13 mai 2017

Silence


Cette élection présidentielle nous a valu un tel déluge de mots, une telle marée de phrases enchevêtrées, échouées sur les plages de nos cerveaux, que le chroniqueur pris d’un  irrésistible besoin de silence, a failli rendre copie blanche. Encore eut-il fallu envoyer quelques mots d’explication au rédacteur en chef. Paradoxe absolu : nous en sommes réduits à devoir parler du silence et à ajouter des mots aux mots ! Ces ritournelles sur la démocratie déniée, bafouée par les adversaires mais restaurée désormais par le génie du ou de la candidat(e) au suffrage ; ces éloges de ce « grand pays qui est le nôtre » quand on veut toucher la fibre patriotique mais que l’on traite de « ce pays » lorsque l’on dénonce son inertie ; ces raccourcis ravageurs qui clouent au pilori de la formule assassine toute velléité d’appel à un renouveau ; ces trémolos sur le soin que l’on mettra à s’occuper du pauvre et de l’oublié ; tout cela aurait dû, aussitôt, échouer dans notre « corbeille » pour ne plus jamais quitter le tréfonds des illusions fanées.

Mais pourquoi donc continuons-nous malgré toutes nos déconvenues, à nous laisser emporter par cette diarrhée verbale ? Pourquoi restons-nous à l’affût de la parole qui fera tout basculer et qui entrera dans l’histoire ? Pourquoi irons-nous de notre commentaire comme si tous les autres ne suffisaient pas ? 


Peut-être parce que l’homme pressent que sa parole n’est pas une simple sélection de signes conventionnels destinés à communiquer, mais que parler l’engage. Et c’est pourquoi le silence est nécessaire pour que la parole puisse peser  son poids de vérité.




Il y a deux silences : celui de la fin de la phrase et celui du commencement. A l’image du récit biblique où la Parole créatrice n’intervient qu’au second verset, l’orchestre ne débute la symphonie qu’après le court instant où le chef suspend sa baguette avant de déclencher le mouvement. Le commencement de toute germination éclot du silence de la terre. Il y a, aussi, le silence final, celui qui laisse parler le geste, le regard, l’étreinte, la présence éprouvée.« Il est préférable de rester silencieux et d’être, que de parler et de n’être pas » disait déjà St Ignace d’Antioche.

Le silence, grande cause nationale!



21 avril 2017

Pour des temps incertains



On travaille, on s’agite, on voyage, on gagne sa vie, on fait des projets, on procrée, et on meurt. Ainsi va le cycle du temps court à visibilité réduite…
Et pendant ce même temps, les catastrophes s’accumulent, les guerres violent et tuent, les bombes éclatent, la nature s’épuise. C’est le rythme du temps long, celui d’une Histoire qui paraît sans avenir…
Certains élèvent des digues de protections en tout genre pour contenir la furie des eaux. D’autres construisent des bateaux remplis de leurs suffisances pour surnager. Rien n’y fait… Les murs, un jour ou l’autre, s’effondrent ; les esquifs comme les vaisseaux font naufrage. D’autres encore, se réfugient dans la parole et le commentaire. Ils cherchent les coupables. Ils accusent les autres et d’abord Dieu.
Enfin, il y a ceux et celles, qui dans le déchaînement des éléments, attendent et veillent. Qu’ils soient sur la digue ou sur le bateau, ils ne perdent jamais de vue l’horizon et usent leurs yeux à trouer les ténèbres.


Ils vivent comme s’ils voyaient l’invisible. Sur les branches noires et nues qui sortent des eaux, ils perçoivent de petites boursoufflures prometteuses de verdure. « Voyez le figuier ; quand vous voyez poindre les bourgeons ne dites vous pas que l’été approche ? ». Au milieu des vols lugubres des corbeaux qui croassent à la mort, ils distinguent la frêle colombe portant dans son bec le printemps d’un monde nouveau.
Qui aura raison ?
Celui qui se réfugie dans la cale remplie et compte ses réserves ?
Celui qui élève les murs et se cache derrière eux ?
Celui qui accuse Dieu et ses frères ?
N’est ce pas plutôt celui qui se tient sur le pont du navire et qui reste éveillé pour être prêt à accueillir Celui qui vient en marchant sur les eaux.
Tout semblait perdu pour les Apôtres ballotés dans la tempête du lac ; le tombeau était définitivement scellé pour les témoins de sa mort ; seules quelques femmes veillaient… Elles étaient prêtes à accueillir ce jeune homme vêtu de blanc qui leur dit : « N’ayez pas peur ! C’est moi ! »
C’est tous les jours, pour chacun de nous, que sonne l’heure du rendez-vous avec le Jardinier du matin de Pâques. C’est tous les jours que sa parole vient à nous comme une lampe qui brille dans notre obscurité !


