10 janvier 2019

France, qu’as-tu fait de l’espérance ?



Pendant que se déroulaient les « fêtes de fin d’année » pour employer le vocabulaire le moins irritant  possible aux oreilles religieusement sensibles, il régnait sur notre pays un climat d’insatisfaction mêlé d’inquiétude qui dure encore. Il semble que personne ne soit satisfait de son sort ; les uns à juste titre, les autres par contamination d’une sorte de fièvre jaune.
En effet, lorsque des motards à l’assurance, pour ne pas dire à l’arrogance, cylindrée et chromée ouvrent la marche du cortège alors qu’ils possèdent pour la plupart une voiture dans leur garage et qu’ils se servent de leur engin pour balader leurs gaz d’échappement, le week-end, sur les routes de nos campagnes, on est en droit d’être un peu étonné !! Mais passons sur les contradictions inhérentes à toutes les éruptions de colère.
Quant à la focalisation de la rage et de la haine sur la personne du Président de la République, elle illustre parfaitement la théorie du bouc émissaire développée par René Girard. Pour le philosophe académicien, la violence est le fruit du désir mimétique. Chacun désirant le même objet que les autres la lutte fratricide ne peut cesser que par la désignation d’un bouc émissaire et par son sacrifice rituel. Le bûcher est en place, il ne manque que l’allumette !

Les théories explicatives sont nécessaires mais pas suffisantes. Ce mouvement de contestation générale, qui remonte fort loin, n’est-il pas, avant tout, le résultat  d’une panne totale d’espérance ? Le 20ème siècle avait connu ces idéologies marxistes ou libérales qui promettaient un avenir meilleur. Le « matérialisme historique » et le « libéralisme progressiste » (tout aussi matérialiste) imprégnaient les esprits et se partageaient le monde. Chacun à sa façon ouvrait l’activité humaine sur un au-delà du présent. Mais les citoyens se sont aperçus que les résultats promis n’étaient pas à la hauteur des efforts consentis. Ils ont alors tourné le dos et à « l’historique » et au « progressiste» : il n’est plus resté que le matérialisme à l’état brut et sans but.
Le seul au-delà  qui résistait encore et qui pouvait mobiliser les familles était celui d’assurer un avenir à ses enfants. Or cet au-delà s’est, lui aussi, envolé.
Quand l’horizon d’une vie est bouché par la mort, quand la terre n’offre plus aucune perspective commune aux sociétés, et quand on a vidé le ciel de tout divin, seule compte la vie présente et par conséquent la lutte sourde ou déchaînée pour vivre le mieux et le plus longtemps possible. Il n’est pas étonnant que le mot d’ordre général exige de profiter, sans mesure, du temps qui reste à vivre.  Comme chacun a bien intégré le message et n’a aucune raison de ne pas s’arroger la meilleure part du gâteau, le riche comme le pauvre se sent lésé et mal-heureux.

Nous sommes conscients que la promesse d’un au-delà de la terre a justifié  et encouragé nombre de situations d’injustice institutionnalisée. Il n’en est pas moins urgent de retrouver une espérance, un au-delà de l’espoir, qui réponde à la fois aux besoins légitimes de cette vie et au désir d’infini qui palpite au cœur de tout homme. Sans cela, le contentement des fins de mois, doublé par le creusement coupable des inégalités, accélérera la fin d’un monde épuisé. On ne répondra pas à une crise spirituelle par de simples ajustements du pouvoir d’achat ou par l’annulation de taxes. C’est bien une réponse politique, au sens noble du terme, qu’attendent nos concitoyens. Mais lorsqu’on a une vision exclusivement marchande et comptable de la vie et qu’on jette un discrédit  systématique sur toute forme de spiritualité en l’étouffant dans la sphère strictement privée, ne nous étonnons pas que la fièvre reprenne de plus belle. Nos dirigeants feraient bien de s’en souvenir et d’écouter aussi les messagers d’espérance, disciples de Celui dont la croix ornait nos carrefours à défaut de ronds-points, de Celui qui n’avait pas « gagné plus » mais qui avait tout reçu en donnant tout !





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