21 juin 2019

Bannières et processions





Des chrétiens s’étonnent, et parfois « râlent », de se voir imposer avec une plus ou moins souriante obstination, une liturgie et une parole qui ne correspondent pas à l’expression de leur Foi nourrie de leur expérience. Une génération de jeunes catholiques remplis d’un zèle qui est tout à leur honneur, constatant l’érosion des communautés vieillissantes, bouscule les habitudes acquises. Elle essaie de redonner aux rassemblements paroissiaux leur lustre d’antan. C’est ainsi que bannières, clochettes, dentelles et toute une pieuse brocante reprennent du service. Et les processions, pourquoi pas ! Notre Dieu n’a pas à se cacher. Depuis Abraham, Il « marche avec nous ». Mais Il ne confond pas marche en avant et déambulation publicitaire.


Que répondre à ceux qui redoutent une nouvelle mise au pas de la Foi? Tout d’abord, que les actes et les enseignements de Jésus ne cadraient pas toujours avec les attentes de  son auditoire. Il a même payé cher le prix de l’exaspération qu’il a provoquée. Comme ses contemporains, nous absolutisons et idolâtrons les images que nous nous faisons de Dieu et leur traduction dans nos gestes et nos paroles ! Anciens ou jeunes, personne n’est dispensé de la purification nécessaire apportée par l’Evangile du Christ. Au-delà de l’affrontement de nos courtes idées, ne sommes-nous pas amenés à nous recentrer sur l’essentiel ?


Cet essentiel réside pour tout être humain, dans la question : Dieu existe-t-il ? S’il existe, que savons-nous de Lui, de sa nature et son être propre ? Rien. Rien, si ce n’est qu’Il est Père. Et cela, nous n’aurions jamais pu l’imaginer. Seul Celui qui s’est présenté à nous comme son Fils était autorisé à le dire. Et saurons-nous jamais la portée exacte de ce mot prononcé par le Fils ? Tout le reste, tout ce que nous pensons, tout ce que nous disons et tout ce que nous faisons pour dire Dieu n’est que vague approximation d’un langage humain inadéquat au divin. Ceci ne nous empêche pas, toutefois, de rechercher les mots et les gestes les moins impropres à cette mission. Que la bannière de cet Essentiel prenne la tête de la procession et remette les autres signes à leur place… modeste, relative et donc respectueuse !




31 mai 2019

Utile et mortelle répétition…




Répétition rime avec tradition. Elle est fort utile pour profiter de l’expérience des autres, éviter les hésitations et les essais infructueux. La vie quotidienne est tissée de ces petits gestes appris sur les genoux des générations précédentes et de ces habitudes qui perdurent de mère en fille ou de père en fils, parce qu’il « en est ainsi et pas autrement » !

Elle est encore nécessaire dans l’acquisition de ces réflexes qui règlent la vie en commun  et qui composent un ensemble d’attitudes que l’on appelle la politesse. Son oubli ou son mépris sonne la charge de la vulgarité tyrannique.

La répétition est encore le pain béni des rites religieux. Elle garantit l’authenticité du geste célébré en accord avec son origine historique et divine.

Elle s’avère mortelle dans la vie politique quand les chefs de file des partis rabâchent inlassablement lorsqu’ils sont dans l’opposition, les éléments de langage fielleux et assassins qu’ils entendent eux-mêmes quand ils sont au pouvoir. Comment, ces aboyeurs de l’hémicycle, peuvent-ils ne pas se lasser de ces rengaines, usées jusqu’à la corde, au mépris de l’intelligence de leurs électeurs potentiels.

Mortelle encore la répétition, pour l’Eglise, quand toute réflexion se résume au ressassement convenu de quelques citations des grands penseurs ou des textes du magistère sans les replacer dans leur contexte historique afin d’en extraire l’esprit de la lettre. La répétition tue parce qu’elle pousse à la paresse et qu’elle stérilise toute réflexion personnelle.

Il est sage pour un professeur, un directeur ou un pasteur à qui on confie le soin d’une classe, d’une entreprise ou d’une paroisse nouvelles d’entrer dans le moule ancien. Mais quand les paramètres ont changé en termes de population, de territoire, de culture, ne serait-il pas opportun que tous les acteurs concernés prennent le risque de ne pas renouveler à l’identique le dispositif établi et de le réévaluer à l’aune de l’esprit et non de la lettre ? C’est bien ce que fait un fils ou une fille digne de son père ou de sa mère quand il devient leur héritier….


