07 octobre 2026

Ave maria

A l’occasion de la venue du Pape à Lourdes, le gave qui longe la grotte de Massabielle a charrié quelques millions de « Notre Père » et de « Je vous salue ». Via l’Océan et la pluie que celui-ci déversera - espérons-le abondamment - ils féconderont par l’intercession de Marie, le ciel, la terre et ses habitants.

Depuis quelques années, le Père a cessé d’être vouvoyé et le « Ne nous soumets pas à la tentation » s’est effacé devant le «  Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Il y a là plus qu’une nuance ! Le Père ne s’en est pas offusqué outre mesure et la respectueuse vénération de ses fils n’a pas disparu pour autant.

Marie n’a pas eu cette attention ! Elle continue à être pieusement vouvoyée. Dieu sait si elle a inspiré des kyrielles de théologiens ou de « spirituels » et si elle a fourni matière à rédiger des tonnes de traités la concernant. Pourtant, hormis une récente version chantée, le chapelet égraine 50 fois « je vous salue » et répète inlassablement « le fruit de vos entrailles est béni ». On a beau savoir qu’à une époque lointaine les entrailles désignaient toute la vie interne et intérieure de la personne et que Dieu lui-même, selon la Bible, se laisse secouer jusqu’aux entrailles par les malheurs de son peuple, ce vocable est inaudible pour des oreilles contemporaines. La version latine, « le fruit de ton ventre (maternel) », semble plus appropriée.

Un jour, peut-être, les responsables des traductions liturgiques, touchés par la grâce, nous proposeront  une autre version de la salutation angélique. Elle s’inscrira, à son tour, dans les profondeurs du registre mental du croyant telle une bouée envoyée des cieux quand rien ne tient sur les flots de la vie. Pourrons-nous, un jour, entendre, amplifié par le pavillon de la grotte de Lourdes, cet Ave Maria : « Réjouis-toi Marie, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus ton enfant est béni. Sainte Marie, mère de Dieu, prie pour nous pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen »