Parallèlement à ce phénomène urbain, la façade corporelle des êtres humains sert de plus en plus de support à toutes sortes de signes qui rivalisent d’originalité et parfois de provocation. Chaque année, le retour de l’été nous offre quelques expositions gratuites d’épidermes féminins et masculins décorés : Tatouages discrets ou envahissants, anneaux aux oreilles, au nez, bracelets savamment enchevêtrés, breloques en suspension, coiffures sophistiquées aux tresses multicolores, chignons haute définition, rasage intégral façon bouddhiste…ornent les corps désormais statufiés.
Ce qui, à l’origine, était un signe d’appartenance à un groupe restreint comme celui des sauvés (Ap7, 4 ou Ex 13,16) est devenu l’expression d’une identité bien affirmée et savamment étalée au regard de tous : « C’est bien moi, ne pas me confondre avec quiconque ou avec quelconque, je suis unique dans mon genre ». Mais le signe qui se veut original ne devient-il pas, comme la barbe de trois jours ou les lunettes hublots plantées sur le front, une mode transitoire qui vous oublie dans le panier du banal ? « Regardez-moi bien, j’ai réussi à être comme tout le monde ».
Cette exposition nouvelle de l’identité par une sorte de seconde peau, rappelle que notre personnalité se construit grâce à un amalgame d’images intégrées et brassées autour d’un pivot central et original qui est notre « je » unique. Mais à trop vouloir imposer au regard extérieur l’interprétation personnelle de son identité, l’artiste du corps risque de négliger la version de l’autre et, ainsi, figer son image dans un cadre, certes personnel, mais trop étroit. Or, l’autre, par son regard sur moi, est aussi l’artisan indispensable qui modèle ma personnalité et me permet de la renouveler. « Pour vous qui suis-je ? ». Question éternelle à laquelle personne ne peut se dérober.
