10 février 2016



Sébastien Ihidoy.

Dans chaque Basque sommeille un rêve d’Amérique. En fait, c’est en Sibérie que partit Sébastien quand, jeune prêtre, il rejoignit une équipe de volontaires de la mission de France. La Sibérie, c’est ainsi que les prêtres en attente de nomination désignaient, en plaisantant, le Vic Bilh béarnais, redouté comme réfractaire à l’évangile et tellement éloigné de Bayonne. C’était l’époque où les paysans essayaient d’implanter le fameux maïs américain plus généreux mais plus gourmand en eau et en systèmes d’irrigation que les autres productions. Il fallait pour cela opérer une véritable révolution des esprits et les militants de l’action catholique, accompagnés par ces prêtres, y participèrent et prirent amplement leurs responsabilités. Pour relever le défi de l’évangélisation de cet âge nouveau qui s’ouvrait pour les campagnes, ces prêtres s’investirent sans compter y compris dans l’aide au travail journalier où la sueur et la peine partagée prolongeaient l’homélie et la catéchèse. Encore récemment, lors d’obsèques que je célébrais dans cette région, on me rappelait la place prise par l’abbé Ihidoy dans cette proximité recherchée avec ceux qui s’étaient éloignés de l’Eglise. Pas d’évangélisation sans proximité et solidarité éprouvées. La nouvelle évangélisation actuelle n’échappera pas à ce temps de l’incarnation nécessaire.
Quittons les coteaux ondulés de Lembeye où a pris naissance la légende Ihidoyenne pour affronter la cité des remparts.

C’est à Navarrenx que l’Europe est venue à lui. Après avoir patiemment labouré les six villages de sa paroisse, établi une relation personnelle avec beaucoup de ses paroissiens, étonné bien des jeunes par ses exploits sur le fronton, animé une rubrique sur une radio cantonale, notre curé pensait peut-être récolter paisiblement le fruit de ses multiples contacts personnels dans lesquels il excellait. « Moi, je te rassemble des jeunes ruraux, me dit-il un jour; toi tu te charges de les accompagner dans la réflexion » ainsi est née grâce à lui, l’Ifocap-Adour qui a aidé à l’éclosion d’acteurs et responsables actuels de cette petite région.
Oui, c’est bien l’Europe qui est venue frapper à sa porte sous la forme de ces cohortes de pèlerins de St Jacques qui trouvèrent chez lui, tous les soirs, gîte, soupe et cœur ouvert.  Son presbytère, qui était loin d’être conforme aux normes d’hébergement en vigueur,  est devenu au fil des ans la référence spirituelle que l’on sait. Cet accueil sans visa lui valut quelques surprises désagréables mais n’altéra jamais sa capacité extraordinaire de toujours mettre en valeur l’hôte du moment. Laurence Lacour et d’autres après elle, en ont largement témoigné. Chacun ressortait de chez lui avec le sentiment d’être unique et de compter réellement dans l’histoire des hommes. Pas d’évangélisation sans un respect immodéré pour tout homme et pour toute femme.

La vie paroissiale, la priorité donnée au laïcat, le partage des joies et des peines familiales, la réponse aux innombrables mails des anciens pèlerins ont été le quotidien du curé de Mauléon et de la Soule qui était encore pour lui une terre nouvelle, inconnue mais très vite adoptée. « C’était le type même du prêtre diocésain, sans ignorer toutefois son côté franc-tireur par rapport aux institutions qu’il jugeait trop cléricales. » me disait l’un de ses confrères.

Terme du voyage, retour au pays : Cambo. Le souci de répondre aux attentes de nos contemporains l’ont amené dans ses dernières missions à creuser et à travailler l’apport de certains penseurs actuels et de faire profiter de sa réflexion et de sa sagesse ses paroissiens ainsi que les auditeurs de la radio Lapourdi qui attendaient ses chroniques. « As-tu lu tel article de M. Serres, de J. Cl Guillebaud ? J’ai envie de les résumer à la radio : qu’est-ce-que tu en penses ? » Et nous philosophions un moment au téléphone. Sa parole n’était pas un simple écho répétitif de ses lectures  ou de ses recherches. Elle s’enracinait dans la riche expérience de ces rencontres chaleureuses qui avaient allumé dans l’existence de chacun une sorte de buisson ardent où Dieu se rendait présent. « La vie de tous les jours suffit comme support à ma prière » disait-il. Pas d’évangélisation sans analyse lucide des idées dominantes d’une société. Pas d’évangélisation sans ce cœur à cœur  brûlant avec Dieu et avec nos frères.

