30 décembre 2021

Au premier jour de l’an neuf

 


Dans la panoplie des vœux nous n’avons que l’embarras du choix. Sont à notre disposition :
-    Les optimistes qui envisagent « la réalisation de tous vos projets ».
-    Les sentimentaux qui précisent « vos souhaits les plus chers ».
-    Les généreux qui s’étendent à « tous les vôtres et à ceux que vous aimez ».
-    Les grincheux, murmurés avec désinvolture sachant qu’ils ne changeront rien au cours des choses.
-    Les pessimistes qui vous « évitent au moins les malheurs ».
-    Les hypocrites qui en rajoutent à la liste et précisent qu’ils sont « sincères ».
-    Les prudents qui se contentent de la formule raccourcie : « tous mes vœux », sans précision.
-    Les inconsistants qui s’évanouiront à peine prononcés.
-    Les avares qui jouent sur le minimum garanti : « meilleurs vœux »
-    Les antiviraux qui espèrent une « bonne santé ».
-    Les religieux qui ajoutent « sainte » à « bonne année ».

Bref, tous ces souhaits supposent :
-    une foi sans défaillance en l’efficacité du rite malgré tous les démentis accumulés au fil de l’histoire,
-    une espérance inébranlable qui défie la morsure du temps qui passe,
-    une charité sans mesure au profit du bien de tous.
Cette antique coutume, qui refleurit chaque premier jour de l’an, serait-t-elle le dernier rite chrétien qui fasse encore l’unanimité dans ce vieux monde qui adopta le calendrier Julien?
 
Vous avez choisi ci-dessus la catégorie qui vous semble convenir. Les plus simples et les plus discrets manquent à l’appel. Alors, que cette année soit, malgré tout, féconde pour vous et pour autrui !!!  


15 décembre 2021

Le vieil enfant et la crèche

 

 San Sebastian (Espagne)

 

Immobile devant la mise en scène rustique de l’évènement le plus important de l’histoire du monde, le vieil enfant se souvient de ce temps où convoqués par Mr le curé une ribambelle d’enfants et quelques adultes dévoués procédaient à l’installation des décors de la nativité de Jésus. Aux uns, l’étable à consolider, aux autres, la paille à éparpiller ; aux mains habiles le papier-rocher et l’étoile en papier-chocolat ; sapinettes, branches de houx piquantes à souhait attendaient d’accrocher les flocons d’ouate censés rappeler la neige hivernale. A la fin de ce montage, façon Ikéa simplifiée mais réussie, l’arrivée des personnages permettait au prêtre d’improviser une leçon de choses circonstanciée.
La même opération se répétait dans chaque famille en version plus modeste. 


Il était bien entendu que Jésus était né dans une étable conforme à celles de nos campagnes. Une coutume voulait même qu’on ajoutât un mouton lors de la naissance d’un enfant et chacun voulait voir son jumeau en bonne et due place.


Plus tard, on s’essaiera aux crèches vivantes à grand renfort d’acteurs déguisés et d’ânes sur pied et en sabot. Le vieil enfant connut aussi le temps de la modernisation avec les crèches citadines coincées entre des barres d’immeubles en carton pâte ou exotiques sous toile de tente ou encore celles, moins inspirées, qui ornaient les devantures alléchantes, débordantes de victuailles.


Il n’a pas encore vu la crèche robotisée bourrée d’électronique coloniser les églises avec en prime l’hologramme de l’enfant Jésus babillant ses premiers mots en araméen. A moins  qu’elle ne soit déjà ringardisée par la crèche bio, purement végétale, en auto suffisance énergétique avec zéro émission carbone. 


Au fond peu importe ! « Ce qui compte » nous dit notre pape François, dans une lettre (1) que l’on devrait offrir à tous les artisans des crèches « c’est que cela soit signifiant pour notre vie, car tout cela représente la sainteté au quotidien ». Alors, merci à ceux qui nous font rêver ne serait-ce qu’un instant à la sainteté des simples et des anonymes.


(1)    Pape François « Le merveilleux signe de la crèche » lettre apostolique sur la signification et la valeur de la crèche Médiaspaul 




03 décembre 2021

2021.

 La pandémie sévissait. Dieu était confiné dans son ciel qui est partout. Satan,  enfermé, fouinait dans les sous-sols des banques mondiales grouillants de profiteurs alléchés. Ils attendaient l’heure de dévoiler les noirs desseins qu’ils avaient concoctés pour tirer les meilleurs profits de la situation. « Et si j’allais voir Dieu ? » se dit le diable, « Il doit bien s’ennuyer un peu ! ».

