09 juillet 2017

Humble



Le mot « humilité » a été employé à plusieurs reprises ces temps-ci. « Je servirai dans l’humilité » ont déclaré en substance, le Président de la République et le Premier Ministre. Et même « avec amour » avait ajouté le premier élu de la Nation !
Il y a les mots, il y a les images. Cette humilité proclamée s’est assez vite affichée dans les galeries de Versailles  et faufilée sous les ors de La République. Le Chef de l’État savait bien qu’aux yeux de beaucoup de ses concitoyens, sa fonction de devait pas se départir d’une certaine solennité et d’un prestigieux décorum.
Imagine-t-on, un Président, le soir de son élection déambuler dans les rues de la Capitale  sur le dos d’un ânon ? Les plus fervents partisans de la proximité avec le peuple crieraient, aussitôt, au ridicule ou au populisme déplacé.

Jésus de Nazareth, Lui, n’hésite pas à enfourcher le canasson du pauvre alors que l’animal noble, la bête de combat, attelé aux chars de guerre était le cheval. Il réalisait, en fait, le rêve du prophète Zacharie qui espérait l’avènement d’un prince de paix capable d’ouvrir les portes du Royaume de Dieu.

N’en déplaise aux nouveaux représentants de la Nation, cette annonce officielle de l’humilité placée au faîte du pouvoir n’a pas changé pour autant les habitudes du « vieux monde politique » qu’ils voudraient nous faire oublier. Leurs collègues issus des anciennes formations, rescapés du déluge électoral et de nouveau échoués sur les travées du Palais Bourbon, on vite repris leurs fâcheuses manières.
N’a-t-on pas remarqué, pendant le discours du Premier Ministre, ces députés consultant leurs messages ou tripotant leurs téléphones pendant que d’autres bavardaient ostensiblement, gesticulaient à la moindre contrariété ou, pire, vociféraient leur mécontentement. Comment demander à de jeunes élèves de respecter la parole de leur professeur ou de leur camarade, d’éteindre leur portable dans l’enceinte scolaire quand certains députés s’agitent comme des potaches énervés au moment où l’on envisage, entre autres, une réforme du système scolaire ?

 L’humble service de la Nation requiert d’abord le respect de l’autre et celui-ci exige un minimum de retenue sinon de tenue.

Certes, nous ne demandons pas  aux responsables politiques de rejoindre l’Assemblée à dos d’âne et d’avancer vers le supplice et la mort infligés malgré les vivats de leurs supporters. Mais pour le moins qu’ils ne nous offrent pas le spectacle affligeant de ces bavards impénitents, allergiques à tout autre discours que le leur.

 L’humble service commence par le respect de l’autre, encore faut-il avoir des motivations sérieuses pour le faire. Si l’autre n’est qu’un autre moi-même parmi une multitude de clones, je n’ai aucune raison  de m’effacer pour le laisser passer ou de me taire pour l’écouter. Si je considère l’autre comme « à l’image et la ressemblance » de Dieu Lui-même, alors mon humble service prend tout son sens. Il s’agit d’aider un frère à répondre du mieux possible à cette vocation divine inscrite en lui-même. Comment y parvenir si ce n’est en lui montrant qu’il vaut plus que ce qu’il croit être ou ce qu’il paraît ? Ces remarques sans prétention à l’adresse de certains hommes politiques voudraient procéder de ce simple désir de les croire plus grands que leur apparence. Quant aux nouveaux venus dans l’hémicycle, ils devraient s’en souvenir avant que les vieux démons ne viennent leur souffler que l’impolitesse et la vulgarité sont le gage de la popularité.

Chez moi le petit âne s’appelait le « ministre », le serviteur. Vous voyez bien qu’il y avait un lien entre l’âne de Zacharie et les gouvernants de tout poil !!





23 juin 2017

Elles s’en vont…


La rumeur a laissé place à l’annonce officielle : « Les sœurs de Navarrenx s’en vont ! ». Elles étaient établies depuis des lustres dans la cité des remparts. Les « Servantes de Marie » et les « Filles de la Croix » avaient essaimé dans tous les cantons du Béarn et du Pays Basque s’occupant autrefois des ouvroirs pour jeunes filles, des hospices pour vieux, hier des écoles et aujourd’hui des paroisses.