Un Basque ne plie pas, il rompt. C’était la devise de son confrère Bernardin Dunate, c’était secrètement la sienne. Sa mort brutale alimentera encore le souvenir de son regard ouvert et de son sourire heureux. Permettez-moi de formuler un souhait à l’adresse au moins de mes compatriotes de Navarrenx : Vous savez combien sont nombreux dans notre canton ceux qui tressent des couronnes sur les têtes de Sébastien et de Bernardin, et ils le méritent bien. Mais ne serait-ce pas mieux de resserrer aussi les liens avec Celui qui était la source de leur Foi et de leur passion ? J’ai envie de leur dire : « Ne leur volez pas leur sacerdoce en admirant l’homme qu’ils étaient et en négligeant Dieu qu’ils adoraient! » 

Sébastien, tu ne nous serreras plus la main en broyant nos phalanges sensibles. Maintenant, serre-nous plutôt sur ton cœur qui bat de nouveau, branché pour toujours sur celui du Père. Comme tu le disais souvent : « Voilà l’homme ! »Jendia, Jendé !!  



24 janvier 2016

LES MOTS DE LA MISERICORDE.


« L’Eglise ne pourrait-elle pas avoir une parole plus incisive quand il s’agit de défendre les pauvres, de dénoncer les injustices ? Isaïe ne se gênait pas quand il appelait Dieu à la rescousse pour casser les dents des arrogants et pulvériser les puissants ! Sous prétexte de Jubilé de la miséricorde, on nous abreuve de discours mielleux et insipides alors que 1% de la population mondiale accapare 50,1% du patrimoine mondial! » C’est à peu près dans ces termes que j’ai reçu la réaction d’un participant lors d’une soirée de formation que j’animais.

On s’étonnera toujours du grand écart qu’il faut effectuer quand on passe de la lecture des textes de la première Alliance à celle de la deuxième. Mais la surprise n’est pas moins grande lorsqu’on lit que « Jésus promena sur eux un regard de colère » ou qu’il traita certains de ses contradicteurs de « sépulcres blanchis » ! Le « doux Jésus » ne prenait pas de gants !

Trois rappels.

* La tentation est grande d’opposer le Dieu de l’Ancien Testament à celui du Nouveau. Dans les débuts de l’Eglise les tenants de cette thèse ont été condamnés pour hérésie. La lecture des textes bibliques ne peut être signifiante que replacée dans son histoire et dans sa totalité. On s’aperçoit à ce moment- là que la Foi de nos ancêtres croyants a évolué et, avec elle, l’image qu’ils se faisaient de Dieu. L’épisode du jeune David qui abat le géant Goliath d’un coup de fronde nous laisse clairement entrevoir un Dieu des armées qui prend la tête des guerriers de son peuple tel un chef de bataillon. Est-ce ce même Dieu qui convoque Elie sur le mont Carmel et qui se révèle à lui dans le frémissement d’un silence furtif ? On pourrait se poser la question tellement le contraste est éclatant. Certains repèrent dans cette longue histoire du dialogue de Dieu avec son peuple des seuils qui marquent de façon décisive  la Foi mais qui n’empêcheront pas des retours en arrière. On a même pu déceler dans cette littérature biblique une sorte de pédagogie de Dieu qui se révèlerait au fur et à mesure de la capacité des hommes à accepter son message. Tout se passe comme si Dieu élargissait petit à petit les dimensions  de la Foi du croyant au mystère qui est le Sien.

