Propos d’outre cercueil
Il entre pour la dernière fois dans l’église de son village, porté par quatre gaillards sombrement vêtus, précédé par le long cortège des porteurs de fleurs enrubannées, et suivi par la famille endeuillée. Tout d’un coup, sur le pas de la porte, silence total : une voix s’élève :
« Je vous ai entendu tout à l’heure quand vous m’attendiez. L’église, si silencieuse d’habitude, bourdonnait comme une ruche. Ceux de ma génération ont une fâcheuse tendance à augmenter le son car le brouhaha n’est guère favorable aux oreilles défaillantes.
« C’était un brave type mais il avait son caractère. Il ne fallait pas lui marcher sur les pieds…La vie ne l’avait pas gâté mais il s’en était quand même bien sorti…Il aurait pu profiter un peu plus de sa retraite…c’est comme cela, on ne commande pas. J’ai appris qu’un tel est malade : un cancer, ce sera bientôt son tour. Tiens, tu as vu, le Conseiller Général est là ; pourtant ils n’étaient pas du même bord. Il paraît que son cousin va dire un mot au début des obsèques, ils n’étaient pas pourtant en très bons termes. C’est le nouveau curé qui veut ça : que quelqu’un présente le mort…Tout change ! Au fait, tu as pu te garer ; ils ont encore modifié le stationnement ; ils ne savent pas quoi inventer pour embêter les gens…»
«Mes amis, je veux d’abord vous remercier d’être venus m’accompagner dans mon dernier voyage. Je sais que vous n’êtes pas tous croyants, mais, à plus forte raison, vous voulez me manifester un dernier geste de sympathie avant le grand silence. A ce propos, je suis étonné de la facilité avec laquelle chacun oublie qu’il pourrait être, là, à ma place. Vous parliez de moi. Merci du bien que vous en disiez ; mais vous est-il venu à l’esprit de vous demander : que dira-t-on de moi si, dans une semaine, je rentre à mon tour dans cette église ?
Franchement, vous auriez pu vous dispenser de tous ces commentaires à mon égard. Ils ne me sont, en ce moment, d’aucune utilité. Par contre, vous auriez pu plutôt penser un peu à vous. Il serait peut-être temps pour vous « d’arranger » les choses, de remercier votre femme de vous avoir supporté, de débrouiller les malentendus entre les enfants et de leur dire à tous combien vous les aimez. Et si vous arrangiez aussi les choses avec Dieu ? Ne serait-ce que pour Le remercier Lui aussi de cette vie qui a eu ses hauts et ses bas, mais qui, tout compte fait, était un beau cadeau.
Mes amis, est ce que tout ceci n’aurait pas mérité un peu de silence avant la célébrations de mes obsèques. Je sais parfaitement que l’agitation fébrile des acteurs de la cérémonie qui, à tour de rôle, tapotent sur le micro, les gammes fracassantes de l’organiste de service ou le CD nasillard camouflé sous un pilier ne prêtent guère au recueillement. Le comble est atteint quand une bonne âme vous perfuse des « Je vous salue » sans aucun préavis. Toutefois, je vous comprends. Discuter de tout ou de rien, c’est faire résonner un peu la vie, parce qu’on fond, on a peur du silence ; il laisse parfois remonter des idées qui vous attaquent dans le dos et ne vous lâchent plus.
Allez, un petit effort, au moins les trois dernières minutes, avant que ne commence le premier cantique ! Tiens, voilà qu’on chante maintenant devant un mort ! Eh bien oui, on chante ; non pas pour se rassurer ou parce qu’on est immortel mais parce que nous croyons que notre vie peut être éternelle. Il faudra y réfléchir et pourquoi pas en silence… »
16 février 2010
22 janvier 2010
Entrer au désert ou déserter ?
Les chrétiens vont entrer en Carême à la suite de Jésus qui séjourna au désert pendant quarante jours comme l’avait fait avant lui Elie, en souvenir des quarante ans de l’Exode que le peuple de Dieu avait accompli sous la conduite de Moïse.
Quarante jours durant lesquels Jésus ne va pas déserter le monde, mais faire les choix essentiels qui vont engager sa mission et révéler son identité. « Si tu es Fils de Dieu …alors, montre-le », lui suggère le tentateur. « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi du haut du temple et nargue la mort ; rassasie les affamés en rendant comestibles les cailloux ; prends le pouvoir en te prosternant devant lui ». Et Jésus refuse de « faire le dieu » à la façon des hommes. Il montera sur la croix, mais Il n’en descendra pas malgré les demandes ironiques des amateurs de prodiges. Il donnera du pain, mais en multipliant celui des hommes. Il bâtira un Royaume : ce ne sera pas le sien, mais celui de Dieu.