« C’est maintenant que l’on va se rendre compte de tout ce qu’elles faisaient ! ». Aussi actives que discrètes, elles étaient partout, comme ces abeilles passant d’une fleur à une autre en les frôlant légèrement, sans peser, sans s’installer :Visites des malades, préparation d’obsèques, inhumations, animations liturgiques, catéchèse, orgue, accueil des pèlerins, chapelet… Parce qu’elles étaient femmes, parce qu’elles étaient « les sœurs », combien de confidences ont-elles entendues, jaillies du cœur de mères et d’épouses et qui ne parviendraient jamais aux oreilles des curés avec lesquels elles ont collaboré, parce qu’ils étaient hommes et, peut-être, « parce qu’on ne dit pas ces choses là à un prêtre ».

Certes, elles ne consacraient pas le pain de l’autel mais elles avaient froissé et pétri les grains de cette pâte humaine et récolté à pleines mains toutes ces gerbes qu’elles avaient liées en une même offrande. Certes, elles n’élevaient pas la « coupe du salut » mais elles la remplissaient des larmes amères et des éclats de joie qu’elles recevaient dans leur calice de prière. Elles exerçaient le ministère du quotidien, de ce qu’en liturgie on appelle la « férie », ce qui n’est pas solennel, ce qui ne rutile pas, ce que l’on ne remarque pas.

« Tout ce qu’elles faisaient » ne dira jamais « tout ce qu’elles étaient ». Thérèse et Marie-Julie étaient avant tout «présence». Elles étaient tout simplement là, vigiles attentives à tous les besoins et à tous ces détails qui deviennent indispensables lorsqu’ils font défaut. Elles étaient là, aussi, « sentinelles de l’Invisible », comme cette petite flamme rouge, signal de « Celui qui est là » et qui nous attend. Bénies soyez-vous, ainsi que votre compagne Mayie et toutes vos sœurs !




02 juin 2017

« Du feu de Dieu ! »




L’Esprit Saint est le visage de Dieu le plus méconnu et pour cause. Autant le Père et le Fils se laissent caractériser (du moins le croyons-nous) dans nos catégories humaines, autant l’Esprit multiforme, empruntant la légèreté et la mobilité du souffle et du vent, nous échappe et nous file entre les mots. Hormis son coup d’éclat flamboyant lors de la Pentecôte, son efficacité se fait aussi discrète qu’indispensable. L’évangile de St Jean qui réduit l’évènement au seul fait que Jésus avant de les envoyer « souffle » sur les Apôtres, tend à confirmer cette présence à peine perceptible. N’est-ce pas là notre expérience quotidienne ? Pensons-nous à l’air que nous respirons à chacune de nos inspirations ?

Et pourtant, que seraient devenues l’histoire du salut et celle de l’Eglise sans cette action première et souterraine de la troisième personne de la Trinité ? Lorsque nous nous penchons sur l’origine et l’institution de l’Eglise, nous ne pouvons que rester dubitatifs  sur la solidité de sa constitution. Quant aux multiples péripéties scabreuses de son long parcours, elles auraient dû précipiter sa fin plutôt que son maintien durant  des siècles. Je me souviens encore d’un de mes professeurs inspiré de sociologie, dans les années 70, qui prédisait l’inutilité de l’Eglise à brève échéance, étant donné l’éclat de la lumière des sciences humaines qui allait rendre caducs tous les obscurantismes moyenâgeux. Par ailleurs, nous pouvons constater que  les déficiences du clergé, le manque de crédibilité des fidèles, l’accumulation des scandales n’ont pas encore tari les demandes d’admission  à la famille des chrétiens. Il faut croire que depuis des siècles, un agent efficace double le travail missionnaire des disciples et que la conversion dépasse la simple adhésion à une organisation  plutôt bancale.

Et à ceux qui insisteraient encore en me disant que les chrétiens sont de plus en plus marginalisés dans notre société, et que le Christ lui-même se posait la question de savoir s’il trouverait « encore la Foi sur la terre », je répondrais : « Combien étaient-ils aux jours décisifs du salut au pied de la Croix et près du tombeau ? » Nous ne sommes jamais à l’abri d’une Pentecôte…






13 mai 2017

Silence


Cette élection présidentielle nous a valu un tel déluge de mots, une telle marée de phrases enchevêtrées, échouées sur les plages de nos cerveaux, que le chroniqueur pris d’un  irrésistible besoin de silence, a failli rendre copie blanche. Encore eut-il fallu envoyer quelques mots d’explication au rédacteur en chef. Paradoxe absolu : nous en sommes réduits à devoir parler du silence et à ajouter des mots aux mots ! Ces ritournelles sur la démocratie déniée, bafouée par les adversaires mais restaurée désormais par le génie du ou de la candidat(e) au suffrage ; ces éloges de ce « grand pays qui est le nôtre » quand on veut toucher la fibre patriotique mais que l’on traite de « ce pays » lorsque l’on dénonce son inertie ; ces raccourcis ravageurs qui clouent au pilori de la formule assassine toute velléité d’appel à un renouveau ; ces trémolos sur le soin que l’on mettra à s’occuper du pauvre et de l’oublié ; tout cela aurait dû, aussitôt, échouer dans notre « corbeille » pour ne plus jamais quitter le tréfonds des illusions fanées.