25 mai 2019

Questions


Personne, je le suppose, n’aimerait se trouver dans la situation de Vincent Lambert, de ses parents et de son épouse. On ne peut que comprendre la souffrance criante d’une maman devant la décision d’accélérer l’inéluctable et de perdre ainsi ce qui est devenu sa raison de vivre. Et comment interpréter le silence de l’épouse qui semble absente de ces débats ? Dans le flot des arguments proférés de part et d’autre, et pas toujours rapportés avec les  nuances requises, le citoyen est plongé dans un abîme de perplexité et croule sous la complexité des questions.

D’abord, pourquoi parler « d’affaire Lambert » et jeter sur la place publique ce qui aurait dû rester dans le domaine réservé de la famille ? Qui a le droit de parler à la place de celui qui ne peut plus le faire quand il « a quitté son père et sa mère pour s’attacher à sa femme… » ?
Pourquoi les médias accolent-ils systématiquement le qualificatif de « catholiques » aux parents Lambert comme s’il n’y avait que les pratiquants de cette religion à penser que la vie ne nous appartient pas totalement?

Quand on entend les propos triomphateurs des avocats et quand on voit les scènes de liesse des « supporters » du camp des « pro vie », on peut se demander si l’on n’a pas atteint un niveau indécent d’instrumentalisation de celui qui est devenu l’otage de deux idéologies opposées.
N’oublie-t-on pas que dans la mort il y a un aspect biologique mais aussi un acte juridique qui constate le décès. Or ce constat n’a jamais été infaillible et a toujours évolué au gré des techniques. Que de morts déclarés tels dans les siècles passés ont été certainement inhumés alors qu’ils étaient dans un état comateux prolongé !

Le principe de précaution brandi à toute occasion semble avoir subitement disparu des écrans !
Quand on met en avant l’accompagnement d’une « mort naturelle » que faut-il entendre par là ? Qu’il soit « naturellement humain » de transporter un blessé à l’article de la mort dans un hôpital personne ne le contestera. Mais n’est-ce pas déjà enfreindre les lois de la nature que de nourrir quelqu’un artificiellement?
Où finit la vie d’un grand handicapé et où commence celle d’une personne en fin de vie ?
Le « cas Lambert » n’est-il pas révélateur du fait que mourir comme vivre n’est jamais un acte privé et que s’est installé dans notre société un déficit énorme de confiance à la fois vis-à-vis des spécialistes qui ont essayé de légiférer au mieux, et vis-à-vis, ce qui est plus grave, de notre entourage immédiat?

Heureux ceux qui voient clair dans cet épais brouillard !

10 mai 2019

« Réparons l’Eglise ». Contribution sans illusion…



Sans illusion, car ayant très longtemps fréquenté les chrétiens et le « personnel ecclésiastique » dont je fais partie, je sais que dans notre Eglise tout peut se dire, tout peut se penser mais au moment de décider et d’agir, nous retombons paresseusement dans la mortelle répétition. Le neuf fait peur !
Sans illusion aussi, car il faut être une voix déjà écoutée ou redoutée pour être entendue.
Sans illusion enfin, car découvrant, après avoir rédigé ma contribution, qu’il fallait remplir un questionnaire préparé par « La Croix » et le « Le Pèlerin », ce texte, qui découragera certains par sa longueur, ne pouvait entrer dans les cases prévues. Tentons tout de même un essai…





Avril 2019-Les nuages s’amoncellent sur la nation française.

Notre pays ne s’aime pas. Il est atteint par une sorte de mal-être général entretenu par des poussées de fièvre « jaune » hebdomadaires et nulle annonce des responsables politiques ne parvient à l’enrayer. Chacun, comme touché par une sorte d’épidémie, ajoute à la liste interminable des revendications son problème particulier  à régler  de toute urgence. Le pays est en colère ; le pays enrage mais pour des raisons souvent opposées.
Pendant ce temps, la Méditerranée avale dans ses abîmes son lot annuel de frères humains. Ils sont souvent jeunes , ils ont pris tous les risques, ils ne demandent qu’à travailler et ils font preuve d’une volonté hors du commun de « s’en sortir » ! Sur la côte, en face, l’Europe a peur ; l’Europe préserve ses avantages acquis.
Au Sri Lanka- mais Colombo est si loin!- les fanatiques font exploser des hôtels et des églises, tuent 300 innocents lors de la fête de Pâques. L’Occident n’est plus le porte drapeau de la civilisation ; l’Occident est honni ; il est haï.