*A ce regard d’ensemble et évolutif, indispensable pour effectuer une juste lecture de ces textes anciens, il faut ajouter un principe de fond. Aucun langage humain ne peut dire Dieu. Notre parole est adaptée aux réalités qui sont à portée humaine. Or ces réalités sont finies, limitées et même datées. La parole qui essaie de les traduire l’est aussi. Et d’ailleurs, lorsqu’elle s’avère impuissante à expliquer une situation trop complexe, elle emploie des images ou des symboles. Notre langage est impuissant pour appréhender la Vérité de Dieu. On butera toujours sur l’infirmité des mots à décrire Dieu et son projet sur le monde.
 St Léon fait remarquer « que la grandeur de l’œuvre divine excède de beaucoup le pouvoir du langage humain ; de là vient la difficulté de parler comme le motif de ne pas se taire… ». Non seulement nos mots sont trop étroits quand ils désignent le divin mais dès que l’on dit quelque chose de Dieu, il faut se contredire. Car, Il est juste mais aussi miséricordieux. Il est puissant mais si faible en même temps. Sa justice n’hésite pas à prendre des moyens violents. Mais n’oublions pas que le fait même qu’Il s’occupe des humains, qu’Il se penche sur leur misère (Ex 3,7), contrairement aux divinités païennes, est un signe de sa miséricorde. Et quand il agit en Père, il le fait à la manière du père de famille qui dans ces temps- là prouvait son amour envers son fils en lui donnant du bâton (Sir 30,1) ; cependant, cela ne l’empêchera pas de rester fidèle à son alliance malgré les  infidélités renouvelées de son peuple (Ez 16). La miséricorde, comme le mot l’indique, rapproche le cœur de la misère. C’est tout un programme et qui dépasse largement le discours lénifiant et désincarné.

* Dernier rappel :
Au-delà des mots, ce qui compte, ce sont les actes. Or il faut beaucoup plus de force pour être et rester miséricordieux que pour pousser un coup de gueule. Celui-ci peut être nécessaire pour attirer l’attention sur une situation anormale mais s’il fait du bien à celui qui crie plus fort que les autres, il ne résout pas forcément le problème. Le Fils, expression vivante de la miséricorde du Père, en a payé le prix dans son ultime combat. Si les sept dernières paroles courtes prononcées sur la Croix nous offrent son testament, alors nous sommes définitivement prémunis contre tous les propos doucereux et mielleux qui voudraient édulcorer la force de subversion de la miséricorde. Le Pape François, dans son dernier ouvrage, nous offre  quelques tranches de vies remuées, bouleversées, labourées et ensemencées  par le péché pardonné (1). Les initiateurs des cercles de silence ont bien compris que le cri peut être silencieux. Roger Schutz, le premier prieur de Taizé, n’osait-il pas parler de la « violence des pacifiques » ? 

« Encore faut-il avoir appris ce que tomber veut dire,
Comme une pierre tombe dans la nuit de l’eau ;
Ce que veut dire craquer,
Comme un arbre s’éclate aux feux ardents du gel…
Que peuvent savoir de la miséricorde des matins,
Ceux dont les nuits ne furent jamais de tempêtes et d’angoisses » Paul Baudiquey

(1) Pape François « Le nom de Dieu est miséricorde » R. Laffont 2016


23 décembre 2015

Beau Noël malgré un ciel privé d’étoiles !


Dans l’Evangile de Luc, les anges annoncent aux bergers la naissance d’un « Sauveur, Christ et Seigneur ». Autant dire la venue au monde de Celui qui sera reconnu comme Fils de Dieu après la Résurrection. Les Juifs n’en demandaient pas tant, ils se seraient contentés d’un nouveau Gédéon ou d’un super Judas Macchabée pour renvoyer les Romains chez eux et refaire l’unité du Royaume du grand David. Le contexte historique de la nativité n’avait rien à voir avec le décor bucolique de la crèche de St François d’Assise. Violences, massacres de la part des occupants, factions opposées au sein du peuple élu étaient le pain quotidien des pauvres d’Israël. Les Romains, eux, avaient leurs divins Césars et s’en contentaient de gré ou de force. On attendait un puissant guerrier et on leur annonce un bébé : 

 « Vous le reconnaîtrez à ce signe : vous trouverez un nouveau-né couché dans une mangeoire ».

 On pourrait croire à une plaisanterie !