Mais pourquoi donc continuons-nous malgré toutes nos déconvenues, à nous laisser emporter par cette diarrhée verbale ? Pourquoi restons-nous à l’affût de la parole qui fera tout basculer et qui entrera dans l’histoire ? Pourquoi irons-nous de notre commentaire comme si tous les autres ne suffisaient pas ? 


Peut-être parce que l’homme pressent que sa parole n’est pas une simple sélection de signes conventionnels destinés à communiquer, mais que parler l’engage. Et c’est pourquoi le silence est nécessaire pour que la parole puisse peser  son poids de vérité.




Il y a deux silences : celui de la fin de la phrase et celui du commencement. A l’image du récit biblique où la Parole créatrice n’intervient qu’au second verset, l’orchestre ne débute la symphonie qu’après le court instant où le chef suspend sa baguette avant de déclencher le mouvement. Le commencement de toute germination éclot du silence de la terre. Il y a, aussi, le silence final, celui qui laisse parler le geste, le regard, l’étreinte, la présence éprouvée.« Il est préférable de rester silencieux et d’être, que de parler et de n’être pas » disait déjà St Ignace d’Antioche.

Le silence, grande cause nationale!



21 avril 2017

Pour des temps incertains



On travaille, on s’agite, on voyage, on gagne sa vie, on fait des projets, on procrée, et on meurt. Ainsi va le cycle du temps court à visibilité réduite…
Et pendant ce même temps, les catastrophes s’accumulent, les guerres violent et tuent, les bombes éclatent, la nature s’épuise. C’est le rythme du temps long, celui d’une Histoire qui paraît sans avenir…
Certains élèvent des digues de protections en tout genre pour contenir la furie des eaux. D’autres construisent des bateaux remplis de leurs suffisances pour surnager. Rien n’y fait… Les murs, un jour ou l’autre, s’effondrent ; les esquifs comme les vaisseaux font naufrage. D’autres encore, se réfugient dans la parole et le commentaire. Ils cherchent les coupables. Ils accusent les autres et d’abord Dieu.
Enfin, il y a ceux et celles, qui dans le déchaînement des éléments, attendent et veillent. Qu’ils soient sur la digue ou sur le bateau, ils ne perdent jamais de vue l’horizon et usent leurs yeux à trouer les ténèbres.


Ils vivent comme s’ils voyaient l’invisible. Sur les branches noires et nues qui sortent des eaux, ils perçoivent de petites boursoufflures prometteuses de verdure. « Voyez le figuier ; quand vous voyez poindre les bourgeons ne dites vous pas que l’été approche ? ». Au milieu des vols lugubres des corbeaux qui croassent à la mort, ils distinguent la frêle colombe portant dans son bec le printemps d’un monde nouveau.
Qui aura raison ?
Celui qui se réfugie dans la cale remplie et compte ses réserves ?
Celui qui élève les murs et se cache derrière eux ?
Celui qui accuse Dieu et ses frères ?
N’est ce pas plutôt celui qui se tient sur le pont du navire et qui reste éveillé pour être prêt à accueillir Celui qui vient en marchant sur les eaux.
Tout semblait perdu pour les Apôtres ballotés dans la tempête du lac ; le tombeau était définitivement scellé pour les témoins de sa mort ; seules quelques femmes veillaient… Elles étaient prêtes à accueillir ce jeune homme vêtu de blanc qui leur dit : « N’ayez pas peur ! C’est moi ! »
C’est tous les jours, pour chacun de nous, que sonne l’heure du rendez-vous avec le Jardinier du matin de Pâques. C’est tous les jours que sa parole vient à nous comme une lampe qui brille dans notre obscurité !