Ne sommes-nous pas tentés de demander à Dieu qu’Il ressemble à l’image que nous nous faisons de Lui ? Si tu es Dieu, pourquoi n’as-Tu pas stoppé le tremblement de terre qui a frappé ce malheureux peuple d’Haïti ? Si tu es Dieu, comment supportes-Tu le regard implorant des enfants affamés ? Si tu es Dieu, pourquoi n’élimines-Tu pas les violeurs, les violents, les prédateurs, les profiteurs, les dictateurs… ? Et Dieu continue de nous décevoir. Il ne casse pas les croix, Il ne supprime pas la souffrance et la mort : Il en fait le signe de l’amour total. Il ne transforme pas les pierres en pain : Il nous dit de partager le nôtre. Il n’impose pas son pouvoir de l’extérieur : Il le fait naître de l’intérieur de notre cœur.
Oui, il nous faut bien quarante jours de Carême pour vérifier nos choix. Qui est mon Dieu ou plutôt qui est Dieu ? Celui que j’ai fabriqué pour satisfaire mes besoins immédiats et mes désirs frustrés ou celui que me propose Jésus Christ ? Quarante jours de désert et non pas de désertion, pour choisir le silence malgré l’agression incessante du bruit ; pour préférer l’utile au futile ; pour simplifier ma vie et celle des autres au lieu de les compliquer davantage ; pour modérer mes appétits de toutes sortes plutôt que de les satisfaire sur le champ ; pour ouvrir la cage de l’isolement et du chacun pour soi par un partage joyeux et sans arrière-pensée.
Quarante jours pour renouer dans la prière avec un Dieu déconcertant à force de nous aimer mieux qu’un Père, et à force d’espérer que nous Lui ressemblions.
Quarante jours de modération et de frugalité, même notre planète nous en sera reconnaissante…et pour une fois, on considérera que les chrétiens sont à l’avant-garde…
Les chrétiens vont entrer en Carême à la suite de Jésus qui séjourna au désert pendant quarante jours comme l’avait fait avant lui Elie, en souvenir des quarante ans de l’Exode que le peuple de Dieu avait accompli sous la conduite de Moïse.
Quarante jours durant lesquels Jésus ne va pas déserter le monde, mais faire les choix essentiels qui vont engager sa mission et révéler son identité. « Si tu es Fils de Dieu …alors, montre-le », lui suggère le tentateur. « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi du haut du temple et nargue la mort ; rassasie les affamés en rendant comestibles les cailloux ; prends le pouvoir en te prosternant devant lui ». Et Jésus refuse de « faire le dieu » à la façon des hommes. Il montera sur la croix, mais Il n’en descendra pas malgré les demandes ironiques des amateurs de prodiges. Il donnera du pain, mais en multipliant celui des hommes. Il bâtira un Royaume : ce ne sera pas le sien, mais celui de Dieu.
Ne sommes-nous pas tentés de demander à Dieu qu’Il ressemble à l’image que nous nous faisons de Lui ? Si tu es Dieu, pourquoi n’as-Tu pas stoppé le tremblement de terre qui a frappé ce malheureux peuple d’Haïti ? Si tu es Dieu, comment supportes-Tu le regard implorant des enfants affamés ? Si tu es Dieu, pourquoi n’élimines-Tu pas les violeurs, les violents, les prédateurs, les profiteurs, les dictateurs… ? Et Dieu continue de nous décevoir. Il ne casse pas les croix, Il ne supprime pas la souffrance et la mort : Il en fait le signe de l’amour total. Il ne transforme pas les pierres en pain : Il nous dit de partager le nôtre. Il n’impose pas son pouvoir de l’extérieur : Il le fait naître de l’intérieur de notre cœur.
Oui, il nous faut bien quarante jours de Carême pour vérifier nos choix. Qui est mon Dieu ou plutôt qui est Dieu ? Celui que j’ai fabriqué pour satisfaire mes besoins immédiats et mes désirs frustrés ou celui que me propose Jésus Christ ? Quarante jours de désert et non pas de désertion, pour choisir le silence malgré l’agression incessante du bruit ; pour préférer l’utile au futile ; pour simplifier ma vie et celle des autres au lieu de les compliquer davantage ; pour modérer mes appétits de toutes sortes plutôt que de les satisfaire sur le champ ; pour ouvrir la cage de l’isolement et du chacun pour soi par un partage joyeux et sans arrière-pensée.
Quarante jours pour renouer dans la prière avec un Dieu déconcertant à force de nous aimer mieux qu’un Père, et à force d’espérer que nous Lui ressemblions.
Quarante jours de modération et de frugalité, même notre planète nous en sera reconnaissante…et pour une fois, on considérera que les chrétiens sont à l’avant-garde…
17 décembre 2009
« Bonnes fêtes »…Quelles fêtes ?
« Bonnes fêtes de fin d’année », c’est ainsi que la publicité sous toutes ses formes amalgame Noël et le nouvel an. Je comprends que par souci d’économie les illuminations de nos cités réduisent ainsi deux fêtes en une seule. Il faut toutefois noter qu’une belle étoile scintillante vient se poser sur telle ou telle église, rappelant celle des mages à Bethléem. Certains me diront que deux réveillons, l’un pour terminer l’année, l’autre pour bien débuter la nouvelle, sont deux actions économiquement payantes surtout en temps de crise. Non seulement il faut redonner le moral aux consommateurs mais aussi rendre le sourire aux commerçants et aux statistiques qui ont besoin de relever leurs pourcentages!
Ce qui m’interroge davantage, c’est cette sorte d’excès de pudeur qui s’empare des journalistes et des commentateurs des chaînes télévisées qui nous souhaiterons, avec un air entendu, de « bonnes fêtes » mais jamais ou rarement un « bon Noël ». A croire que prononcer ce mot, une fois par an, leur arracherait la…langue ! Les mêmes, avec un air non moins entendu, citeront, quelques temps après, les réflexions alarmistes de Régis Debray, dénonçant la perte de culture religieuse des français avec toutes les graves conséquences qui en découlent.
Le temps de saine irritation passé, ne faut-il pas plutôt remercier ces oublieux ? Au fond, ils ont peut être raison de mettre Noël sous le boisseau de la marchandisation tapageuse car ils permettent, à ceux et celles qui le désirent, de prendre exactement le contre-pied et de retrouver le vrai sens de cette célébration qui est celui de la discrétion, de la fragilité et du partage de nos pauvretés.
Comment ne pas se souvenir que pour préparer le berceau de son Fils, Dieu n’a pas choisi la grande puissance de l’époque, l’Egypte, mais un ramassis de tribus disparates et sans avenir ? Comment a-t-il pu jeter son dévolu sur Moïse, rescapé d’un massacre, au lieu d’exaucer les désirs de divinisation d’un Pharaon ? Pourquoi s’est-il si souvent acharné à mettre sur le devant de la scène des anonymes impréparés, des femmes stériles, des exclus méprisés et à laisser son peuple aux mains des étrangers ? Pourquoi n’a-t-il pas appelé le fils de César plutôt que celui du charpentier de Nazareth pour « rassembler les enfants de Dieu dispersés » ?
Il faut croire que notre Dieu n’est pas celui que l’on croit. Pendant que les gens sérieux échangeaient les nouvelles du monde à l’étage du caravansérail, une vierge accouchait, au dessous, dans la partie réservée aux animaux. Et le salut du monde se joue dans une crèche obscure, comme il s’accomplira sur une croix infâme. Seuls, ceux qui attendaient autre chose de la vie, ceux qui cherchaient un sens, ceux qui étaient suffisamment pauvres dans leur cœur, ceux qui étaient en « avent », ceux-là ont pu le reconnaître.
Si les illuminations de la fête aveuglent tes yeux, si tu n’attends que gavage et tapage, tu n’entendras pas le petit enfant du dessous qui babille et ce sera bien dommage…Alors, pour ce Noël, accorde toi ce qui de nos jours est un luxe insensé : une pause de silence, un temps de recueillement dans la crèche de ton âme. Et pour toi lecteur, « Bon, simple et vrai Noël ».
« Bonnes fêtes de fin d’année », c’est ainsi que la publicité sous toutes ses formes amalgame Noël et le nouvel an. Je comprends que par souci d’économie les illuminations de nos cités réduisent ainsi deux fêtes en une seule. Il faut toutefois noter qu’une belle étoile scintillante vient se poser sur telle ou telle église, rappelant celle des mages à Bethléem. Certains me diront que deux réveillons, l’un pour terminer l’année, l’autre pour bien débuter la nouvelle, sont deux actions économiquement payantes surtout en temps de crise. Non seulement il faut redonner le moral aux consommateurs mais aussi rendre le sourire aux commerçants et aux statistiques qui ont besoin de relever leurs pourcentages!
Ce qui m’interroge davantage, c’est cette sorte d’excès de pudeur qui s’empare des journalistes et des commentateurs des chaînes télévisées qui nous souhaiterons, avec un air entendu, de « bonnes fêtes » mais jamais ou rarement un « bon Noël ». A croire que prononcer ce mot, une fois par an, leur arracherait la…langue ! Les mêmes, avec un air non moins entendu, citeront, quelques temps après, les réflexions alarmistes de Régis Debray, dénonçant la perte de culture religieuse des français avec toutes les graves conséquences qui en découlent.
Le temps de saine irritation passé, ne faut-il pas plutôt remercier ces oublieux ? Au fond, ils ont peut être raison de mettre Noël sous le boisseau de la marchandisation tapageuse car ils permettent, à ceux et celles qui le désirent, de prendre exactement le contre-pied et de retrouver le vrai sens de cette célébration qui est celui de la discrétion, de la fragilité et du partage de nos pauvretés.
Comment ne pas se souvenir que pour préparer le berceau de son Fils, Dieu n’a pas choisi la grande puissance de l’époque, l’Egypte, mais un ramassis de tribus disparates et sans avenir ? Comment a-t-il pu jeter son dévolu sur Moïse, rescapé d’un massacre, au lieu d’exaucer les désirs de divinisation d’un Pharaon ? Pourquoi s’est-il si souvent acharné à mettre sur le devant de la scène des anonymes impréparés, des femmes stériles, des exclus méprisés et à laisser son peuple aux mains des étrangers ? Pourquoi n’a-t-il pas appelé le fils de César plutôt que celui du charpentier de Nazareth pour « rassembler les enfants de Dieu dispersés » ?
