10 janvier 2017

On a tiré les rois... !





  L’histoire de l’Épiphanie a des allures d’un joli conte d’autant plus que la tradition a brodé sur quelques détails en assimilant les mages aux rois déjà connus par le psaume 72 et en leur donnant des noms et des couleurs pour signifier la portée universelle de l’évènement. Matthieu n’écrit pas pour faire rêver les enfants de Palestine mais pour enseigner les adultes juifs, devenus chrétiens, et imprégnés des récits bibliques.

  Il donne d’abord une précision de lieu, Bethléem, cité de David. Le Roi-Messie que l’on attendait ne pouvait être que descendant de David. Il nous parle aussi d’une étoile. Nous savons que dans certaines cultures orientales les astres étaient considérés comme des créatures célestes et même divines. Pour les contemporains de Matthieu, une étoile prévalait sur toutes les autres : celle qui était signalée dans le livre des Nombres et que la tradition attribuerait à David, encore lui ! Il fallait donc bien comprendre que Jésus était totalement fils de son peuple et pouvait prétendre au titre de Messie attendu.

  L’Épiphanie nous parle encore de la haine meurtrière d’Hérode qui n’avait pas hésité à tuer ses propres enfants, héritiers du trône. Il est, ici, comparé au Pharaon d’Egypte qui élimina lui aussi les garçons d’Israël sauf Moïse, sauvé des eaux. Jésus ne serait-il pas le nouveau Moïse, venu enseigner une Loi nouvelle ?

  Enfin, les cadeaux. L’or est symbole de royauté mais Jésus précisera que sa royauté n’est pas de ce monde. L’encens, attribut de la divinité, mais celle du Christ sera aux antipodes de celle des idoles. La myrrhe, destinée à l’embaumement des morts annonce que ce Dieu est réellement homme  jusqu’au bout de ses limites.

  Nous sommes loin du conte enfantin et  des galettes pâtissières. Ce récit coloré nous présente, en fait, la carte d’identité de l’enfant de Bethléem : Il est à la fois le Messie fils de David, le nouveau Moïse, sauveur non seulement de son peuple mais de toute l’humanité représentée par ces voyageurs étrangers, le Fils même de Dieu.

30 décembre 2016

Souhait pour Noël et pour l’an neuf.



Ceux qui nous voient chaque année entrer dans nos églises la veille ou le jour de Noël et écouter pour la énième fois des paroles de paix, de joie et de salut doivent se demander si nous ne sommes pas totalement inconscients ou infantilisés.

« Comment peuvent-il y croire encore ? » se demandent-ils, alors que depuis plus de 2000 ans rien n’a changé sur la terre. Les bombes pleuvent sur la Syrie, l’ONU n’en finit pas de voter des résolutions inefficaces, les camions fous fauchent des vies dans les marchés de Noël, des femmes sont enlevées et violées, des enfants assassinés… Comment peuvent-il croire encore en un Sauveur ?

Nous pourrions leur rétorquer : « Pourquoi ceux qui n’y croient pas vont-ils quand même illuminer un sapin, faire un cadeau à leurs proches et dans quelques jours leur souhaiter une bonne année alors que la crise réduit les budgets, que le cancer n’est pas vaincu, que les familles éclatent et que les jeunes désespèrent et se radicalisent. Pourquoi croient-ils qu’il faille encore espérer un lendemain souriant ?

Pourquoi lorsqu’un petit enfant paraît dans une famille, voyons-nous revenir du fond des âges, ces attitudes étranges des jeunes parents en extase devant la dernière merveille du monde et ces contorsions des grands-parents qui se prêtent à toutes les clowneries pour obtenir un babil du bébé ? Pourquoi tout cela alors que cette petite vie est si fragile et que tant de dangers la guettent ?


Pourquoi cet acharnement à espérer un avenir malgré et contre tout, que nous soyons croyants ou non?


Parce que l’annonce d’un salut, de la venue d’un Sauveur correspond à un désir qui est tapi au plus profond de notre être, dans ce qu’on appelle notre âme.