01 avril 2017

Une vallée de larmes

Tous les soirs l’office des complies s’achève par le Salve Regina qui nous rappelle les pleurs et les gémissements de cette « vallée de larmes » dans laquelle nous sommes plongés et sur laquelle nous espérons un regard miséricordieux de la Vierge Marie. Vision manichéenne du monde ? Peut-être ! Mais lorsqu’on nous annonce la famine possible de plus d’un million d’enfants en Afrique et que l’on nous montre en même temps les prouesses d’un drone chargé de faire courir les tigres d’une réserve afin qu’ils perdent du poids, on se demande dans quel monde on vit ! Est-il inscrit de toute éternité que l’avancée du progrès ne peut s’effectuer que sur les débris et les déchets d’une grande partie de l’ humanité ? Tout se passe comme si le malheur de la multitude innombrable de ces frères humains affamés, massacrés, laissés pour compte, marginalisés soit compté comme nécessaire à la marche de l’histoire ? Et si l’on veut bien ne pas confondre bien-être et bonheur et prendre en considération la chape de souffrance qui plombe toute l’humanité, riche ou pauvre, depuis la nuit des temps, alors cette vallée de larmes déborde de toutes parts. Certes, nous avons connu, ces derniers siècles, des progrès stupéfiants qui ont contribué à une élévation mondiale du niveau de vie ou du moins de l’âge de la survie, mais comment casser et renverser ce qui ressemble à un destin inexorable ?


C’est la mission que le Père a donnée au Christ. Jésus a épousé dans sa chair notre condition  et plus spécialement celle des pauvres et des malheureux. Il s’est, ensuite, attaché à soulager les misères physiques et morales de tous. Mais son « génie » a consisté à faire de la souffrance et de la mort elles -mêmes, (et les siennes en premier), les instruments d’un bonheur qui prend le nom de salut. Ainsi, cette vallée de larmes planétaire ne sera plus le dépotoir de nos erreurs et de nos péchés mais la cuve baptismale d’une humanité revivifiée et sauvée par ce qui faisait sa malédiction. Les saints s’agenouillaient devant les pauvres car ils reconnaissaient en eux les plus beaux sacrements du Christ, on comprend pourquoi.

Le carême nous demande par le jeûne, l’aumône et la prière de participer à notre mesure à cette œuvre divine.



11 février 2017

Mère




   Nous fêterons demain Notre Dame de Lourdes. Nous sommes nombreux à aller de temps en temps déposer au creux de la grotte le quotidien de notre existence, comme si d’instinct nous savions qu’au travers de cette figure hiératique de Marie dominant la caverne, se cachait d’abord une mère aimante et attentive. A travers le récit de la naissance de Jésus, nous devinons que Marie a dû partager, comme toutes les mamans, ces moments de joyeux préparatifs mais aussi cette sourde inquiétude qui précédent l’accouchement. Puis, comme nombre de mères, elle a assuré et assumé tous les détails de la vie familiale qui permettent le bien-être et la croissance de cette petite alvéole d’humanité. Et ce sont ces actes quotidiens infiniment répétés, ces paroles rassurantes et apaisantes d’une maman qui s’incrustent dans notre mémoire et qui imprègnent toutes les fibres de notre être. 