Il faut croire que notre Dieu n’est pas celui que l’on croit. Pendant que les gens sérieux échangeaient les nouvelles du monde à l’étage du caravansérail, une vierge accouchait, au dessous, dans la partie réservée aux animaux. Et le salut du monde se joue dans une crèche obscure, comme il s’accomplira sur une croix infâme. Seuls, ceux qui attendaient autre chose de la vie, ceux qui cherchaient un sens, ceux qui étaient suffisamment pauvres dans leur cœur, ceux qui étaient en « avent », ceux-là ont pu le reconnaître.
Si les illuminations de la fête aveuglent tes yeux, si tu n’attends que gavage et tapage, tu n’entendras pas le petit enfant du dessous qui babille et ce sera bien dommage…Alors, pour ce Noël, accorde toi ce qui de nos jours est un luxe insensé : une pause de silence, un temps de recueillement dans la crèche de ton âme. Et pour toi lecteur, « Bon, simple et vrai Noël ».
27 novembre 2009
Mon oncle Zéphyrin ébéniste…
Dans notre civilisation le travail du bois était considéré comme un art noble ; parce qu’on se souvenait, peut-être, que le créateur avait planté deux arbres sur notre terre, celui de la vie et celui de la connaissance et que le sauveur de l’humanité avait exercé le métier d’artisan charpentier.
Mais l’on savait depuis des temps immémoriaux que l’arbre était le symbole le plus parlant de l’homme. Les pieds sur la terre, la tête tournée vers le ciel, une sève vivante coulant dans son tronc et dans ses membres.
De l’arbre on fait le berceau de l’enfant, la table du repas, le lit du repos et le cercueil du mort. De l’arbre on fait encore, le sceptre du puissant, le bâton du marcheur, le toit de la maison, la barque du pêcheur, l’araire du laboureur. Avec l’arbre, enfin, on plante une potence pour le supplicié ou une croix pour le rédempteur.
L’arbre est notre frère naturel, son bois notre compagnon de route.
Tonton aimait le bois. Malgré ses doigts mutilés, il continuait à caresser la pièce qu’il venait d’affiner pour mieux sentir et rectifier l’imperfection cachée aux yeux du profane mais qui aurait ridé son honneur d’artisan. Manger tous les jours sur une table fabriquée par son grand père, ranger ses affaires dans une commode façonnée par son oncle est un véritable privilège.
Il est parti, porté et entouré de l’affection des siens. Dimanche, il a reçu l’onction et nous avons invoqué avec lui l’Esprit du Christ pour qu’il vienne habiter sa dernière épreuve de sa présence apaisante.
Ce soir, c’est la foule des parents, des amis reconnaissants et des frères chrétiens qui est là. Nous le confions à la lumière du Christ et à sa miséricorde.
Homélie Luc 17,20-25
Chaque époque produit un ou autre scénario de la fin du monde. Les rédacteurs des évangiles avaient été frappés par les récits anciens du déluge, par la ruine de Sodome et Gomorrhe, ou par la chute récente du temple de Jérusalem et ils superposaient ces évènements les uns sur les autres pour mieux décrire l’ébranlement final des derniers jours.
L’homme depuis qu’il existe veut savoir le mot de la fin : la fin du monde mais aussi celle de son existence.
En plein 20ème siècle, au moment où fleurissaient des idéologies qui prédisaient un avenir euphorique de l’humanité, des philosophes lucides ou désespérés (comme on veut) disaient déjà : « A quoi bon vivre, si c’est pour que tout finisse dans la déflagration finale comme tout avait commencé dans l’explosion initiale. A quoi bon vivre, travailler, manger, avoir des enfants et des projets, si tout cela doit se volatiliser dans quelques grains de poussière ou une poignée de cendres !
Aujourd’hui, la crise aidant, on revient aux vieilles méthodes du passé. On se sert des images de l’effondrement des tours de Manhattan, pour produire des films qui nous annoncent une apocalypse de plus, dans 1000jours en 2012. Et la quête anxieuse de l’homme n’en finit pas…
Dans ce contexte de peurs commercialement bien orchestré, le message de Jésus détone. D’abord il ne nous parle pas de la fin du monde sans l’associer au Règne de Dieu. Ensuite, Il nous dit : Ne craignez pas. Ce royaume vous y êtes déjà, vous y vivez déjà, dans la mesure où tout ce que vous faites, vous le faites selon le désir de Dieu, sous l’influence de son Esprit Saint. Ainsi vous vivez, déjà, une première résurrection qui donne un sens différent à tout ce que vous vivez au point que la mort elle-même n’est pas pour vous une fin mais une nouvelle naissance. Et puis viendra la deuxième résurrection, celle où le tout le cosmos naîtra lui aussi au règne de Dieu.