D’ailleurs, comment ce Dieu promis pouvait-il contenir dans une vie humaine même si l’homme était sensé être la créature qui lui ressemblât le plus ? Des éclairs de divinité éclateront dans la vie de Jésus adulte, ils transperceront sa nature humaine et se manifesteront dans ses paroles (« Aucun homme n’a parlé comme lui ») et dans ses actes
 (« Personne ne peut faire ce que tu fais si Dieu n’est pas
 avec lui »). D’où la question : Qui est-il Celui-là à qui les vents et la mer obéissent ou qui pardonne les péchés ?

Or c’est bien un nouveau-né sans autre précision qui est le seul signe donné.
C’est à croire que Dieu n’est à son aise dans l’humanité de Jésus que lorsqu’il est enfant ou… mourant. Pas de paroles chez le bébé de la crèche sinon des cris ou un charmant babillage, pas de signes accomplis par Lui. Le mourant du Golgotha, quant à lui, parle peu. Il pousse un cri. Il ne descend pas de la Croix comme il y est invité. Donc pas de miracle. Et pourtant le soldat s’exclame : « Celui là est Fils de Dieu » !

La stature de Jésus adulte pouvait porter à confusion et laisser croire à ses auditeurs et à ses disciples que son pouvoir émanait de Lui (« Il parlait comme un homme qui a autorité »). Alors les éclats de sa divinité qui traversent sa vie étaient nécessaires pour nous rappeler qu’il était habité tout entier par le Père. Le texte laisse penser que Dieu se manifeste sans effort dans l’enfant et dans le mourant parce que chez l’un comme chez l’autre il n’y a pas d’équivoque : ils sont sans puissance, fragiles, dépendant entièrement de l’amour qui les entoure, aux antipodes de l’idée d’un Dieu tout puissant qui traîne encore dans nos têtes et cela d’autant plus que le contexte de ce Noël 2015 ressemble fort à celui de Bethléem. Comme on aimerait un Dieu qui montre les dents, qui sonne le réveil d’une chrétienté endormie et qui organise la riposte de ses fidèles outragés !

Rien de tout cela. Un simple enfant sans défense à la merci d’un barbare coup d’épée. Mais en même temps le signe de l’irrésistible force de la vie qui germe dans la moindre des anfractuosités, qui se glisse dans les fractures de l’histoire, qui fait jaillir une musique nouvelle après les marches funèbres, qui donne au quotidien répétitif et terni l’éclat du renouveau.
Un Dieu qui entre dans nos limites humaines, qui se soumet à la Loi immémoriale de la lutte pour la survie, la loi de la mort infligée aux autres pour défendre sa vie. Cette loi de la nature, Jésus l’accepte et l’inverse. Avec Lui elle devient « surnaturelle », elle est désormais la loi de la vie et de la mort offertes en témoignage d’une Vie Autre. « Ma vie nul ne la prend… ». Nous avons le choix entre la survie acquise au prix de toutes les terreurs et de toutes les morts et la Vie  en plénitude accueillie dans le don et le pardon.

Dans les combats de ce monde,  le chrétien ne connaîtra jamais le triomphe du combattant victorieux. Jamais les puissants de ce monde ne lui accorderont une place attitrée et une voix reconnue dans les débats importants qui engagent l’Histoire. Celle de Bethléem, elle, se renouvelle. Le disciple du Christ devra se contenter d’une crèche au fond de l’annexe. Malgré cette marginalisation officielle, personne ne pourra lui voler la joie du veilleur qui sous les ruines et les décombres des explosions de cette terre scrutera patiemment le léger fendillement de l’humus qui annonce une nouvelle pousse, le désir enfoui sous des tonnes d’apparences de tant de ceux qui l’entourent et qui n’attendent que la visite d’un ange  pour laisser échapper leur soupir le plus profond, leur soif non étanchée d’une vie nouvelle.

Beau Noël aux veilleurs des nuits privées d’étoiles (1)
                                                          
      

(1) Allusion au titre de Thomas Merton : « La nuit privée d’étoiles »

22 décembre 2015

Dans quel pays sommes-nous ?