Pâques 2019.La barque de Pierre dans la tourmente .

L’Eglise des hommes n’en finit pas d’étaler ses turpitudes. Des soutes du Vatican, des greniers des évêchés, on extirpe prédateurs sexuels et chapes de silence complice. Sur tous les continents, les responsables tremblent, les chrétiens abasourdis se terrent. Le soupçon plane sur les congrégations. L’Eglise, depuis toujours accusée et condamnée par le monde, achève la besogne ; elle se détruit elle-même.
Plus sournoisement et depuis des décennies, une faille profonde s’élargit sur sa façade. Une génération sans peur et sans reproche se lève et prend ostensiblement le contre-pied de la précédente. Enfin, voici revenus les jours de la fierté et de la conquête. Certains s’en réjouissent, nombreux sont ceux qui  s’étonnent, d’autres encore s’éloignent sans bruit.
Mieux encore ! D’éminentes figures, tout en se couvrant du manteau de la tradition et de  la conformité à l’enseignement du magistère, laissent entendre que François n’est pas à la hauteur de  sa tâche et se répandent en « compléments » salutaires de la pensée papale. Le fidèle paroissien s’inquiète, se cramponne et craint.
Notre-Dame de France flambe. La flèche qui dirigeait les yeux du passant vers le ciel est tombée. Le regard fixe désormais un trou béant et un amas de poutres calcinées. La Croix, étrangement, reflète une lumière dorée, l’autel endommagé est préservé, la mère et l’enfant n’ont pas bougé. La croix, l’autel et la mère peuvent engendrer une Eglise nouvelle, même s’il lui suffit d’une petite chapelle pour s’abriter. Notre-Dame sera rebâtie sur ses deux tours ; l’Eglise, sur l’autel, et la croix éclairée par le feu de la Parole et de l’Esprit Vivant. Faut-il reconstruire à l’identique ? Les avis divergent.

Au poste de vigie.

Dans ce temps après la Pâque, la liturgie nous fait lire l’Apocalypse. L’auteur, déporté et échoué à Patmos - déjà la Méditerranée !-, contemple l’Eglise de son temps. Elle est pourchassée par le pouvoir impérial et affaiblie par des dissensions internes graves. Dans l’épreuve de l’exil, il cherche à voir ce qui « doit arriver bientôt ». C’était, déjà, la tâche des grands prophètes de la déportation à Babylone et contrairement à toute attente Isaïe ne veut plus compter sur le passé :  « Ne vous souvenez pas d’autrefois, ne songez plus aux choses anciennes. Voici que je vais faire du nouveau qui déjà paraît, ne l’apercevez-vous pas ? » Is 43,19. Au creux de l’épreuve actuelle, le visionnaire de Patmos  et celui du « Trois fois Saint »  nous invitent à la nouveauté. Quant aux Actes des Apôtres, ils viennent opportunément réveiller la mémoire de la première annonce à la fois bonne et nouvelle.

Le panorama.
Des valeurs affichées.

Cet impératif de voir large et loin, n’empêche pas de porter un regard lucide sur la situation actuelle de l’Eglise de France à partir d’un territoire particulier.
Il nous faut d’abord reconnaître que la majorité de nos contemporains adorent une trinité qui a pour noms : le bien-être individuel, le profit sous toutes  ses formes et l’opinion publique devant laquelle on plie le genou. Ces dieux se déclinent sous toutes les appellations ; ils donnent l’énergie et l’envie de vivre comme ils sont le prétexte de tous les esclavages. Ils ne sont pas à jeter à priori aux enfers car ils nous disent quelque chose du désir de l’homme et de la réussite à laquelle il aspire. Cette religion adoptée par le plus grand nombre n’empêche pas de croire à « certaines valeurs » dont plusieurs sont issues du christianisme, si l’on est assez honnête pour le reconnaître. Depuis la publication de  « Laudato Si », il existe même des courants écologistes qui relisent le livre de la Genèse avec un autre œil ! Ainsi, tout en revendiquant une incroyance pratique, peut-on se dire « culturellement chrétien », surtout si l’on appartient à la génération antérieure aux années 70.

Une croyance résiduelle.

Parmi tous les adorateurs de cette trinité, beaucoup se disent « croyants » en quelque chose ou quelqu’un d’autre. Se dire « croyant » aujourd’hui ne suscite pas la dérision et le mépris, comme il était de coutume lorsqu’un marxisme larvé imprégnait les esprits. Cette « croyance », déclarée sans fausse pudeur, prend toutes les couleurs de l’arc en ciel religieux. Le Dieu auquel on se réfère se confond avec une puissance anonyme qui dépasse le pouvoir de l’homme et à laquelle on recourt lorsqu’on se sent dépassé par les évènements.