Tant qu’il a pu Tonton Zéphirin s’est nourri de l’Eucharistie en participant avec régularité à la messe du dimanche ; cette régularité qui était la sienne dans son travail. Il participe maintenant à l’Eucharistie éternelle et totale du Seigneur. Pour la représenter, la Bible emploie l’image d’un grand festin qui rassemblera autour de la table du ciel tous les peuples de la terre. J’imagine bien, Tonton, examinant soigneusement cette table sous tous ses angles et interpellant Saint Joseph pour améliorer son esthétique ou sa solidité…
Dans notre civilisation le travail du bois était considéré comme un art noble ; parce qu’on se souvenait, peut-être, que le créateur avait planté deux arbres sur notre terre, celui de la vie et celui de la connaissance et que le sauveur de l’humanité avait exercé le métier d’artisan charpentier.
Mais l’on savait depuis des temps immémoriaux que l’arbre était le symbole le plus parlant de l’homme. Les pieds sur la terre, la tête tournée vers le ciel, une sève vivante coulant dans son tronc et dans ses membres.
De l’arbre on fait le berceau de l’enfant, la table du repas, le lit du repos et le cercueil du mort. De l’arbre on fait encore, le sceptre du puissant, le bâton du marcheur, le toit de la maison, la barque du pêcheur, l’araire du laboureur. Avec l’arbre, enfin, on plante une potence pour le supplicié ou une croix pour le rédempteur.
L’arbre est notre frère naturel, son bois notre compagnon de route.
Tonton aimait le bois. Malgré ses doigts mutilés, il continuait à caresser la pièce qu’il venait d’affiner pour mieux sentir et rectifier l’imperfection cachée aux yeux du profane mais qui aurait ridé son honneur d’artisan. Manger tous les jours sur une table fabriquée par son grand père, ranger ses affaires dans une commode façonnée par son oncle est un véritable privilège.
Il est parti, porté et entouré de l’affection des siens. Dimanche, il a reçu l’onction et nous avons invoqué avec lui l’Esprit du Christ pour qu’il vienne habiter sa dernière épreuve de sa présence apaisante.
Ce soir, c’est la foule des parents, des amis reconnaissants et des frères chrétiens qui est là. Nous le confions à la lumière du Christ et à sa miséricorde.
Homélie Luc 17,20-25
Chaque époque produit un ou autre scénario de la fin du monde. Les rédacteurs des évangiles avaient été frappés par les récits anciens du déluge, par la ruine de Sodome et Gomorrhe, ou par la chute récente du temple de Jérusalem et ils superposaient ces évènements les uns sur les autres pour mieux décrire l’ébranlement final des derniers jours.
L’homme depuis qu’il existe veut savoir le mot de la fin : la fin du monde mais aussi celle de son existence.
En plein 20ème siècle, au moment où fleurissaient des idéologies qui prédisaient un avenir euphorique de l’humanité, des philosophes lucides ou désespérés (comme on veut) disaient déjà : « A quoi bon vivre, si c’est pour que tout finisse dans la déflagration finale comme tout avait commencé dans l’explosion initiale. A quoi bon vivre, travailler, manger, avoir des enfants et des projets, si tout cela doit se volatiliser dans quelques grains de poussière ou une poignée de cendres !
Aujourd’hui, la crise aidant, on revient aux vieilles méthodes du passé. On se sert des images de l’effondrement des tours de Manhattan, pour produire des films qui nous annoncent une apocalypse de plus, dans 1000jours en 2012. Et la quête anxieuse de l’homme n’en finit pas…
Dans ce contexte de peurs commercialement bien orchestré, le message de Jésus détone. D’abord il ne nous parle pas de la fin du monde sans l’associer au Règne de Dieu. Ensuite, Il nous dit : Ne craignez pas. Ce royaume vous y êtes déjà, vous y vivez déjà, dans la mesure où tout ce que vous faites, vous le faites selon le désir de Dieu, sous l’influence de son Esprit Saint. Ainsi vous vivez, déjà, une première résurrection qui donne un sens différent à tout ce que vous vivez au point que la mort elle-même n’est pas pour vous une fin mais une nouvelle naissance. Et puis viendra la deuxième résurrection, celle où le tout le cosmos naîtra lui aussi au règne de Dieu.