Notre culture nous a habitués à penser les choses en deux parties : le blanc et le noir ; le feu et l’eau ; le corps et l’esprit ou l’âme, car on a confondu souvent les deux par paresse intellectuelle. Notre corps est le condensé de l’univers dont il tire sa substance. Il est ainsi le siège de toutes les sensations, le réceptacle de toutes nos relations avec le cosmos et les autres êtres vivants, avec leurs pesanteurs douloureuses et leurs beautés enivrantes. L’esprit analyse et organise cette communion ; il échafaude en outre un autre monde, le royaume des idées, qui peut transformer notre monde mais aussi le détériorer et l’anéantir. Corps et esprit peuvent s’opposer, se détester comme ils peuvent se compléter et s’harmoniser. Mais ce qui fait l’unité de notre être et ce qui nous fait unique, c’est notre âme.

Ce mot semble sorti de la naphtaline. Il fait allusion à ces « bonnes âmes » qui s’émeuvent pour un rien mais restent comme en suspens, inactives. Il rappelle, pour certains, le vocabulaire désuet du « Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver » comme si elle était seule en cause. Les « beaux esprits » ont eu beau jeu de ridiculiser, hier, les « bonnes âmes ». Mais ce sont les mêmes qui, aujourd’hui, renvoient le corps à sa matière brute pour la manipuler sans précaution. Et puis, on a tant à faire au quotidien pour assurer la santé du corps et la qualité de l’esprit que l’âme peut rester enfermée dans le placard des souvenirs !

Réveillons-nous, comme l’ont fait les bergers en pleine nuit ! Réveillons notre âme. Elle est l’artisan de notre unité et de notre unicité comme le rappelle F. Cheng dans ses  sept admirables lettres sur l’âme. C’est elle aussi qui maintient, sous l’accumulation des ruines matérielles et spirituelles, ce désir fou de salut qui nous relève sans relâche de nos chutes et nous soulève vers un « on ne sait quoi ». Et, si c’était cela, retrouver « une âme d’enfant » ? Non pas un esprit puéril ou infantile qui croit tout ce qu’on lui raconte. Mais cette capacité de se confier sans réserve à la fidèle constance de Celui qui donne la Vie par-delà toutes les morts.

Oui, retrouvons notre âme, cette haleine divine tout droit venue du Souffle primordial. Souvent  comprimée au plus profond de notre intimité, elle ne demande qu’à faire vivre en toute amplitude nos trois composantes (corps, esprit et âme) et à nous rendre ainsi la ressemblance de Celui qui, lui aussi, est trois en Un.


« Bénis le Seigneur ô mon âme ! » psaume 103


Jeancasanave.blogspot.com

23 novembre 2016

Valeurs


A la lecture du récent document des évêques de France intitulé : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique » me reviennent en mémoire ces mots de Marc Bloch, que rappelait, il y a quelques temps, Christian Desplat, professeur émérite de l’UPPA. A propos des valeurs de l’Europe, cet historien juif, que Vichy expulsa de la Sorbonne écrivait :« Certaines de ces valeurs, communes à tous, sont le résultat d’un héritage de vingt siècles de Christianisme. Elles ont leur centre dans l’affirmation fondamentale de la dignité infinie de la personne humaine, ce qui entraîne, pour chacun la liberté de croire, de penser, d’écrire, de s’associer et l’égal respect de chaque personne, quelle que soit sa classe ou race » (été 41)

Et Christian Desplat d’ajouter : «Qu’avons-nous fait de notre héritage ? »

En effet, comment se fait-il que les valeurs de la République soient menacées de disparition par l’importation récente dans notre pays de courants religieux étrangers à notre culture ? Certains responsables politiques s’appuyant sur l’opinion publique s’en émeuvent. Une partie de la réponse réside dans l’acharnement mis, depuis quelques décennies, à couper celles-ci de leur source originelle, le Christianisme. L’Egalité et la Liberté ne sont que  chimères sans la Fraternité qui, à son tour, exige une Paternité reconnue par tous (1). C’est ce Père commun (qui a quelque chose à voir avec la Patrie), que les esprits dits libres n’ont plus supporté. Seule une référence transcendante est à même de fonder la « dignité infinie de la personne humaine ». Dans le vide laissé par l’absence de ce Père commun, s’engouffrent tous les faux dieux fabriqués par la violence des hommes. Le laïcisme, affiché ou larvé, prônant au mieux une neutralisation et au pire une éradication du religieux dans notre société, ouvre la porte à tous les fondamentalismes et en devient le complice de fait. Seule une laïcité ouverte et garante de l’exercice des religions, dans le respect du Bien commun, pourra favoriser une identité paisible des citoyens de notre pays.

« La laïcité de l’Etat est un cadre juridique qui doit permettre à tous, croyants de toutes les religions et incroyants, de vivre ensemble » affirment les évêques.