Dans la Laïcité de l’Etat.

D’autres croyants se réfèrent à un Dieu bien déterminé. Musulmans, Juifs, adeptes de religions orientales et autres chrétiens essaient de trouver leur place dans un Etat Français officiellement laïque. Mais la référence en matière de relations entre le politique et le religieux reste celle qui s’est instaurée avec l’Eglise catholique.


La communauté catholique.

Elle semble être traversée par deux options. L’une est tentée par la sélection rigoureuse, l’autre par l’admission sur la base d’un minimum requis. Héritière d’une société majoritairement chrétienne en apparence, la génération du Concile s’est épuisée à vouloir évangéliser et ceux du dedans et ceux du dehors. Résultat : une grande masse d’indifférents, une frange de sympathisants qui conservent une image favorable et un noyau de pratiquants plus ou moins épisodiques. Mais au vu des antécédents sociaux et culturels, on facilite autant que faire se peut, l’admission de ces « intermittents » des fêtes rituelles. Les sondages ont d’ailleurs élargi le terme de « pratiquant » à une fréquentation plus épisodique que celle de la messe du dimanche.  Les campagnes, réputées pour leur attachement à la Foi des ancêtres, voient se développer chez elles une sorte de conservation patrimoniale de quelques rites détachés d’un Credo que l’on a de la peine à murmurer. Le risque se profile d’une dissolution générale, à court terme, dans un « droitdel’hommisme » devenu la religion des bien-pensants modernes.
Au vu de la désertion des églises, l’autre option choisit de favoriser l’émergence de baptisés « purs-bio » répondant à toutes les normes d’un catholicisme dûment estampillé. Finies les préparations aux sacrements jugées par trop légères, les cérémonies qui adaptaient le rite aux circonstances, les initiatives des laïcs qui ne portent pas le label du curé ! Finies les compromissions avec un monde dont le péché est désormais clairement désigné !Une Eglise de catholiques visible, bien cadrée dans ses options, « droite dans ses baskets », rebâtie à l’identique de celle d’un pays de chrétienté, sera plus attirante pour tous ceux qui sont en quête d’une spiritualité  sans concession faite aux valeurs séculières. Les effets de ce choix se font déjà sentir dans des communautés chaleureuses, plus jeunes, n’hésitant pas à afficher leurs convictions sur les places publiques et à inventer de nouveaux services aux plus démunis. Comme on pouvait s’y attendre, cette nouvelle posture suscite des oppositions et des réprobations tout aussi nettes et sans nuances. Ce durcissement ne risque-t-il pas de favoriser une sélection de plus en plus rigoureuse et un  repli  identitaire encore plus marqué ?
Ainsi, deux Eglises coexistent tant bien que mal. Celle des « intermittents », plus accessible mais plus molle; et celle des « purs »,  plus élitiste et plus sélectionnée. 
Ni l’une, ni l’autre n’ont d’avenir pour la simple raison que  le monde de référence de l’une comme de l’autre n’existe plus. L’une vivait sur les braises d’une vieille chrétienté que le Concile avait justement ravivées. L’autre rêve d’un retour à une chrétienté « relookée » comme si la terre était déjà le cadre du Royaume de Dieu. Certes, il nous a été promis mais nous n’en sommes que des veilleurs, à l’affut des signes de son approche, et tout au plus, les initiateurs de timides esquisses.

C’est pourquoi il nous faut, plus que jamais, comme Isaïe et le Jean de l’Apocalypse être des guetteurs de l’aube.

Réparer, reconstruire ou régénérer ?