Le 17  décembre 2015, je suis invité par un organisme de presse palois à participer à un débat autour du thème : « Noël marchand ou Noël fervent », avec le directeur d’un hyper marché en vue de l’édition du 19 suivant. Le débat se déroule  de manière correcte. J’affirme, dès le départ, le rôle nécessaire et bienfaisant des fêtes dans le déroulement du temps. La fête enchante le temps ordinaire et lui donne sens. 
Je précise, ensuite, que je ne me situe pas dans le « comment faire la fête » 
mais dans le « pourquoi célébrer Noël » ; tous les mots ayant leur importance.
 Mon interlocuteur me fait remarquer que nous sommes complémentaires mais que lui, se pliant à la règle de la laïcité, n’a pas à « décrypter » le sens de la fête qui est avant tout une fête familiale dédiée à l’échange des cadeaux. Occasion pour moi de rappeler l’histoire des rois mages qui sont à l’origine de la tradition de ces présents. J’en profite également pour ajouter qu’expliquer le sens exact de Noël, à un enfant qui a dépassé l’âge de croire au père barbu n’est pas une prise de position religieuse mais l’affirmation d’une simple vérité historique. La discussion qui suit se déroule sur ce même ton pendant plus d’une heure. Je peux même exprimer que, dans ma foi de chrétien, je considère Noël comme une révolution dans l’histoire des religions et donc dans l’histoire tout court : Dieu vient parmi nous et entre dans nos limites humaines. Evènement inimaginable, et pour ceux qui plaçaient la toute-puissance de Dieu dans sa transcendance absolue (le judaïsme), et pour ceux qui avaient accès au divin par ses incarnations impériales  (je veux parler des romains). Sur ce point, le directeur de magasin, sagement, s’abstient de tout commentaire. Le débat reprend de la couleur quand je lui avoue que je ne suis pas un assidu de son « temple ».
-« Il n’y pas de temple, car il n’y pas de sacré dans mon espace ! »
-« Sauf le client » lui dis-je.
-« Non l’homme qui entre chez nous est libre, il garde son libre arbitre »
-« Ce n’est pas tout à fait ce que j’entends dans les hauts parleurs qui s’intéressent au client potentiel que je suis et auquel on veut faire croire qu’il lui manque le dernier gadget nécessaire pour bien faire la fête » !
Le mot « temple » apparemment n’était pas le bienvenu.

Si je relate cette anecdote, c’est que le compte-rendu de cette discussion ne paraîtra pas dans les journaux locaux. Motif : la direction nationale de la chaîne commerciale, au vu d’une demande de vigilance accrue au moment des fêtes, émanant du ministère de l’intérieur, ne souhaite pas que l’article paraisse. Embarras de la rédaction à quelques heures du tirage et excuses réitérées…

 Dans quel pays sommes-nous pour que la moindre allusion au fait religieux pose un problème ?  
D’une part, je ne savais pas que les hyper marchés étaient des « magasins d’état » soumis à la loi de la laïcité. D’autre part, comment quelques mois après les grands défilés consécutifs aux attentats contre « Charlie Hebdo », la liberté d’expression peut-elle faire peur à ce point aux adorateurs de « Mamon ». A moins que les maniaques de la kalachnikov aient réussi leur projet, celui de parvenir à ce que notre société s’autocensure par crainte de déplaire à quelques fanatiques incultes ou aux serviteurs zélés d’un laïcisme borné.
Il faut croire que le « veau d’or » a les pieds bien fragiles dès qu’il les retire du tiroir -caisse.  En effet, si le client n’est pas sacré,  le chiffre d’affaire, lui, l’est assurément.


Morale de l’histoire : Je constate que dans l’Eglise « intolérante et moyenâgeuse » personne ne m’empêche de  prendre la parole en public alors qu’une grande marque peut toujours user des moyens de pression que l’on sait. Elle ne m’empêchera pas de continuer à privilégier les commerçants locaux qui ont pitié de mon grand âge quand je cherche vainement un produit qui a changé de rayonnage ou que j’oublie le code de ma carte bancaire !

01 décembre 2015

Vendredi 13.