Tant qu’il a pu Tonton Zéphirin s’est nourri de l’Eucharistie en participant avec régularité à la messe du dimanche ; cette régularité qui était la sienne dans son travail. Il participe maintenant à l’Eucharistie éternelle et totale du Seigneur. Pour la représenter, la Bible emploie l’image d’un grand festin qui rassemblera autour de la table du ciel tous les peuples de la terre. J’imagine bien, Tonton, examinant soigneusement cette table sous tous ses angles et interpellant Saint Joseph pour améliorer son esthétique ou sa solidité…
09 septembre 2009
Les petits bancs de pierre…
Le premier élément de ce qu’on appelle aujourd’hui le « petit patrimoine rural » est un banc de pierre modestement assis à l’entrée de mon village, adossé au muret de la première maison. A une époque encore récente, chaque maison possédait son banc en bordure de route ou de chemin. Aujourd’hui, ces bancs sont à l’image des églises des campagnes : restaurés mais inutilisés. Les derniers témoins de ce temps où, chaque soir, en attendant le crépuscule, les familles se retrouvaient sur ces bancs, disparaissent peu à peu. Les pierres qui avaient accumulé la chaleur de la journée réchauffaient les rhumatismes des personnes âgées. Les nombreux enfants transformaient la chaussée en terrain de jeux, tandis que les anciens se rappelaient les souvenirs des guerres qu’ils avaient connues. Les femmes partageaient leurs soucis de mères de familles qui avaient tant de mal à nourrir toutes ces bouches. Le passage inopiné d’une carriole attardée alimentait les conversations pour le reste de la veillée. Finalement, ces bancs rustiques et polis par l’usage avaient les mêmes fonctions qu’internet aujourd’hui. Ils favorisaient la communication des uns et le divertissement des autres.
Je repense à Josué qui, après avoir élevé une pierre en mémorial d’un acte de foi collectif, disait à ses compatriotes : « Cette pierre a entendu tout ce que vous avez dit ; elle sera le témoin entre vous et Dieu ». Dieu seul sait, en effet, tout ce qu’ont entendu et tout ce que pourraient transmettre ces petits bancs de pierre. A l’instar des « bancs publics » ou des « petits ponts de bois », ils attendent un Georges Brassens ou un Yves Duteil pour leur rendre la parole et l’hommage qu’ils méritent.
Le premier élément de ce qu’on appelle aujourd’hui le « petit patrimoine rural » est un banc de pierre modestement assis à l’entrée de mon village, adossé au muret de la première maison. A une époque encore récente, chaque maison possédait son banc en bordure de route ou de chemin. Aujourd’hui, ces bancs sont à l’image des églises des campagnes : restaurés mais inutilisés. Les derniers témoins de ce temps où, chaque soir, en attendant le crépuscule, les familles se retrouvaient sur ces bancs, disparaissent peu à peu. Les pierres qui avaient accumulé la chaleur de la journée réchauffaient les rhumatismes des personnes âgées. Les nombreux enfants transformaient la chaussée en terrain de jeux, tandis que les anciens se rappelaient les souvenirs des guerres qu’ils avaient connues. Les femmes partageaient leurs soucis de mères de familles qui avaient tant de mal à nourrir toutes ces bouches. Le passage inopiné d’une carriole attardée alimentait les conversations pour le reste de la veillée. Finalement, ces bancs rustiques et polis par l’usage avaient les mêmes fonctions qu’internet aujourd’hui. Ils favorisaient la communication des uns et le divertissement des autres.
Je repense à Josué qui, après avoir élevé une pierre en mémorial d’un acte de foi collectif, disait à ses compatriotes : « Cette pierre a entendu tout ce que vous avez dit ; elle sera le témoin entre vous et Dieu ». Dieu seul sait, en effet, tout ce qu’ont entendu et tout ce que pourraient transmettre ces petits bancs de pierre. A l’instar des « bancs publics » ou des « petits ponts de bois », ils attendent un Georges Brassens ou un Yves Duteil pour leur rendre la parole et l’hommage qu’ils méritent.
05 juillet 2009
Pas lui…
Les médias nous ont « gavés » et « regavés » de la mort de Michael Jackson. Chacun a le droit de penser ce qu’il veut de ce personnage pour le moins curieux. Par contre, le vocabulaire employé par ceux et celles qui déplorent sa disparition peut faire réfléchir. « Il ne devait pas mourir…pas lui…c’était mon dieu…mon idole…il m’aidait à vivre…il a subi un chemin de croix…c’est un martyr… je ne pourrais pas vivre sans lui…». Faut-il être à ce point sevré de religieux pour que ce besoin, inscrit dans la nature humaine, explose ainsi chez des millions de fans?
Comme je faisais remarquer cela à un jeune, celui-ci me répliqua : « Mais les premiers disciples n’étaient-ils pas tout bouleversés par la mort de Jésus ? » En effet, nous savons que l’idée de la Résurrection n’était pas étrangère à une partie du peuple juif et donc aux disciples de Jésus. Mais comment pouvaient-ils admettre que Dieu n’ait pas soustrait à la mort Celui qu’ils considéraient déjà comme son Fils ou du moins l’égal d’Elie ou de Hénoch qui furent emportés au ciel sans connaître la mort. On sait que Paul lui-même à un certain moment envisageait l’instauration du Royaume dès la première génération. Pas lui Seigneur !! Il a fallu repenser la Croix à la lumière de la Résurrection pour comprendre qu’elle était la suite logique de sa vie.