Au chevet de Notre-Dame carbonisée, les experts en restauration patrimoniale, en architecture dite sacrée et en  monuments mémoriels nationaux
commencent à rassembler leurs troupes pour entamer la bataille de l’identique ou du simili vrai.
Il en est de même quand on parle de reconstruire l’Eglise des hommes. La tentation est grande  d’attiser les querelles entre les tenants de la vraie tradition et les supposés déviants ; de prendre parti pour telle ou telle coterie favorisant nos présupposés idéologiques ; de monter des écuries : « j’appartiens à celle de Jean-Paul II, de Benoît XVI, de François, » comme s’il ne suffisait pas d’être de celle du Christ !! de résister avec la rage du désespoir, quitte à ce que la tranchée devienne un tombeau ; et surtout il n’est pas rare d’entendre s’élever les chants de lamentation sur l’état de ce monde  dévoyé qui n’accumule que des ruines.
Se battre pour savoir s’il faut  reconstruire l’Eglise  sur le modèle conciliaire essoufflé ou sur le schéma rêvé d’une restauration à l’identique est totalement vain. Ce débat n’est qu’un combat de myopes.
On ne fait pas grimper sur la nacelle de la vigie celui qui ne voit pas loin et qui ne distingue pas les faibles lueurs incertaines de l’aube que nous offre ce monde qui est le nôtre et celui de Dieu.
Si cette analyse, certes brossée à gros traits - et à laquelle on peut apporter toutes les nuances que l’on estime nécessaires en fonction des situations particulières, - reflète quelque peu la réalité, alors, n’espérons plus une reconstruction à l’identique, encore moins une rénovation selon les techniques modernes mais jetons les bases d’une régénération ( une re-genèse) totale de l’Eglise.

Comment ?

En libérant la parole et l’Esprit qui habite tous les baptisés. Mais nous ne sommes pas des « gilets jaunes ». Nous avons un passé, un savoir-faire et surtout un « cahier des charges », l’Evangile.
Demandons à notre Pape (par un référendum d’initiative des baptisés ?) d’ouvrir un Concile universel de tous les catholiques en décrétant une sorte d’année blanche durant laquelle, tous les dimanches,  les célébrations, selon des modalités à préciser, débuteraient par une écoute de  ce que nous dit le monde car la première parole de Dieu qui  est offerte aux hommes, chrétiens y compris, est celle du monde créé par Lui.
Par ses découvertes scientifiques sur le vivant et sur l’univers, par ses réseaux de communication qui relient chaque individu au monde entier, par ses flots migratoires qui frappent à nos portes, par ses cultures qui s’entrecroisent pour le meilleur et pour le pire, par la violence qui explose sans guerre ouverte, par ses changements climatiques et par cette exploitation inconsciente de la planète, Dieu nous parle. Mais Il nous parle aussi par tous ceux et celles sans lesquels la vie n’aurait pas de sel. Par le rire ingénu de l’enfant, la confidence de l’adolescent, l’engagement dans une association qui retisse du lien social ; par la vieille amie qui vous parle de son chat, par  le maire qui veut  rendre son tablier, par tout ce qui fait la grande histoire quotidienne des labeurs et des peines, celle sans laquelle l’autre histoire, celle des livres n’existerait pas. Dieu nous parle et le monde est l’écho de sa parole.

Surprises et nouveautés.

Cette parole du monde partagée, pourrait interroger celle des baptisés nourrie par le message évangélique. Et ainsi petit à petit, la confrontation du « texte » des hommes et de celui de Dieu, amènerait les baptisés à inventer une autre façon de vivre en Eglise de Jésus Christ. Et sans attendre les votes définitifs, que tout ce qui pourrait être tenté au nom de la triple responsabilité du baptisé puisse l’être. Il est prêtre dans l’acte de la prière ; il est prophète dans la transmission du message évangélique ; il est roi/serviteur de ses frères dans son engagement pour une société plus humaine. Rien de ce qui fait l’Eglise que nous avons connue ne serait retenu sans être passé au crible de cette refondation radicale et générale.
Cette expérience, organisée par une représentation de tous les baptisés, pourrait avoir pour cadre les diocèses afin d’en faciliter l’expression et l’exploitation. Les conclusions pourraient en être tirées, par la suite, à la fois au niveau des nations mais aussi sur celui d’un continent. Toutes les institutions de l’Eglise seraient soumises à cet exercice y compris les prêtres, les congrégations religieuses, les évêques et le Vatican lui-même.

Si l’ensemble des catholiques consent
-    à contempler le monde avec les yeux du Fils de l’Homme,
-    à lire en parallèle la parole de Dieu,
-    et à  pratiquer une sorte d’endoscopie de nos institutions ecclésiales, alors nous risquons de connaître d’heureuses surprises.

Que nous dit Dieu par le monde qui est le nôtre ?
Que nous dit-il par la Parole des commencements que nous a transmise l’Eglise ?
Que nous faut-il émonder de nos comportements et de nos structures sclérosées ?
Quels sont les germes qu’il  nous faut laisser régénérer par l’Esprit toujours vivant?
Tel pourrait être le programme de cette nouvelle Pentecôte que les guetteurs de l’aube attendent et préparent déjà, en dégageant des ruines la Croix lumineuse, l’autel, la mère et l’Enfant. 