Mais ce qui compte peut-être le plus dans la vie d’une mère, ce sont ces silences qui laissent parler les yeux et le regard. C’est le cas de la jeune maman qui, sur son lit de maternité, reste de longs moments les yeux fixés sur son enfant, examinant le moindre détail de son visage, le dévorant du regard et rêvant déjà à ce qu’il sera lorsqu’il aura grandi. Alors que les bergers s’agitaient, allaient en hâte vers Bethléem, racontaient et annonçaient tout ce qu’ils avaient vu et entendu, repartaient en glorifiant Dieu, Marie, elle, « retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur ».


Nous connaissons des personnes qui, comme les bergers, s’affairent sans cesse, parlent sans arrêter, affirment sans vérifier, répètent à la légère et évitent ainsi la morsure du silence. Ne cherchons pas à les identifier, chacun de nous leur ressemble. 


Une maman sait se taire, écouter, méditer. Elle cherche à comprendre ce qui est dit sous les mots et c’est pour cela qu’il lui arrive de ne plus avoir besoin de paroles  pour communiquer avec ses enfants.
Ce qui est vrai d’une mère, l’est de chacun de nous.


Notre parole n’a de poids que si elle est trempée dans le silence de la réflexion. Il en est de même pour la prière. Dieu notre Père n’a que faire d’une prière trop bavarde, répétitive et impérative. Il aime celle qui se nourrit de sa contemplation et de la rumination de son Évangile.

03 février 2017

Rêve d'un vieux qui n'a rien compris...

Nous sommes sortis d'une première campagne électorale qui a permis aux candidats au suffrage universel de déverser sur les antennes les recettes qu’ils préconisent pour améliorer la vie des français. Et chacun de sortir de son chapeau, l’idée qui, dans tous les domaines de la vie publique, sera retenue et surtout apportera quelques voix supplémentaires dans l’urne. Ainsi, il est devenu indispensable pour chaque prétendant à la magistrature suprême de publier un catalogue détaillé et chiffré de mesures économiques et sociales qui souvent nourrit le débat entre les concurrents et qui essaie surtout de flatter telle ou telle catégorie d’électeurs. Le tout est ficelé par un ruban d’intentions générales qui placent l’auteur du programme sur le podium du meilleur compétiteur possible.

Au terme de cette sélection de projets et de postures qui, par la grâce des meilleurs communicants, s'apparente parfois à celle de Miss France, nous serons sommés de choisir le chef de l’État. J'avoue avoir du mal à m'identifier de près ou de loin à l'un ou l'autre des concurrents jusqu'ici présentés. Or cette question d'identification est primordiale. Pour qu'un candidat soit en mesure d'endosser la mission de Chef de l’État, il est nécessaire, qu'une majorité de Français puisse se reconnaître en lui, au-delà de ses propositions concrètes concernant la vie quotidienne de ses compatriotes et de son appartenance à un parti politique. Que devant un étranger, aucun Français quelles que soient ses options politiques, n'ait à rougir à l'évocation de la personne de son Président, paraît être un minimum requis, compte tenu, cependant , que nul n'est parfait.

Pour l'instant, je ne parviens pas, en ce qui me concerne, à réaliser cette alchimie entre l'idée que je me suis forgée de cette haute fonction et les prétendants que j'ai vu défiler sur les écrans? Je suis certainement trop vieux et trop ambitieux pour mon pays...

J'aurais aimé, à l'issue des débats minutieusement ordonnés et chronométrés, me sentir soulevé par le souffle d’un projet transcendant tous les intérêts particuliers, entraîné vers la recherche d’une qualité de vie commune et mobilisé pour une action à long terme. J'aurais aimé être invité à écrire une nouvelle page de l'Histoire de notre pays guidé par un visionnaire.

Ce n'est malheureusement pas le cas ! Pour le moment, on m'invite à comparer des pourcentages, à aligner des divisions ou à danser sur le vide…

Bien sûr, « l'intendance » est de première importance et nul responsable ne saurait la négliger. Mais par rapport à bien d'autres contrées du monde, la France est un pays riche. Comment se fait-il, alors, qu'elle abrite tant de pauvres et de laissés pour compte ? Il n'est pas tolérable que les inégalités s'accroissent. Mais pour que les mesures drastiques qui s'imposent puissent être acceptées largement, encore faut-il qu'elles soient portées par un projet de société qui concerne tous les citoyens. Or nous naviguons entre propositions d'ajustements comptables et utopies irréalistes.