01 avril 2017

Une vallée de larmes

Tous les soirs l’office des complies s’achève par le Salve Regina qui nous rappelle les pleurs et les gémissements de cette « vallée de larmes » dans laquelle nous sommes plongés et sur laquelle nous espérons un regard miséricordieux de la Vierge Marie. Vision manichéenne du monde ? Peut-être ! Mais lorsqu’on nous annonce la famine possible de plus d’un million d’enfants en Afrique et que l’on nous montre en même temps les prouesses d’un drone chargé de faire courir les tigres d’une réserve afin qu’ils perdent du poids, on se demande dans quel monde on vit ! Est-il inscrit de toute éternité que l’avancée du progrès ne peut s’effectuer que sur les débris et les déchets d’une grande partie de l’ humanité ? Tout se passe comme si le malheur de la multitude innombrable de ces frères humains affamés, massacrés, laissés pour compte, marginalisés soit compté comme nécessaire à la marche de l’histoire ? Et si l’on veut bien ne pas confondre bien-être et bonheur et prendre en considération la chape de souffrance qui plombe toute l’humanité, riche ou pauvre, depuis la nuit des temps, alors cette vallée de larmes déborde de toutes parts. Certes, nous avons connu, ces derniers siècles, des progrès stupéfiants qui ont contribué à une élévation mondiale du niveau de vie ou du moins de l’âge de la survie, mais comment casser et renverser ce qui ressemble à un destin inexorable ?


C’est la mission que le Père a donnée au Christ. Jésus a épousé dans sa chair notre condition  et plus spécialement celle des pauvres et des malheureux. Il s’est, ensuite, attaché à soulager les misères physiques et morales de tous. Mais son « génie » a consisté à faire de la souffrance et de la mort elles -mêmes, (et les siennes en premier), les instruments d’un bonheur qui prend le nom de salut. Ainsi, cette vallée de larmes planétaire ne sera plus le dépotoir de nos erreurs et de nos péchés mais la cuve baptismale d’une humanité revivifiée et sauvée par ce qui faisait sa malédiction. Les saints s’agenouillaient devant les pauvres car ils reconnaissaient en eux les plus beaux sacrements du Christ, on comprend pourquoi.

Le carême nous demande par le jeûne, l’aumône et la prière de participer à notre mesure à cette œuvre divine.



11 février 2017

Mère




   Nous fêterons demain Notre Dame de Lourdes. Nous sommes nombreux à aller de temps en temps déposer au creux de la grotte le quotidien de notre existence, comme si d’instinct nous savions qu’au travers de cette figure hiératique de Marie dominant la caverne, se cachait d’abord une mère aimante et attentive. A travers le récit de la naissance de Jésus, nous devinons que Marie a dû partager, comme toutes les mamans, ces moments de joyeux préparatifs mais aussi cette sourde inquiétude qui précédent l’accouchement. Puis, comme nombre de mères, elle a assuré et assumé tous les détails de la vie familiale qui permettent le bien-être et la croissance de cette petite alvéole d’humanité. Et ce sont ces actes quotidiens infiniment répétés, ces paroles rassurantes et apaisantes d’une maman qui s’incrustent dans notre mémoire et qui imprègnent toutes les fibres de notre être. 

Mais ce qui compte peut-être le plus dans la vie d’une mère, ce sont ces silences qui laissent parler les yeux et le regard. C’est le cas de la jeune maman qui, sur son lit de maternité, reste de longs moments les yeux fixés sur son enfant, examinant le moindre détail de son visage, le dévorant du regard et rêvant déjà à ce qu’il sera lorsqu’il aura grandi. Alors que les bergers s’agitaient, allaient en hâte vers Bethléem, racontaient et annonçaient tout ce qu’ils avaient vu et entendu, repartaient en glorifiant Dieu, Marie, elle, « retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur ».


Nous connaissons des personnes qui, comme les bergers, s’affairent sans cesse, parlent sans arrêter, affirment sans vérifier, répètent à la légère et évitent ainsi la morsure du silence. Ne cherchons pas à les identifier, chacun de nous leur ressemble. 


Une maman sait se taire, écouter, méditer. Elle cherche à comprendre ce qui est dit sous les mots et c’est pour cela qu’il lui arrive de ne plus avoir besoin de paroles  pour communiquer avec ses enfants.
Ce qui est vrai d’une mère, l’est de chacun de nous.


Notre parole n’a de poids que si elle est trempée dans le silence de la réflexion. Il en est de même pour la prière. Dieu notre Père n’a que faire d’une prière trop bavarde, répétitive et impérative. Il aime celle qui se nourrit de sa contemplation et de la rumination de son Évangile.