20 avril 2019

Vendredi vers 15h

  
Environ trente ans après le début de notre ère, le 7 avril  vers 15h, Jésus de Nazareth pousse un cri et meurt. Conspué par ces courageux, qui profitent du nombre pour fondre leur lâcheté dans l’imbécile  cruauté de la foule, couvert de sang, de crachats et de cris, il a titubé longtemps entre les murs de la haine. Il a traîné le fardeau des souffrances et de la violence du monde hors de la ville. Cloué au gibet, dans un dernier spasme, étouffé sous son poids, il a rendu l’esprit.
Et voilà qu’un énorme ricanement secoue la butte du Golgotha. Les forces du Mal conjuguées pour l’occasion en une alliance improbable jubilent. Celui qui, par sa parole et par ses actes, donnait aux hommes le goût de redessiner l’image de Dieu sur leur visage, Celui qui libérait en eux l’Esprit divin entravé par le péché, Celui qui voulait ouvrir leurs mains au partage et leur cœur au pardon, Celui qui leur donnait l’espérance de vivre sans fin d’amour, Celui-là était bien mort !


Et les femmes pleuraient, elles, qui l’avaient soutenu, aidé et aimé…
Et les autres, ses compagnons, taisaient leur stupeur. « Comment Celui qui répandait autour de lui la Vie de Dieu pouvait-il plier devant la loi commune de la mort ?»
Et les ténèbres couvraient la terre ; l’étoile qui l’avait annoncé dans le ciel de Bethléem et qui scintillait dans les yeux des aveugles guéris s’était éteinte...morte elle aussi !


Environ 1990 ans après, en ce Vendredi voilé, les victimes des prédateurs traînent leur croix ou hurlent leur douleur. Les disciples taisent leur honte, pleurent et ne peuvent y croire… La nef est dévastée, la voûte effondrée, la croix brisée, au-dessus du clocher le ciel reste fermé.
L’écho de l’énorme ricanement déferle sur les ondes et les écrans : « Elle est morte, enfin, cette supercherie effroyable qu’on appelle l’Eglise et qui, depuis 2000 ans, tenait les hommes sous ses griffes hideuses. L’Homme peut enfin se faire Dieu… sans Lui et sans elle ! »


« Ils le déposèrent dans un tombeau creusé dans le roc. » Entre, avec lui et avec tous les crucifiés de cette terre, descends et attends. L’Esprit peut encore soulever les montagnes…



NB : Cette chronique a été rédigée avant l’incendie de Notre-Dame.

17 avril 2019

Notre-Dame !



Ave Maria

De tout le vocabulaire disponible pour dire la stupéfaction, il ne restait plus une parole à la disposition de celui ou celle qui voulait exprimer un sentiment personnel. Tout avait été dit. Ne restait que le silence. Un Français, croyant, catholique de surcroît, ne pouvait contempler le spectacle de la Cathédrale en feu que les larmes aux yeux. Huit cents ans de génie, de travail, de beauté ; des siècles d’histoire de la France, de malheurs et de sursauts, d’abandons et de relèvements ; des millions de vœux, de souhaits silencieux, de souvenirs personnels posés sur ces pierres, cachés dans le creux des volutes  de ce réceptacle géant étaient partis en fumée. Après le temps de la consternation, un croyant nourri de la Bible, qui sait que tout est Parole, se demande : « Quel signe nous est donné ? » Il se souvient, en effet, que les amis de Dieu des deux alliances se posaient souvent cette même question à l’instar du fameux Gédéon : « Donne-moi un signe que c’est toi qui me parles »  Jg 6,17 Jésus lui-même, interrogé par ses compatriotes, répondait par le « signe de Jonas ».

La toiture de la cathédrale composée de plaques de plomb a fondu. « La forêt » de chênes millénaires qui constituaient sa charpente est calcinée. Seule la structure de pierre, au dire des spécialistes, a résisté mais elle est certainement fragilisée. Des richesses de décoration et d’ornementation sont endommagées durablement. La restauration ne pourra jamais nous restituer l’édifice en son état. Symbole éloquent, l’autel et la croix sont demeurés intacts.