Certes, il faut des utopies ! Mais elles doivent être ancrées dans la vie réelle du plus grand nombre, s'appuyer sur des hommes crédibles et sur des expériences qui ont fait leurs preuves.

Si on voulait bien examiner de près toutes les mini réalisations que mettent en place les associations de producteurs ou de consommateurs, largement facilitées par la toile infinie de l'internet, étudier les ressorts qu'elles mettent en action, les englober dans une stratégie plus vaste en les confrontant à une réflexion aussi féconde que celle proposée par le Pape François dans « Laudato Si » afin que chacun trouve sa place dans la maison commune de cette terre, ne pourrait-on pas retrouver le souffle qui emporterait l'adhésion d'une majorité?
L'histoire de notre pays fourmille d'exemples, en particulier dans le monde des campagnes, où des hommes réfléchis, solidaires et tenaces ont relevé des défis apparemment insurmontables. Nous ne pouvons pas trahir cet héritage. La géographie de notre belle France nous offre le modèle unique de l'harmonie dans la diversité. Nous ne devons pas enlaidir cette beauté et négliger cette leçon. La tradition vivante de nos coutumes, de nos particularités culturelles, de notre fonds chrétien et de notre devise républicaine nous donnent des références qui peuvent nous servir de balises dans la houle des temps nouveaux. Nous ne pouvons pas les passer par dessus bord sous prétexte qu'elles limitent nos egos démesurés car la limite est garante de la liberté.

10 janvier 2017

On a tiré les rois... !





  L’histoire de l’Épiphanie a des allures d’un joli conte d’autant plus que la tradition a brodé sur quelques détails en assimilant les mages aux rois déjà connus par le psaume 72 et en leur donnant des noms et des couleurs pour signifier la portée universelle de l’évènement. Matthieu n’écrit pas pour faire rêver les enfants de Palestine mais pour enseigner les adultes juifs, devenus chrétiens, et imprégnés des récits bibliques.

  Il donne d’abord une précision de lieu, Bethléem, cité de David. Le Roi-Messie que l’on attendait ne pouvait être que descendant de David. Il nous parle aussi d’une étoile. Nous savons que dans certaines cultures orientales les astres étaient considérés comme des créatures célestes et même divines. Pour les contemporains de Matthieu, une étoile prévalait sur toutes les autres : celle qui était signalée dans le livre des Nombres et que la tradition attribuerait à David, encore lui ! Il fallait donc bien comprendre que Jésus était totalement fils de son peuple et pouvait prétendre au titre de Messie attendu.

  L’Épiphanie nous parle encore de la haine meurtrière d’Hérode qui n’avait pas hésité à tuer ses propres enfants, héritiers du trône. Il est, ici, comparé au Pharaon d’Egypte qui élimina lui aussi les garçons d’Israël sauf Moïse, sauvé des eaux. Jésus ne serait-il pas le nouveau Moïse, venu enseigner une Loi nouvelle ?

  Enfin, les cadeaux. L’or est symbole de royauté mais Jésus précisera que sa royauté n’est pas de ce monde. L’encens, attribut de la divinité, mais celle du Christ sera aux antipodes de celle des idoles. La myrrhe, destinée à l’embaumement des morts annonce que ce Dieu est réellement homme  jusqu’au bout de ses limites.

  Nous sommes loin du conte enfantin et  des galettes pâtissières. Ce récit coloré nous présente, en fait, la carte d’identité de l’enfant de Bethléem : Il est à la fois le Messie fils de David, le nouveau Moïse, sauveur non seulement de son peuple mais de toute l’humanité représentée par ces voyageurs étrangers, le Fils même de Dieu.

30 décembre 2016

Souhait pour Noël et pour l’an neuf.



Ceux qui nous voient chaque année entrer dans nos églises la veille ou le jour de Noël et écouter pour la énième fois des paroles de paix, de joie et de salut doivent se demander si nous ne sommes pas totalement inconscients ou infantilisés.