(1) Voir « Fraternité, Egalité, Liberté »  (14 05 2007)in jeancasanave.blogspot.com

14 novembre 2016

L'Amérique !


A en croire les reportages télévisés qui s’en sont donné à cœur joie, les Etats Unis viennent de se donner un président cow-boy au terme d’une campagne western qui n’a ménagé ni les coups de gueule et ni les coups bas. Des amis ont réagi sur le champ : « Heureusement, nous avons en France des candidats qui ont plus de tenue ! » Je ne partage qu’en partie leur satisfaction. Ne nous y trompons pas ! Ces élections américaines ne sont que l’épiphénomène d’une tendance générale qui rejette des systèmes démocratiques jugés incapables de donner aux citoyens une identité à la fois reconnue et paisible. Cet épisode électoral, qui plonge la planète dans un avenir incontrôlable, signe non seulement l’échec de Mr Obama à se donner un successeur capable de faire aimer « son » Amérique, mais aussi celui de chaque européen que nous sommes par l’Histoire, si ce n’est par la raison. En effet, nous voyons monter de tous les pays d’Europe, pour ne parler que d’elle, des mouvements populistes et extrémistes vomissant une classe politique et des institutions, qui n’ont pour seul objectif que de favoriser le pouvoir de professionnels de la politique.


Depuis des décennies, nous avons cru naïvement,  qu’en dotant nos pays de structures et d’institutions démocratiques, ceux et celles qui en bénéficieraient ne pouvaient que devenir des citoyens conscients et responsables. Tombés dès la naissance dans le chaudron de la démocratie, ils seraient, comme Obélix, immunisés définitivement contre toute tentation totalitaire ou contre un usage pervers de ces institutions. Imprégnés que nous étions d’une vision horizontale de la société humaine, nous avons simplement oublié que rien n’est automatique en matière de gouvernement des hommes et que la collectivité ne pallie jamais l’absence d’un engagement personnel. Le soubassement institutionnel était certes nécessaire. Par contre, le volet éducatif qui permet à chacun de connaître et d’apprécier les raisons d’être de cet état de fait, a, en grande partie, fait défaut. Tout se passe comme si le 11 novembre les autorités municipales rassemblaient le peuple autour du monument aux morts sans en rappeler le sens par le discours d’usage ; ou comme si un rite liturgique était célébré sans qu’une parole ne l’accompagne ; ou encore, comme si des parents se contentaient de faire respecter  par les enfants les règles de la vie en famille, sans les ouvrir aux valeurs de l’unité de cette cellule de base et du respect dû à chacun.


Oui, nous sommes tous coupables (Ecole, Etat, Eglises, Medias, Corps intermédiaires) d’avoir négligé la formation, l’explication, le débat sur ce qui fait le socle de nos sociétés et qui s’avèrent indispensables à provoquer l’assentiment personnel. Ne nous étonnons pas que, dans ces conditions, certains, y compris parmi les responsables politiques, veuillent se débarrasser d’institutions qui, sorties de l’esprit qui les a fait naître, sont, pour eux, devenues des carcans. Ils se disent prêts à essayer d’autres expériences de vie en commun.


Mais, attention ! A trop vouloir un système démocratique qui ne tremble pas, qui ne tâtonne pas, nous risquons de nous réveiller avec un totalitarisme « librement consenti » ! L’édifice de la démocratie repose sur un équilibre toujours instable entre des forces contraires et son exercice exige un doigté et une souplesse qui s’accommodent mal des outrances et des simplismes. On nous dit : « Le peuple a parlé » ! Certes il a parlé, mais il n’a pas tout dit. Nous savons qu’un peuple flatté peut se laisser aller à l’impuissance, tout comme un peuple chauffé à blanc  peut dégénérer dans la horde violente. La démocratie molle comme la démocratie dure sont tentées de diviniser le peuple. Or le peuple n’est pas Dieu. Il lui faut aussi écouter des voix  qui lui rappellent où se trouve le Bien Commun de la nation, de l’humanité et du cosmos tout entier. Il lui faut des accompagnateurs éclairés et pas seulement des suiveurs.


Nos « élites républicaines » seraient bien inspirées de promouvoir une pédagogie nationale dédiée à l’éducation permanente  des citoyens d’un Etat de Droit et… de Devoir, si elles veulent avoir un jour des successeurs à la hauteur des défis qui seront les leurs.