J’ai fait remarquer d’abord à mon jeune interlocuteur que Jésus, contrairement au chanteur, avait assumé sa nature humaine alors que ce dernier avait tout fait pour occulter ou transformer la sienne. Ensuite, Il n’a jamais revendiqué pour lui son succès auprès des foules, Il s’est échappé lorsqu’on voulait le couronner, Il a prêché non pas son Royaume mais celui du Père. Il n’a jamais concentré sur lui la gloire divine, Il n’est pas venu pour monter sur les podiums, pour battre des records d’affluence, pour amasser une fortune…Au contraire Il a considéré tout cela dès le début de sa « carrière » comme des tentations sataniques.
La vie et la mort de Jésus ont au contraire consisté à le « vider » totalement de lui-même au profit de Dieu son Père et des hommes ses frères. Sa mort n’a rien d’une apothéose humaine ; elle est la conséquence du refus des hommes et de son acceptation de se livrer à eux. Et c’est parce qu’Il a cru, qu’Il a fait confiance jusqu’au bout au désir du Père de diviniser l’homme qu’Il a affronté la mort et l’échec de sa vie sans chercher à s’en dispenser. Le cri du chrétien n’est pas : « Pas lui » mais « Par Lui, avec Lui et en Lui… »
Bref, Jésus nous a montré le coeur d’un Dieu qui n’est que déversement d’amour et le visage d’un homme qui n’est qu’icône et offrande de ce même amour…aux antipodes de l’idole qui retient la lumière dans un écrin jaloux pour mieux éblouir.
Les médias nous ont « gavés » et « regavés » de la mort de Michael Jackson. Chacun a le droit de penser ce qu’il veut de ce personnage pour le moins curieux. Par contre, le vocabulaire employé par ceux et celles qui déplorent sa disparition peut faire réfléchir. « Il ne devait pas mourir…pas lui…c’était mon dieu…mon idole…il m’aidait à vivre…il a subi un chemin de croix…c’est un martyr… je ne pourrais pas vivre sans lui…». Faut-il être à ce point sevré de religieux pour que ce besoin, inscrit dans la nature humaine, explose ainsi chez des millions de fans?
Comme je faisais remarquer cela à un jeune, celui-ci me répliqua : « Mais les premiers disciples n’étaient-ils pas tout bouleversés par la mort de Jésus ? » En effet, nous savons que l’idée de la Résurrection n’était pas étrangère à une partie du peuple juif et donc aux disciples de Jésus. Mais comment pouvaient-ils admettre que Dieu n’ait pas soustrait à la mort Celui qu’ils considéraient déjà comme son Fils ou du moins l’égal d’Elie ou de Hénoch qui furent emportés au ciel sans connaître la mort. On sait que Paul lui-même à un certain moment envisageait l’instauration du Royaume dès la première génération. Pas lui Seigneur !! Il a fallu repenser la Croix à la lumière de la Résurrection pour comprendre qu’elle était la suite logique de sa vie.
J’ai fait remarquer d’abord à mon jeune interlocuteur que Jésus, contrairement au chanteur, avait assumé sa nature humaine alors que ce dernier avait tout fait pour occulter ou transformer la sienne. Ensuite, Il n’a jamais revendiqué pour lui son succès auprès des foules, Il s’est échappé lorsqu’on voulait le couronner, Il a prêché non pas son Royaume mais celui du Père. Il n’a jamais concentré sur lui la gloire divine, Il n’est pas venu pour monter sur les podiums, pour battre des records d’affluence, pour amasser une fortune…Au contraire Il a considéré tout cela dès le début de sa « carrière » comme des tentations sataniques.
La vie et la mort de Jésus ont au contraire consisté à le « vider » totalement de lui-même au profit de Dieu son Père et des hommes ses frères. Sa mort n’a rien d’une apothéose humaine ; elle est la conséquence du refus des hommes et de son acceptation de se livrer à eux. Et c’est parce qu’Il a cru, qu’Il a fait confiance jusqu’au bout au désir du Père de diviniser l’homme qu’Il a affronté la mort et l’échec de sa vie sans chercher à s’en dispenser. Le cri du chrétien n’est pas : « Pas lui » mais « Par Lui, avec Lui et en Lui… »
Bref, Jésus nous a montré le coeur d’un Dieu qui n’est que déversement d’amour et le visage d’un homme qui n’est qu’icône et offrande de ce même amour…aux antipodes de l’idole qui retient la lumière dans un écrin jaloux pour mieux éblouir.
03 juillet 2009
Mariage de L et E.
L.et E. vous avez décidé de monter dans le même train. L’image est facile, j’en conviens, pour deux employés de la SNCF, mais elle est parlante.
Vous connaissez, bien sûr, ces trains de légende qui traversent les steppes de Sibérie ou qui grimpent les cordillères andines. Leur prestige et leur renommée ne parviennent pas à faire oublier la vie rude des chauffeurs de camions ou des conducteurs de mules, qui, de loin, les regardent passer. Ils couvrent la première page des magazines, ils emportent nos rêves mais nous restons sur le quai.
Vous connaissez, aussi, ces trains rapides et luxueux, partis avec grand fracas, beaux discours et baptêmes champagnisés et qui n’ont traversé qu’ennui et solitudes. Ils filent encore, propulsés par la vitesse acquise, mais, ils ont oublié, depuis longtemps déjà, le nom de la destination et celui des passagers.