« Comment peuvent-il y croire encore ? » se demandent-ils, alors que depuis plus de 2000 ans rien n’a changé sur la terre. Les bombes pleuvent sur la Syrie, l’ONU n’en finit pas de voter des résolutions inefficaces, les camions fous fauchent des vies dans les marchés de Noël, des femmes sont enlevées et violées, des enfants assassinés… Comment peuvent-il croire encore en un Sauveur ?

Nous pourrions leur rétorquer : « Pourquoi ceux qui n’y croient pas vont-ils quand même illuminer un sapin, faire un cadeau à leurs proches et dans quelques jours leur souhaiter une bonne année alors que la crise réduit les budgets, que le cancer n’est pas vaincu, que les familles éclatent et que les jeunes désespèrent et se radicalisent. Pourquoi croient-ils qu’il faille encore espérer un lendemain souriant ?

Pourquoi lorsqu’un petit enfant paraît dans une famille, voyons-nous revenir du fond des âges, ces attitudes étranges des jeunes parents en extase devant la dernière merveille du monde et ces contorsions des grands-parents qui se prêtent à toutes les clowneries pour obtenir un babil du bébé ? Pourquoi tout cela alors que cette petite vie est si fragile et que tant de dangers la guettent ?


Pourquoi cet acharnement à espérer un avenir malgré et contre tout, que nous soyons croyants ou non?


Parce que l’annonce d’un salut, de la venue d’un Sauveur correspond à un désir qui est tapi au plus profond de notre être, dans ce qu’on appelle notre âme.

Notre culture nous a habitués à penser les choses en deux parties : le blanc et le noir ; le feu et l’eau ; le corps et l’esprit ou l’âme, car on a confondu souvent les deux par paresse intellectuelle. Notre corps est le condensé de l’univers dont il tire sa substance. Il est ainsi le siège de toutes les sensations, le réceptacle de toutes nos relations avec le cosmos et les autres êtres vivants, avec leurs pesanteurs douloureuses et leurs beautés enivrantes. L’esprit analyse et organise cette communion ; il échafaude en outre un autre monde, le royaume des idées, qui peut transformer notre monde mais aussi le détériorer et l’anéantir. Corps et esprit peuvent s’opposer, se détester comme ils peuvent se compléter et s’harmoniser. Mais ce qui fait l’unité de notre être et ce qui nous fait unique, c’est notre âme.

Ce mot semble sorti de la naphtaline. Il fait allusion à ces « bonnes âmes » qui s’émeuvent pour un rien mais restent comme en suspens, inactives. Il rappelle, pour certains, le vocabulaire désuet du « Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver » comme si elle était seule en cause. Les « beaux esprits » ont eu beau jeu de ridiculiser, hier, les « bonnes âmes ». Mais ce sont les mêmes qui, aujourd’hui, renvoient le corps à sa matière brute pour la manipuler sans précaution. Et puis, on a tant à faire au quotidien pour assurer la santé du corps et la qualité de l’esprit que l’âme peut rester enfermée dans le placard des souvenirs !

Réveillons-nous, comme l’ont fait les bergers en pleine nuit ! Réveillons notre âme. Elle est l’artisan de notre unité et de notre unicité comme le rappelle F. Cheng dans ses  sept admirables lettres sur l’âme. C’est elle aussi qui maintient, sous l’accumulation des ruines matérielles et spirituelles, ce désir fou de salut qui nous relève sans relâche de nos chutes et nous soulève vers un « on ne sait quoi ». Et, si c’était cela, retrouver « une âme d’enfant » ? Non pas un esprit puéril ou infantile qui croit tout ce qu’on lui raconte. Mais cette capacité de se confier sans réserve à la fidèle constance de Celui qui donne la Vie par-delà toutes les morts.

Oui, retrouvons notre âme, cette haleine divine tout droit venue du Souffle primordial. Souvent  comprimée au plus profond de notre intimité, elle ne demande qu’à faire vivre en toute amplitude nos trois composantes (corps, esprit et âme) et à nous rendre ainsi la ressemblance de Celui qui, lui aussi, est trois en Un.


« Bénis le Seigneur ô mon âme ! » psaume 103


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