Souhait pour Noël et pour l’an neuf.

14 octobre 2016

Paysans de « plein champ ».


Les moines pratiquent le « plain-chant », les agriculteurs de mon canton aussi, à deux consonnes et une voyelle près. Baptiste, soixante ans, agriculteur, célibataire a été victime d’un AVC. Au dire de tous, l’homme n’était qu’accueil, disponibilité, jovialité. La foule recueillie s’est pressée à ses obsèques.

Ce n’était guère la rentabilité de sa ferme qui le motivait, mais la passion du métier, de la terre et des bêtes. Sa mort est le symbole cruel d’une agriculture française qui souffre mais qui s’accroche. Certains prédisent la disparition de ces paysans anachroniques qui ne vivent pas encore sous serre,  qui n’exploitent pas une usine à veaux et qui respectent le rythme des saisons. Si d’aventure  cette agriculture-là  disparaissait, ce n’est  pas seulement  une culture parmi d’autres qui viendrait à manquer mais la racine centrale qui maintient l’Humanité debout. Dans l’Humanité il y a l’humus. Ces agriculteurs n’ont pas pour seule vocation, aussi noble soit-elle, de nourrir leurs frères. Ils sont les garants et les gardiens de la nature même de l’Humanité. Il ne manque pas de théories pour affirmer que l’homme est un animal comme les autres et le mode de vie de certains tend à le confirmer. « Un homme, disent-elles, ça naît, ça travaille pour manger, ça se reproduit, ça meurt. Point ! » Aujourd’hui, d’autres prétendent  le contraire : l’homme bientôt sera capable de se rendre immortel, de se faire Dieu. Les deux affirmations aboutissent au même résultat : le refus de l’Humanité en tant que telle.

 Le  Christianisme maintient que l’homme est à la fois fils de la terre et fils de Dieu. En venant restaurer en nous l’image de Dieu altérée par nos divagations, le Christ lui a rendu la ressemblance  au Père. Mais cela, Il l’a accompli  sans nous affranchir de notre condition mortelle et terrestre. Lui-même, tout Fils de Dieu qu’Il était, ne s’est pas soustrait à la mort. Au contraire, Il a fait de celle-ci une naissance.

En refusant de laisser périr cette alliance essentielle entre la terre et l’Humanité, les paysans de « plein-champ » font œuvre de salut et méritent notre reconnaissance. Leur seule existence nous dit ce qu’est l’homme et ce qu’il doit être.


09 septembre 2016

Mes sœurs

Pendant que les écrans scintillaient sous les ors olympiques et que les athlètes exhibaient muscles et médailles, vous vous êtes donné rendez-vous dans la trouée verdoyante de N D  de Livron à Caylus. 

Toutes d’un âge certain, vous avez quitté vos repères habituels pour vous faufiler sans bruit dans un groupe de retraitants soumis au silence et à un emploi du temps minuté. Dans ces costumes taillés après le Concile, hybrides des longues vêtures et des tenues civiles, vous ne passiez pas inaperçues. Le pas hésitant, le dos courbé, vous trottiniez derrière cannes ou déambulateurs pour vous asseoir bien à l’avance, à vos places, comme de sages élèves, afin de ne déranger personne. 

Toute votre vie, vous avez été ces femmes- fourmis exécutant ces tâches obscures et répétitives dont on n’aperçoit la nécessité que lorsqu’elles font défaut. Petites abeilles ouvrières, à l’obéissance muette et à l’apparence bien terne, vous avez trop longtemps jeté un masque sur vos personnalités contenues dans « la stricte observance » de la règle et des ordres de quelques « mères –bourdons ». Celles-ci, réduites aujourd’hui au même statut que le vôtre, laissent deviner à l’éclat de leur regard, quelques braises encore vives de l’autorité dont elles ont usé. J’ai aperçu la larme discrète qui suivait le sillon de vos rides quand vous me parliez du dernier arrachement qui vous a imposé, une fois de plus, de tout quitter pour vous livrer à une vieillesse sans filet. Mais dès que vous laissiez parler votre passé, des perles d’or coulaient de vos mains.

Mes chères sœurs, n’ayez aucun scrupule à vous laisser servir dans vos maisons de retraite. C’est à genoux que les employés devraient se tenir devant vous. Car, non seulement vous leur permettez de vivre mais encore de se sentir utiles, ce que vous regrettez tant de ne plus éprouver pour vous-mêmes ! A cette condition, vous pourrez peut-être laisser tomber quelques-unes de vos pépites dans leurs mains devenues filiales, déférentes et reconnaissantes.