Vous connaissez, encore, ces trains avec leurs équipages qui n’ont jamais quitté les gares de triages, par crainte d’affronter la distance et de perdre le cap. Ils tournent en rond dans le « train-train » quotidien ; ils finiront leurs jours dans des voies de garage ou des parcs à ferraille.
Vous connaissez bien ces trains dont on ne parle guère, qui partent le matin et qui arrivent à l’heure. Leur passage rassure les grands et ravit les enfants. Un jour, cependant, ils s’effaceront des tableaux d’affichage et tous comprendront alors, à quel point ils comptaient.
Vous connaissez ces trains vaillants et confiants, qui, par erreur d’aiguillage ou par accident, se sont trouvés brisés, disloqués, fracassés. Certains hésitant à reprendre le rail ont quitté la gare et n’y reviendront pas. D’autres ont attendu réparation, se ont ressoudés et sans faire les fanfarons ont repris du service avec obstination.
Vous connaissez, enfin, ces trains informes et grinçants, remplis jusqu’à la gueule qui, du matin au soir, fidèles et réguliers, déversent ces grappes humaines de fourbus, de pressés, de bavards, de discrets, de joyeux et de malheureux. Ils ont vieilli en usant les mêmes rails, ils ont mis du jeu dans leurs rouages mais ils ont permis belles rencontres et bons partages.
J’ai connu un train qui montait une célèbre rampe, une machine à l’avant, une autre à l’arrière. Il montait tout droit comme le petit cheval blanc, « tous derrière et lui devant ».
L et E, le train qui sera le vôtre aura peut être la couleur de ceux que vous connaissez déjà. Par le sacrement que vous allez recevoir vous mettez le Christ aux commandes de la machine de tête, il vous mènera à destination. Quant à la deuxième locomotive, ce sera l’Evangile. Il vous fournira une énergie durable et renouvelable, si vous savez entretenir sa flamme avec soin.
Que Mannick me pardonne elle qui connaît des bateaux tellement plus poétiques que mes trains…
L.et E. vous avez décidé de monter dans le même train. L’image est facile, j’en conviens, pour deux employés de la SNCF, mais elle est parlante.
Vous connaissez, bien sûr, ces trains de légende qui traversent les steppes de Sibérie ou qui grimpent les cordillères andines. Leur prestige et leur renommée ne parviennent pas à faire oublier la vie rude des chauffeurs de camions ou des conducteurs de mules, qui, de loin, les regardent passer. Ils couvrent la première page des magazines, ils emportent nos rêves mais nous restons sur le quai.
Vous connaissez, aussi, ces trains rapides et luxueux, partis avec grand fracas, beaux discours et baptêmes champagnisés et qui n’ont traversé qu’ennui et solitudes. Ils filent encore, propulsés par la vitesse acquise, mais, ils ont oublié, depuis longtemps déjà, le nom de la destination et celui des passagers.
Vous connaissez, encore, ces trains avec leurs équipages qui n’ont jamais quitté les gares de triages, par crainte d’affronter la distance et de perdre le cap. Ils tournent en rond dans le « train-train » quotidien ; ils finiront leurs jours dans des voies de garage ou des parcs à ferraille.
Vous connaissez bien ces trains dont on ne parle guère, qui partent le matin et qui arrivent à l’heure. Leur passage rassure les grands et ravit les enfants. Un jour, cependant, ils s’effaceront des tableaux d’affichage et tous comprendront alors, à quel point ils comptaient.
Vous connaissez ces trains vaillants et confiants, qui, par erreur d’aiguillage ou par accident, se sont trouvés brisés, disloqués, fracassés. Certains hésitant à reprendre le rail ont quitté la gare et n’y reviendront pas. D’autres ont attendu réparation, se ont ressoudés et sans faire les fanfarons ont repris du service avec obstination.
Vous connaissez, enfin, ces trains informes et grinçants, remplis jusqu’à la gueule qui, du matin au soir, fidèles et réguliers, déversent ces grappes humaines de fourbus, de pressés, de bavards, de discrets, de joyeux et de malheureux. Ils ont vieilli en usant les mêmes rails, ils ont mis du jeu dans leurs rouages mais ils ont permis belles rencontres et bons partages.
J’ai connu un train qui montait une célèbre rampe, une machine à l’avant, une autre à l’arrière. Il montait tout droit comme le petit cheval blanc, « tous derrière et lui devant ».
L et E, le train qui sera le vôtre aura peut être la couleur de ceux que vous connaissez déjà. Par le sacrement que vous allez recevoir vous mettez le Christ aux commandes de la machine de tête, il vous mènera à destination. Quant à la deuxième locomotive, ce sera l’Evangile. Il vous fournira une énergie durable et renouvelable, si vous savez entretenir sa flamme avec soin.
Que Mannick me pardonne elle qui connaît des bateaux tellement plus poétiques que mes trains…
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