Les prêtres responsables de cette paroisse-mère ont bien fait remarquer que l’Eglise ne se réduisait pas à des monuments de pierre pour aussi beaux et emblématiques qu’ils soient mais qu’elle était faite de « pierres vivantes », comme le faisait déjà remarquer saint Pierre dans l’une de ces lettres. Le Christ Lui-même n’avait-il pas laissé entendre que la splendeur du temple de Jérusalem pouvait être détruite par les armées impériales, Il était Lui, le nouveau temple qui abritait la présence de Dieu ?
Il n’empêche qu’affronté à la tempête qui s’abat sur la barque de Pierre, le matelot est en droit de se poser des questions. L’Eglise peuple de croyants n’est-elle pas en train de vivre de l’intérieur le drame qui a meurtri le vaisseau de pierre de Paris ? La couverture solide que le mariage du bois et du plomb des théologies avait rendu imperméable aux intempéries et aux secousses de l’histoire, n’est-elle pas en train de fondre ? La structure elle-même de la tradition vivante deux fois millénaire, n’est-elle pas fissurée ? L’enchevêtrement des institutions et des congrégations, n’alimente-t-il pas le brasier ? La solidité des piliers et des arcs-boutants qui s’appuyaient sur un monde rassurant, n’est-elle pas ébranlée par un univers nouveau qui fascine autant qu’il effraie ? L’incendie de Notre-Dame marque douloureusement la fin d’une époque et ouvre le début d’une autre.
En effet, il est question de reconstruction. Des fonds sont déjà collectés pour ce faire. Des appels se font jour pour alerter tout ce que la France et le monde peuvent abriter de spécialistes talentueux en rénovation des chefs- d’œuvre anciens. Ce gigantesque chantier nous redonnera-t-il une Notre-Dame à l’identique ? A la vue des anciennes restaurations, il faut croire que non. On utilisera des matériaux plus résistants et plus légers et tout un savoir-faire nouveau pour édifier sur les mêmes fondements ( l’autel du pain partagé et la croix de l’amour livré), une architecture nouvelle animée par le même Esprit.
L’Eglise des hommes renaîtra ; elle aussi, elle passera son triangle des Bermudes. Son esquif sera allégé, sa structure modifiée, ses fondements eux-mêmes revisités.
Et pour inaugurer cette rénovation espérée, je vois Barbara Hendricks à la demande de l’archevêque de Paris et devant tout le peuple de la capitale, chanter un splendide Ave Maria sur  le parvis ouvert au chantier. Mais parvenue au « pecatoribus », elle s’agenouillera…

Notre Dame, ayez pitié, soyez encore la mère d’une Eglise de nouveaux enfants de Dieu !!

06 avril 2019

Confusions… Attention !Danger !



Lecteur ou lectrice, si tu penses qu’un célibataire et de surcroît prêtre n’a rien à dire ni rien à demander à la gent féminine, tu peux jeter ces mots dans la corbeille. Si tu crois que le même individu est disqualifié quand il parle de l’Église car obligatoirement défenseur acharné de l’institution, fais de même. Si l’on peut aborder des sujets sensibles, même par un biais anecdotique, sans éveiller aussitôt le soupçon d’un retour à l’obscurantisme moyenâgeux ou, au contraire, sans être accusé de démolir les valeurs éternelles, alors poursuis la lecture et laisse-moi le droit de me poser quelques questions impertinentes.


J’ai causé, ces jours-ci, malgré moi, une certaine effervescence dans le public d’un colloque lorsque j’ai cité le philosophe Bertrand Vergely qui mettait en garde contre un féminisme réduit à la seule revendication d’un égalitarisme des genres. La discussion s’est poursuivie pendant le repas en se focalisant sur le mot « fraternité » de notre devise républicaine.
- « Ne faudrait-il pas changer ce vocable qui fait la part belle aux « frères » au détriment des « sœurs » ?
Pourquoi ne pas le remplacer par « solidarité » ?
J’ai presque failli lâcher : « et pourquoi pas tout bonnement inscrire la charité » !  Mais quel gros mot par les temps qui courent! Trois syllabes toutes gluantes de cette condescendance envers les pauvres qu’il vaut mieux à tout prendre ignorer que mépriser! Je me suis donc abstenu, tout en m’étonnant que personne ne relève que les trois paroles de la devise  écrites au féminin  pouvaient laisser penser que la moitié masculine des français n’était pas concernée.