-« Que fais-tu là le père du mensonge ? » lui dit Dieu.


_ « Je suis venu te voir car, depuis l’arrivée de cette épidémie mondiale, je n’ai plus rien à faire.  Je rôde dans les caves obscures du monde et je puis te dire que ce que je vois n’est pas beau ! Sais-tu que sur terre chacun se méfie de tous. Croire en l’honnêteté de l’autre est devenu un signe ostentatoire de faiblesse. Juger de tout et condamner autrui est une preuve d’indépendance d’esprit. Chacun sait tout, veut tout et peut tout. Partout la violence couve et la haine se répand. Elles font leurs emplettes sous les barres d’immeubles et fourbissent leurs armes pour viser les  autorités imprudentes. Partout les avides d’écrans et de pouvoir avancent masqués, s’agitent sur les strapontins tout en lorgnant sur le trône présidentiel. Tout ce qu’il y a de râleur, de boudeur, de bretteur, d’accusateur s’est donné rendez-vous sur les réseaux sociaux. Et pendant ce temps, les migrants chavirent en Méditerranée. J’ai gagné la partie, fixons la date de la passation de pouvoir.»

 


-« Mon pauvre Adversaire », lui répond Dieu, « malgré ton masque, je te reconnais bien dans cette funeste description. L’obscurité de ton âme a éteint tes yeux. A force de ne voir que le mal, la mort et le noir, tu as fini par oublier que tu ne verrais pas l’ombre s’il n’y avait pas le soleil, le noir, s’il n’y avait pas la lumière, la mort, s’il n’y avait d’abord la vie ; que le mal sans le bien ne se remarquerait pas et que le noir total n’existe pas puisque tu as pu distinguer toutes ces sombres malfaisances. Je te rappelle simplement, qu’à l’origine de tout, j’ai créé la lumière pour que tout le reste soit beau et bon. Quand l’homme saturé d’horreurs et dégoûté de lui-même quittera le temple de ses vaines idoles, il trouvera le sentier étroit qui le conduira vers un fil de lumière. Ne scrute plus les caves, regarde les marges, déjà elles éclairent…





13 novembre 2021

Quelle paix ?


 « Praubé France, b’es hére trahide ! » (Orthographe non contrôlée) « Pauvre France, que tu es trahie ! » : c’était le jugement sans appel des anciens de la guerre de 14  à la vue de nos innocentes espiègleries lorsque, le soir venu, les familles se retrouvaient sur le pas de la porte et que les enfants que nous étions jouaient sur la rue. Ces mêmes anciens qui étaient tout au plus septuagénaires nous paraissaient déjà vieux, usés, cassés, murés dans leur silence et perdus dans des souvenirs pas toujours glorieux. Assurément, ils s’affligeraient de constater l’inflation du vocabulaire dont notre époque raffole : des « héros » à tous les coins de rue, un « couvre-feu » bien éclairé et des « restrictions » à magasins ouverts et toujours achalandés. Ils étaient les témoins de cette paix des braves obtenue par une sanglante victoire dont nos monuments aux morts gardent l’empreinte. 


Paix encore et toujours impossible à établir tant que les gouvernants croiront l’obtenir en satisfaisant les conditions d’un supposé bien-être général car en ce domaine l’homme est insatiable. La paix des portefeuilles et du pouvoir d’achat ne satisfera jamais ceux qui ont la bourse trouée ou des besoins exorbitants.  Cette paix-là sera d’autant plus impossible à trouver que la terre s’épuise et que ses ressources n’étancheront jamais cette soif d’infini qui caractérise le désir de l’être humain.


Pourquoi ne pas changer de niveau et se situer sur celui où les coffres se remplissent  quand ils sont partagés? Là, la dignité est reconnue, la bienveillance accordée, le respect affiché. Mais ces biens-là sont aussi largement bafoués par l’avidité des puissants et l’égoïsme de chacun. Les pays pauvres en font les frais comme les travailleurs précaires ou exploités. Tant que les cortèges des  rues cracheront leur colère et que la mer jettera ses migrants sur les plages, la paix restera compromise. Il faudra certainement, comme le préconisent les sages, agir sur les risques de conflit et intervenir avant qu’ils ne se développent.
Jésus qui connaissait ce qui est au fond du cœur de l’homme recommandait déjà de se réconcilier avec celui que l’on avait offensé avant d’entrer au tribunal et de recourir au juge.