Comment se fait-il que la publicité pour les jeux de hasard désigne le vendredi 13 comme un jour de chance ? J’espère qu’après le vendredi 13 novembre  2015 une  prudente curiosité incitera les amateurs de grattage à chercher l’origine et le sens premier de cette date.
Depuis quelques jours il n’est que fureurs et frayeurs en France, en Belgique, en Tunisie, en Syrie…. L’horreur, les balles et la haine ont frappé. Plus de 400 familles sont touchées. Laissons les commentaires de l’actualité aux journalistes et aux politiques. On entend dire qu’il y aura un « avant » et un « après » cette date. On peut en douter si nous ne changeons pas fondamentalement  la loi de l’histoire.

Il semble que la marche du monde, depuis les origines, réponde à une loi immuable : la loi de la vie gagnée et maintenue par la mort des autres vivants. La vie conservée, gardée, défendue, développée, enrichie, exaltée semble être la loi commune de la nature depuis toujours. C’est en elle que réside le « salut » pour employer un langage religieux. « La vie doit continuer » a-t-on entendu après les massacres parisiens. Mais  quelle vie ? Celle qui suppose la lutte, la défense, la guerre aux dépens des autres vies ? Cette vie-là donne la mort. Celle des autres et la nôtre. Peut-être pas au bout du fusil ou dans l’explosion de la ceinture dynamitée mais dans la réalité quotidienne ; celle-ci postule que la vie « gardée » suppose la mort « donnée ».
Rappelons-nous la sentence évangélique : « Celui qui garde sa vie la perdra… »

Peut-il y avoir une autre vie, une autre mort ?
Un homme, Paul, n’hésitait pas à dire « Pour moi vivre c’est le Christ et mourir m’est un gain » (Ph1,21) ;  « Je ne veux savoir d’autre chose que Jésus crucifié » (1Co 2,2). De quelle mort fait-il l’apologie celui qui a fait l’expérience d’un total reversement. La folie de Dieu, dit-il, s’oppose à la sagesse des hommes. Et cette folie consiste à lier le salut à la mort d’un crucifié. (1Co 1,23). Mais, ici encore, quelle mort ? Non pas la mort donnée aux autres pour éviter la sienne ou la mort subie comme l’effet du hasard, mais la mort volontairement offerte, acceptée, franchie comme le sommet lumineux d’une vie elle-même livrée, partagée, mangée, rendue à Dieu et aux autres. Le salut est dans cette mort-là.
Une image peut nous aider. St Jean Chrysostome nous donne celle du serpent. Le serpent peut y laisser sa peau, on peut même le trancher, tant qu’il ne perd pas la tête, il ne meurt pas. La tête pour nous, dit le Patriarche de Constantinople, c’est notre Foi. C’est elle qui peut faire de la mort offerte, la source d’une vie autre.
En fait, il y a une loi et une voie.
La loi de la vie volée par la mort infligée. Il n’y a, dans ce cas- là, ni avant ni après ; c’est  le règne de la violence cyclique sans cesse renouvelée et sans cesse alimentée. La loi est sans issue.
Une voie : celle de la vie partagée jusqu’à la mort offerte que personne ne peut nous voler puisqu’elle est déjà donnée. La voie est ouverte sur un au-delà possible.
J.C


13 novembre 2015


A tous ceux qui désirent vivre « La joie de l’Evangile »
 à la suite du Pape François.


Bien des chrétiens catholiques ont du mal, ces temps- ci, à partager cette joie sans réserve car ils souffrent.…

Nombreux sont ceux qui se reprochent de n’avoir pas su transmettre l’héritage de leur Foi aux générations qui les suivent, même s’ils se réjouissent de  constater que leurs enfants ou petits-enfants les rejoignent sur des valeurs et des engagements qui sont les leurs.

Nombreux sont les jeunes qui apprécient la personnalité ouverte et les messages concrets de notre Pape François. Alors les « anciens » se prennent à espérer que son rayonnement  ramènera « les pères vers les fils et les fils vers les pères » selon le vœu du prophète Malachie.

Nombreux également les prêtres et les chrétiens qui, actuellement, se sentent remis en question dans ce qui fait l’engagement de leur vie chrétienne dans le monde. Les uns expriment douloureusement leur désappointement tandis les autres observent un silence amer.