Les mots ont tous une charge symbolique et le langage qui combine ces symboles est régi par des codes communément admis. « Fraternité » laisse entendre « fratrie » qui, elle, est composée de frères et de sœurs. Mais la « fratrie » suppose un père ou une mère, ce qui ne s’impose pas à la solidarité. Elle laisse entendre une verticalité qui n’est pas indispensable à la solidarité. Mais faut-il exclure toute verticalité sous prétexte que le pouvoir vertical est aujourd’hui haï ?
Faire en sorte que la langue ne soit pas ressentie comme exclusive demandera une longue pratique et bien des ajustements. Aussi la tentation est de rapidement la « neutraliser ». Masculin et féminin fondus dans un neutre et dans la confusion! Nous avons beau insister, le réel résiste sauf à confondre, ici aussi, les mots et la réalité. Il y a un ciel et une terre, un soleil et une lune, l’eau et le feu, la nuit et le jour, l’homme et la femme. Maternité et paternité ne seront jamais dans l’équivalence ou dans la neutralité. Le vieux sage biblique l’avait déjà compris, lui qui considérait que « les choses vont deux par deux, en vis-à-vis, et qu’il n’y a rien de déficient. Une chose souligne l’excellence de l’autre, qui pourrait se passer de contempler la gloire du Seigneur ? » Sir 42,24.


Peu de temps après cette rencontre conviviale, je tombe sur la recension  d’un livre recommandé par une revue catholique. Je cite : « L’auteur est un partisan  résolu de la cité chrétienne. L’Église et l’État ne seront plus séparés, une telle séparation étouffant la vie de la grâce. La chrétienté n’est pas un mythe historique. Sa restauration est notre objectif. » (1)
 Ici, on relève non pas une confusion des mots mais des pouvoirs. Je suis assez âgé pour avoir connu certains de ces prélats qui n’auraient pas dédaigné le titre de « Prince de l’Église » et qui auraient fait bonne figure dans quelque salon de la cour royale. Avaient-ils rêvé d’une destinée semblable à celles de Richelieu ou de Mazarin ? Ils apparaissaient toutefois comme des organes témoins d’un passé révolu. Et voilà qu’aujourd’hui une partie de notre Église se réveille, nostalgique de ce bon vieux temps où confusion et collusion faisaient bon ménage dans une cité dite chrétienne, idéale  pour certains mais pas pour tous. Benoît XVI fait une analyse de cette éternelle tentation « d’asseoir la foi par le pouvoir » à propos du messianisme de Barabbas opposé à celui de Jésus (2).
J’ai connu également ces prêtres qui, dans un élan de générosité, avaient épousé la classe ouvrière au point de remplacer le « Je suis chrétien, voilà ma gloire ! » par l’Internationale et dont les invectives verbales et les postures radicales étonnaient même leurs camarades syndiqués ! Le patron avait remplacé le démon ! Ici aussi, confusion des rôles et des spécificités.


Il semblerait  que ces propos de table  et ces situations ecclésiales n’aient aucun rapport entre eux. Je n’en suis pas sûr. Quand la confusion brouille les mots et les rôles, quand elle mélange les genres et les pouvoirs, quand elle trouble les esprits, elle installe silencieusement le lit de ceux qui attendent l’heure favorable pour imposer leur ordre salutaire. N’oublions pas qu’à l’origine, nous dit-on, un certain Satan avait semé la confusion dans l’esprit de  l’être humain en lui faisant croire qu’il pouvait être Dieu ! « Sacrée » confusion !


Alors, mes sœurs, oui à l’égalité homme-femme et de considération et de salaire; oui à la parité quand elle n’est pas simple affichage ; oui à une langue non méprisante. Mais tout en revendiquant cela, préservez avant tout votre mystère féminin. Vous n’êtes pas de simples éprouvettes d’un laboratoire des sciences du vivant ni les clones des hommes au féminin. Vous portez la vie, vous la « couvez » et vous l’offrez au monde. En cela, le féminin l’emportera toujours sur le masculin.
Quant à vous, mes frères chrétiens qui rêvez d’un monde  unifié sous le pouvoir divin, respectez justement l’œuvre de Dieu. Lui aussi a jeté la confusion mais c’était dans l’entreprise prométhéenne de  Babel. A l’inverse du Satan du jardin de la Genèse, Il a voulu une humanité riche et belle de sa diversité de langues, de cultures et de croyances. Babel n’est pas la cité sainte, elle est l’anti Règne de Dieu.
Dans le brouillard qui noie les formes du réel, Esprit Saint donne-nous de savoir discerner !


(1) Notre Église N° 102 page 33
(2 Benoît XVI Jésus de Nazareth 1ère Partie p 59-61 Flammarion 2007