses conquêtes et les revers de tous les progrès obtenus, après un temps d’accablement et de paralysie, le « roseau pensant » s’acharne à recommencer, à rebâtir, à relever (1). D’où lui vient donc cette force vitale qui refuse de se mettre à genoux devant la mort ? A quel appel originel répond-t-il ? Quel est le secret ressort qui bande les dernières énergies pour remonter le rocher de Sisyphe ? Qui a inscrit en nous cet élan forcené qui défie l’inexorable destin du mortel ? Peut-être faut-il passer par les affres de « l’à quoi bon » pour se poser ces questions et pour que nos yeux perçoivent à travers la buée cette source intarissable dont nous cherchons toujours l’origine,  cette empreinte d’un infini  qui ne dit son nom qu’à voix basse.


(1)   Noter que ce verbe est celui employé pour la résurrection du Christ ; Il fait également écho au « Lève toi prend ton grabat et marche ».

13 octobre 2022

Missionnaires et desservants.


 Quel dommage d’avoir déposé le mot « desservant »  dans le cercueil d’une langue morte ! Il se disait d’un prêtre chargé du service d’une paroisse. Il se glissait encore sous la plume de Daudet et sur les lèvres de Don Camillo. Il magnifiait le verbe « servir » sans le compromettre par le voisinage plus prestigieux du curé ou du doyen qui lui aurait fait oublier son modeste rang.


Un congrès de la mission s’est tenu récemment à Paris. Le qualificatif « missionnaire » s’emploie souvent pour désigner des équipes de croyants convaincus, souvent jeunes, qui abordent les gens dans la rue, sur les plages, au cours des festivités, en les interrogeant sur leurs croyances et en leur présentant Jésus comme notre sauveur. La surprise peut se traduire par un sourire étonné devant la fraîche spontanéité de ces jeunes ou par un refus courroucé face à ce qui peut paraître une intrusion sans précaution dans la conscience de chacun. La méthode est celle de l’interpellation. Elle est adaptée à notre temps qui voit grossir de plus en plus la masse de celles et ceux qui sont les orphelins de toute tradition religieuse ou les rejetons de l’athéisme officiel du 20ème siècle. En revanche, les « post chrétiens », qui ont encore quelques relents d’un catéchisme mal digéré, accueillent ces nouveaux missionnaires avec un regard soupçonneux. Cette méthode importée des grandes métropoles cosmopolites mériterait une fine connaissance des mentalités locales.


L’interpellation directe, forcément rapide, court également le risque de présenter le croyant comme un individu bardé de certitudes pratiquant un prosélytisme sans retenue. Or, on « n’a » pas la foi  comme un paquet de convictions acquises une fois pour toutes et que l’on ne remet jamais en question. Etre croyant ou essayer de l’être est une autre histoire car c’est effectivement l’histoire d’une longue fréquentation de Dieu et d’un combat intérieur à l’image de celui de Jacob avec l’ange.


Missionnaires et desservants, si les deux se donnaient la main ! Des missionnaires respectueux de leurs interlocuteurs sont indispensables car « comment croire si personne ne parle » rappelle St Paul. Il faut ensuite des desservants qui nourrissent et maintiennent vivante la foi en essayant de ne pas trop la « desservir » dans le sens négatif du terme. La formule « disciples-missionnaires » voudrait y parvenir.

 

12 septembre 2022

Livres pour une rentrée

 

 « Vivre avec nos morts » tel le titre de l’ouvrage de Delphine Horvilleur, paru chez Grasset qui paradoxalement se termine par ces mots : « A la vie ! ». 


L’auteure, une des rares « femme rabbin » exerçant en France, nous fait part de son expérience de l’accompagnement des personnes en deuil. Elle aborde tous les sujets qui concernent la mort à l’aide de la tradition juive qui s’avère plurielle dans ce domaine comme dans d’autres. 


Ceux et celles qui lisent l’Evangile en replaçant son écriture dans le contexte culturel de l’époque trouveront matière à jeter des ponts entre les commentaires successifs des rabbins contemporains des premiers chrétiens et le récit de la vie et des paroles de Jésus. Ils comprendront par exemple d’où vient la réflexion de celui qu’on appelait parfois « Rabbi » lorsqu’il affirmait que « pas un iota, pas un trait de l’Ecriture ne disparaîtront de la Loi. »


Ils pourront aussi mesurer l’écart entre l’interprétation juive de la Loi qui permet la coexistence de nombreuses versions de la vérité et celle de Jésus qui s’inscrit dans l’acte suprême de sa mort et de sa résurrection, ouvrant ainsi à la révélation impensable d’un Dieu qui se fait l’un de nous. 


Vers la fin de l’ouvrage, l’auteure aborde l’idée de résurrection qui s’apparenterait plutôt à une survivance. Quoiqu’il en soit des différentes théologies, nous pouvons retenir une grande leçon de ce livre : l’humilité et la délicatesse indispensables à tous ceux qui abordent les endeuillés dans l’épreuve de la séparation et du mystère de l’au-delà. 


Un autre livre plus court, mais pas plus léger : « Le très-vif »  de Jérôme Ternynk, prêtre de la congrégation de St Jean, chez Salvator. L’auteur se met dans la peau de Cléophas, l’un des disciples d’Emmaüs. Il nous fait passer par tous les doutes et toutes les espérances de ce disciple qui attend, tous les soirs de la semaine qui suit la résurrection, la venue inopinée du maître.

 
Que sera le Royaume annoncé et promis ? Il attend une réponse. Elle ne viendra pas. Simplement l’Esprit se manifestera et l’engagera, lui et ses amis, sur le même chemin que celui qu’ils appelleront désormais le Fils du Père. 


Une méditation stimulante et profonde à reprendre à petites doses au temps pascal ou autour du repas eucharistique.

 

27 août 2022

Berger à sa façon

 
Chant à Saint Barthélémy

De l’histoire à la légende il n’y a parfois qu’un pas. Le 20 août 2022 l’église de Jasses (64) a vu naître une légende. Frère Pierre (alias Pierre Moulia) prieur du monastère de Sarrance (64) fêtait ses 80 ans ainsi qu’un record diocésain de longévité : Cinquante cinq ans de présence pastorale en Vallée d’Aspe !! Famille, voisins, amis formaient une assemblée eucharistique chaleureuse animée par un groupe polyphonique qui n’avait rien à envier à leurs homologues corses. 

 Chacun sait que frère Pierre, après Dieu, adore l’histoire ! Il ne manque aucune occasion de déplier des généalogies sur plusieurs siècles au terme desquelles vous vous sentez une parenté avec la moitié du groupe que vous venez de rencontrer par hasard dans le cloître de son couvent! Jusqu’ici en Vallée d’Aspe, il existait trois personnages incontournables. Un député haut en couleur, un écolo contestataire professionnel et un pasteur des « valléens », des résidents intermittents et des itinérants. Ils étaient rentrés tous les trois dans l’histoire récente de la vallée. Les deux premiers ont disparu volontairement ou accidentellement des écrans qu’ils ont longtemps occupés.

 Le troisième est toujours là. Il a rétabli une communauté monastique de Prémontrés dans des lieux qu’ils avaient quittés lors de la Révolution Française, c’est-à-dire hier pour lui ! Avec ce record homologué et cette renaissance actée, il entre désormais dans la légende ! Il sait qu’elle est lourde à porter pour lui et pour ses successeurs. Sagement, il a prévu de s’éclipser un certain temps, mais il y a fort à parier qu’un nuage d’ondes informatiques l’accompagnera dans sa retraite. Et encore de belles et fécondes années !!