Ceux et celles qui l’ont lue, ont reçu l’exhortation « La joie de l’Evangile » comme une bouffée d’air frais et d’Evangile qui leur a rappelé celle qu’attendait Saint Jean XXIII du Concile. Ils ont été particulièrement réconfortés par ces paroles du Pape : « Vatican II fut une relecture de l’Évangile à la lumière de la culture contemporaine. Il a produit un mouvement de rénovation qui vient simplement de l’Évangile lui-même. Les fruits sont considérables. Il suffit de rappeler la réforme de la liturgie…. La manière de lire l’Evangile en l’actualisant, qui fut propre au Concile, est absolument irréversible.»

 Il n’est pas bon de rester enfermé dans sa souffrance et son amertume ou de s’épuiser dans la contradiction systématique et stérile.
A tous ceux-là, nous proposons de constituer des ateliers : « Joie de l’Evangile » et dont les participants s’engageraient autant que faire se peut et  compte tenu de leurs obligations présentes:

-     à s’approprier l’examen de conscience que nous offre ce texte (N°76 et suivants) et à reconnaître devant la miséricorde du Père, leur déficience et leur péché.

-     à prier à l’intention de l’Eglise tout entière, du Pape, des frères éprouvés dans leur Foi avec l’aide de la prière formulée ci- après.

-     à reprendre pour eux-mêmes ou en groupe constitué, l’étude détaillée de cette exhortation  afin de  l’approfondir davantage et d’en tirer les conséquences qui s’imposent soit dans leur vie personnelle soit dans leurs communautés.

-     à prendre l’exhortation comme référence à leur mission commune d’évangélisation en s’attachant à rejoindre tous leurs frères dans les « périphéries existentielles » de notre monde.

-     à se rassembler  au moins une fois l’an dans une Eucharistie joyeuse et fervente qui unirait à l’offrande du Christ et de son corps mystique total, les initiatives suscitées par la vie de ces ateliers et des communautés qui voudront s’associer à eux.

Nous confions ce projet à Marie, mère de l’Eglise et à votre prière.



Père,

Il T'a plu de te faire aimer de chacun et de tous,
Dans la mort résurrection de Jésus
Par le don largement répandu de l'Esprit.
Tu as formé un peuple où Amour et Vérité se rencontrent,
Justice et paix s'embrassent.
Donne-nous un cœur comme le tien,
Qui sache discerner le vrai
Et aimer la bonté.
 Que le choix inlassable de la fraternité
Fortifie en tous le besoin de t’aimer
Quand les défis paraissent des obstacles,
Que la joie de ton évangile nous transforme
En témoins et artisans de paix.
Quand la stérilité, le doute, la division frappent,
Que tes œuvres de miséricorde
Soient source pour le monde
De lumière et de fécondité.

Ô Père,
Que ta loi d'amour gravée dans nos cœurs
Fasse de nous des compagnons de route.
AMEN



Si ce projet vous intéresse :

1- Diffuser largement le texte dans vos réseaux auprès des personnes susceptibles de l’accueillir favorablement.

2- Provoquer selon les réponses obtenues et chacun dans son secteur géographique ou entourage  une rencontre pour redonner le but des ateliers et recueillir les idées et désidérata de chacun.

3- Renvoyer un écho de ce qui s’est passé, si vous le souhaitez, à bernard.maestri@wanadoo.fr afin de centraliser les réactions  pour que nous puissions faire le point la prochaine fois.


19 octobre 2015

Un adolescent d’aujourd’hui. (1)

