15 janvier 2026

« Réparation » (1)

 Nous sommes les témoins quotidiens des graves dysfonctionnements qui affectent notre société. Pas une conversation qui ne s’achève sur une plainte dépitée ainsi formulée : « Ce monde devient invivable ! Et ce n’est pas la peine de compter sur nos gouvernants qui se complaisent à nous offrir un spectacle affligeant d’irresponsabilité et de partisannerie rare ! »
Si l’évêque d’Ajaccio avait ajouté un « s » au titre de son ouvrage, les passionnés d’automobiles ou de vieilles pierres auraient pu croire qu’il avait ouvert un garage ou une entreprise de BTP sur l’île de beauté. Ce n’est pas tout à fait le cas. C’est la société tout entière qui, d’après lui, se délite et qui a besoin non seulement d’une rénovation mais d’une reconstruction.
Pour ce faire, il consacre toute la première partie de son ouvrage à un diagnostic sans concession de l’état des lieux. Tout y passe et entre autres : « la méfiance » généralisée, l’accusation gratuite, le soupçon à priori, « le sadisme médiatique », « l’individu roi », « le goût amer des polémiques sans fin ».  Le vocabulaire ne lui fait jamais défaut pour mettre des mots sur les maux pernicieux qui affligent notre vie relationnelle.
Pour compléter ces propos, un détour par l’ouvrage d’Olivier Roy « L’aplatissement du monde » aux éditons du Seuil peut s’avérer utile. L’auteur nous explique que la crise sociale actuelle découle de la disparition des bases de la culture commune remplacée par une inflation de codes lisibles uniquement par les initiés de la tribu.
Après cette échographie en profondeur vient le temps de dégager les points d’appuis sur lesquels il faudra rebâtir. Et le Cardinal Bustillo, reprenant peut-être les méthodes apologétiques, souligne chez les plus jeunes un « désir d’habiter autrement le monde », « le retour de la quête intérieure », « une autre manière d’exister ».
Enfin, il ose prononcer des mots qui semblaient enfouis à jamais par les « maîtres du soupçon » dans les limbes d’une humanité immature : « la foi qui relève », l’indulgence, la miséricorde, l’innocence sans naïveté, le pardon, le silence comme « acte de résistance », la bénédiction qui étonne et crée du neuf. A chacun de reprendre ces outils en main !
 
(1) Cardinal François Bustillo « Réparation » ed Fayard



01 janvier 2026

Nouvelle ère ou nouvel an?

 A défaut de voir pointer le jour éclatant d’une ère nouvelle, nos vœux annuels s’inscrivent dans le cortège d’un avenir meilleur espéré. Nous nous étions habitués à trancher l’histoire en deux parts inégales: avant et après Jésus Christ. Manifestement, cette référence religieuse, de nos jours, devient gênante. Il est fréquent d’entendre parler désormais de « l’ère actuelle » ou bien de « notre ère » avec un possessif quelque peu prétentieux! Une liste électorale n’hésite pas à se présenter sous le titre «  Nouvelle Ere».  Excusez du peu !


Il faut cependant reconnaître que contrairement aux années précédentes qui englobaient « Noël » dans un vague « Bonnes fêtes », on lit et on entend parler de la « magie de Noël » dans les médias! Encore un petit effort, mesdames et messieurs les journalistes et la « nativité du Christ » trouvera un strapontin dans le théâtre de fin d’année !


 Nos aïeux qui ont maîtrisé le feu ou découvert l’imprimerie ont cru, en leur temps, ouvrir cette ère nouvelle. Et il en a été de même chaque fois que l’invention d’une technique ou qu’un changement de régime politique a révolutionné notre quotidien : scission de l’atome, premier pas sur la lune etc… Malheureusement, le paradis terrestre se fait toujours attendre et un fonds de déception embourbe de plus en plus tout espoir renaissant. Mais cette fois nous y sommes : L’IA nous fera changer d’ère ! 
Alors pourquoi persister à faire tourner la terre autour du berceau de la crèche de Bethléem ?
Il y a plus de 2000 ans, le monde était religieux et l’on attendait tout des dieux. Ils habitaient les hauteurs des cieux et imposaient leurs lois ou leurs caprices à la terre. Ils communiquaient avec elle grâce à des subordonnés : anges, archanges ou autres messagers. Le monde des dieux ne pouvait pas se compromettre avec celui des humains ! Or voici qu’un enfant qui, à cette époque, ne comptait guère et n’était qu’un appendice de son père, un enfant futur charpentier, vient nous dévoiler son identité divine ! La vision du monde en est renversée. Les évangélistes ne s’y sont pas trompés. Ils ont présenté la venue du Christ selon deux « généalogies »  qu’ils ont appelé « Genèse », le mot même qui débute la création du monde dans le premier livre de la Bible. Il s’agit bien pour eux du commencement d’un monde nouveau. 
 

On attendait d’en haut les interventions des puissances divines et voici qu’il faut regarder en bas, au ras d’une mangeoire obscure! Désormais le monde ne cherche plus son salut chez les dieux des cieux ou chez leurs représentants humains (les divins pharaons ou empereurs) mais dans le sourire d’un nourrisson entouré d’un père et d’une mère d’emprunt, de bergers malodorants et de voyageurs de passage. Le monde bascule sur ses bases. L’histoire ne s’écrit plus en termes de victoires guerrières, de puissance économique, de frénésie monétaire et de gloire médiatique mais à l’encre d’un quotidien sans gloire, de la fragilité éprouvée, de la fraternité désarmée, du pardon accordé. C’est là que Dieu se tient et nous attend. L’ère nouvelle n’est pas pour demain, elle est pour aujourd’hui ! Alors à toi l’ami, le lecteur : « heureuse ère nouvelle »!