31 octobre 2021

Belloc, encore et toujours…


 Ce nom fleure bon la beauté harmonieuse d’un paysage amoureusement aménagé et délicatement soigné depuis bientôt un siècle et demi. A l’approche de la Toussaint, la lumière purifiée par la fraîcheur de l’air avive les couleurs automnales. Les brebis piquent de boutons blancs le tissu encore verdoyant des pâturages, les futaies mordorent leurs broderies qui bordent le  ciel. Le carré de l’abbaye ancienne flanqué de ses ailes récentes couronne la colline d’un éclatant diadème.

Là, quelques moines vieillis sous le joug de la règle et secondés par les plus jeunes fraternels et dévoués chantent au long du jour les psaumes usés jusqu’au silence. Malgré l’âge, les infirmités, la fatigue, ils resserrent les rangs clairsemés et jusqu’au dernier filet de voix, ils louent au nom de l’humanité le Dieu qui est, qui était et qui vient. La lumière de leurs visages émaciés éclaire leur longue bure comme la flamme dans la nuit. L’un d’eux, Bernard, conscience vive et lucide, jugement sûr, parole souvent prophétique, va atteindre le siècle en trottinant silencieusement sur son fauteuil roulant. Ils quitteront bientôt le berceau qui les a vus naître à la vie d’un monde nouveau et ils passeront sur l’autre colline, celles de leurs sœurs.



Comme à chacun de mes séjours, j’emprunte la longue allée jusqu’au Christ aux bras ouverts et j’entre avec précaution sur le champ des grands vivants. Six longues dalles mémorielles égrènent le nom de ceux qui sont couchés sous les grands chênes. Ils sont là les  saints de ce 1er novembre et des jours suivants. Ils sont là réunis comme ils l’ont été par la prière, toute une vie durant, malgré leurs péchés et leurs aspérités. « Comme on connaît ses saints, on les honore », frères partis en avant, bien connus ou inconnus, je vous honore tous!

Belloc, malgré le grand déménagement, restera  encore cette terre bénie, baignée de pure lumière. Et pour celui qui écoute, des langues nouvelles et des cantiques nouveaux résonneront encore sur la colline habitée…


14 octobre 2021

L’institution

 

Devant la montagne de turpitudes qui écrase l’Eglise, nous sommes tentés, chrétiens et à fortiori prêtres, de nous terrer, de rentrer dans notre trou et d’y rester. Essayer autant que possible de prendre la mesure du mal accompli et trop longtemps caché, compatir, réparer, prier, se taire. Mais le silence pourrait être interprété aussi comme un manque de courage.


L’institution est l’objet aujourd’hui de tous les reproches et de toutes les invectives. Sous ce vocable est visée la hiérarchie de l’Eglise par opposition aux fidèles laïcs. Mais ne serait-ce pas oublier un trop vite qu’on ne naît pas évêque ou prêtre. Ce sont bien des laïcs qui sont ordonnés à ces ministères. L’origine des déficiences n’est peut-être pas dans la distinction des tâches. Mais bien dans la prépondérance d'un état sur un autre, oubliant le sacerdoce commun des baptisés.
 
Alors, en ces temps d’accablement, deux personnages s’imposent : celui de Pierre et celui de Paul : Pierre, figurant la pesante et prudente institution, Paul, la légère et audacieuse mission. Pierre qui reçoit la charge exorbitante du pouvoir des clefs (Je te donnerai les clefs du Royaume de Dieu…) comprise au fil des siècles comme un pouvoir absolu et surtout solitaire. Or, dès le début de l’Eglise, l’exercice de ce pouvoir n’a pas été vécu ainsi. Paul, le dernier des disciples, s’est permis de faire des reproches à Pierre et cela a provoqué la convocation d’une assemblée décisionnelle, essentielle pour l’avenir de l’Eglise. On l’a appelé la première assemblée synodale (Ac 15). François, notre Pape veut associer toute l’Eglise à une démarche similaire. Aura-t-il la possibilité d’associer les laïcs aux prises de décision à chaque étape de ce processus et jusqu’à son terme ? 


Enfin, pour éviter le cléricalisme insupportable - mais qui n’est pas réservé hélas ! au seul clergé - pourquoi ne pas écouter Pierre quand il écrit à ses lecteurs : « Comme des pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel pour un sacerdoce saint… » (1 P2 ,4). Et pourquoi ne pas s’inspirer des recommandations de Paul aux épiscopes  (les évêques) : « …que l’épiscope soit irréprochable…bienveillant, ennemi des chicanes…Il faut, en outre, que ceux du dehors lui rendent un bon témoignage… » (1 Tim3, 1). Revenons à la source !