Ayant connu les soubresauts juvéniles de 68, lors de mes années estudiantines vécues dans l’Université « rouge » de Toulouse, j’avais oublié que chaque génération avait besoin de faire sa crise d’adolescence.
La nouvelle génération d’adultes, parvenue « aux commandes » de notre société et de nos institutions, a grandi dans un monde qui avait perdu sa boussole morale et religieuse mais qui, par contre, s’était donné un dieu aussi séduisant qu’implacable : le progrès. Un progrès divinisé qui, par définition, n’admettait aucune limite et dont la domination technocratique a provoqué une bonne part des désastres écologiques actuels, comme le fait remarquer l’encyclique 
« Laudato Si.» (N° 108).
Conséquence de ce bouleversement sans précédent: le Dieu des commencements à l’origine de la création et le Dieu de la fin, celui du « ciel », avaient perdu toute utilité et cela d’autant plus que le paradis devait advenir sans eux, « ici et  maintenant ».
Or la génération actuelle a appris, à ses dépens, que le fameux progrès est en train d’épuiser la planète et que les dérèglements climatiques n’attendront pas des milliers d’années pour peindre en noir la planète bleue. La « maison commune » brûle et les dégâts sont déjà irréparables ! Quant au vide moral et social qui accompagne les avancées de notre société, il ne peut qu’accentuer le vertige qui saisit nos jeunes contemporains.
Il faut se rendre à l’évidence : le progrès n’est pas un dieu qui procure nécessairement le bonheur des hommes. Et ces jeunes constatent, que dans un monde où tout est marchandisé et financiarisé, ce progrès n’est pas entre les mains des sages mais dans celles du marché et des marchands. Et même si les sages  en avaient la maîtrise, ceux-ci n’en resteraient pas moins des hommes faillibles.
Pour une majorité d’entre eux, il n’y a plus d’issue à ce monde, ni avant, ni après ; ils savent désormais, que le paradis sur terre n’existera plus. Aussi, quand ils pensent à la vie, à la mort, au bonheur,  ils sont complètement perdus et ne peuvent se fier qu’au scintillement fugitif de leurs idoles éphémères.
Alors, de façon paradoxale et inattendue, une partie d’entre eux appelle Dieu au secours. 
Et Dieu revient un peu partout dans le monde, malheureusement sous les formes les plus archaïques, les plus primaires, les plus dangereuses. Nous voyons des jeunes diplômés, des garçons et des filles sains de corps et d’esprit se jeter dans les filets  de mouvements extrémistes qui rejettent violemment tout ce que l’époque contemporaine nous a apporté, pour se réfugier dans des idées et des comportements qui sont censés être vrais, parce qu’ils sont anciens. 
Bien entendu, quelques arrière-boutiques politiques profitent de l’aubaine pour leur laisser croire qu’il  y a eu un âge d’or où société et religion conjuguaient leurs efforts pour bâtir la cité idéale.
Ceux qui réfléchissent encore sont désarçonnés par le choix tragique qui se présente à eux : le vide ou la violence. « Rien avant, rien après, pas grand-chose pendant la vie » : c’est la tentation du vide. 
« Détruisons ce monde pervers et perdu, établissons une loi divine impitoyable et universelle » et  c’est la fascination de la violence sacrée. Ce discours se propage en clair chez les fanatiques musulmans mais par une sorte de rivalité mimétique, il trouve des oreilles attentives dans les autres religions. « Bannissons la modernité, revenons aux fondements » est le mot d’ordre, même si l’on fait un tri bien sélectif dans ces dits fondements.
Chez certains jeunes catholiques, ce rejet d’un monde moderne perverti jette la suspicion sur l’ensemble de la génération précédente (celle du Concile Vatican II) accusée d’avoir vidé les églises par des compromissions excessives avec l’air du temps et d’avoir dangereusement
 « flirté » avec les valeurs séculières. Ils exhument avec une délicieuse frénésie tout ce qui porte le cachet de l’ancien, le confondant avec l’authentique, et baptisent le tout au nom de la tradition vivante de l’Eglise. Sans le vouloir, ils prennent rang dans la longue liste de tous ceux qui inventent les choses pour la deuxième fois. Assistons-nous à une nouvelle crise d’adolescence ? L’expression semble mal appropriée pour être appliquée à une Eglise qui a défié les siècles. A moins qu’elle ne soit le gage de son éternelle jeunesse !
Le principe de réalité, cher au Pape François, rappellera peut- être un jour à nos jeunes successeurs que, lorsqu’on a quatorze ans, le père n’a jamais raison et s’est trompé sur toute la ligne. Lorsqu’on atteint l’âge de trente ans, il arrive que l’on reconnaisse que « papa avait quelquefois raison ». Il ne faudrait pas qu’ils attendent trop pour se dire : « Et si l’on demandait à papa ce qu’il en pense » !

(1) François Mauriac, en son temps, avait intitulé un de ses ouvrages " Un adolescent d’autrefois"