30 juillet 2016

On meurt même en été…

A Nice, au volant d’un camion, un terroriste fait un carnage, en public, en un lieu mondialement connu. Des dizaines de vies joyeuses, au parfum d’été, catapultées, broyées, déchiquetées par un monstre qu’elles n’ont pas vu venir en face. 
A Saint-Etienne-du-Rouvray, un vieux prêtre égorgé, en huis clos, au couteau, au cours de la messe matinale. 
Point commun : la revendication fait état de « soldats » de l’EI. Vous remarquerez au passage le courage manifesté par ces dits soldats !
Dans les deux cas on parle d’acte de guerre car ce genre de mort est inqualifiable. Dans les deux cas encore on entend dire : « Il faut que la vie reprenne le dessus ! ». De la même façon que lorsqu’une personne âgée ou malade meurt, on répète machinalement ce qui pourrait paraître une incongruité : « C’est la vie ! » Il n’est pas interdit, cependant, de se demander : « Mais quelle vie doit reprendre? Celle qui a engendré ces chevaliers de la mort ? Celle qui n’a d’autre issue que quelques poignées de poussière ?»
Deux jours après le dernier attentat, j’entends dans une émission d’une radio nationale un reportage sur les fêtes de Bayonne, vivantes, s’il en est ! Au journaliste un participant répond: « Personne ne nous empêchera de picoler, de baiser et de danser !... on est Français…» Au vu du niveau atteint par cette réflexion solennelle, je ne peux m’empêcher de penser : « Les terroristes de tout poil ont de beaux jours devant eux ! Si, là, réside le sommet de la résistance du Français « vivant » face à la barbarie, on a quelque souci à se faire. »
Et pourtant ce « festayre » local ne fait que prolonger une autre sentence qui est en passe de devenir la règle d’or de notre société : « Profites- en bien ! Profite de la vie… elle est courte… tu n’en as qu’une ». « Profiter de la vie ! » devient le refrain entonné par tout nouveau retraité lorsqu’il est interrogé sur les projets qui sont les siens.
Ici encore, on peut légitimement poser la question : « De quelle vie s’agit-il exactement? »

Il y a deux façons de répondre à la loi universelle de la mort pour la vie. Partant du principe que toutes les espèces vivantes se nourrissent de la vie des autres espèces, et que la mort est nécessaire à toute vie, on peut envisager l’existence humaine comme une lutte pour la vie. D’ailleurs, l’expression courante « gagner sa vie » suppose bien une perte quelque part. La logique de cette lutte veut que le plus fort gagne et comme chacun est en droit de gagner, il en résulterait, si nous n’étions pas dans des Etats de droit, une élimination chronique d’une partie de la société ou de l’humanité et l’épuisement général de la planète. Consciemment ou non, nous baignons dans cette « culture de mort » faite de concurrence, de performance et de constante compétition et finalement de violence. Les salaires indécents de certains dirigeants, les sommes faramineuses versées lors des transferts des joueurs de foot, comme l’affligeante réponse citée plus haut, ne sont que les symptômes, aux deux extrêmes, de cette même culture mortifère.
Il y a une autre façon de considérer sa vie. Elle consiste à la recevoir comme un cadeau que nous avons à rendre et à partager. Il ne s’agit pas de nier la loi universelle de la mort pour la vie mais d’en opérer un radical changement de sens. Regardons comment Jésus a assumé sa vie humaine.  Constatons d’abord qu’Il n’a pas volé sa divinité au Père au terme d’un combat, comme on volait le feu des dieux dans les mythologies anciennes. Il l’a reçue et il s’est efforcé d’accueillir la volonté du Père dans un cœur à cœur avec Lui.  Quand ses adversaires ont voulu l’éliminer, lui ôter la vie, Il ne l’a pas défendue. Pour autant, la mort ne lui a pas volé la vie. Elle était déjà donnée et même par-donnée, donnée par delà le refus. Sa vie n’a été qu’Eucharistie, c’est-à-dire offrande au Père et à ses frères. Vie rendue pour que nous soyons nous-mêmes « eucharistie »…
Ceux qui font de la mort d’autrui, sous toutes ses formes, leur seule raison d’être pourront-ils accéder à ce renversement sans une lumière venue d’en haut ? Raison de plus pour prier aussi pour eux.