Palme d’or
Deux journalistes d’une radio, envoyés spéciaux aux futilités mondaines, commentent les montées et descentes des marches de Cannes lors de la remise de la Palme d’Or. Les prouesses verbales dont ils font preuve pour capter l’attention du français moyen sur l’éventuel sourire, forcément ravageur, naissant sur l’extrême gauche de la commissure des lèvres de telle diva, m’obligent à une rude introspection du genre humain. Au fond, la plupart du temps, pourquoi parle-t-on ? Premièrement, pour se prouver que l’on existe. Celui qui se croit perdu dans un univers hostile parle tout seul et à haute voix ; ainsi il se rassure sur son existence. Deuxièmement, pour nous persuader nous-mêmes que ce que nous disons relève d’une importance capitale et que l’évènement que nous relatons va changer la face du monde. C’est pourquoi, comme le disait un ancien confrère lorsqu’il corrigeait des copies : « Quand je doute, j’affirme et quand je ne sais rien, je donne des détails ». J’ajouterai : « Et plus je raconte de banalités, plus j’aligne les superlatifs ». Troisièmement, pour instiller chez les autres l’intime conviction que notre fonction répond à une nécessité vitale du bon fonctionnement de la planète. La preuve en est que certains font profession de décrypter les analyses de leurs compères. Il a dit : « Je suis libéral » ? Non pas du tout il a dit qu’il était libéral. Il est clair que, soit, nous sommes des imbéciles, soit, les premiers rapporteurs s’étaient mal exprimés Je sens déjà que vous aviez envie de m’envoyer un commentaire rageur et que vous hésitez à appuyer sur « répondre à » pour ne pas grossir les rangs des experts en décryptage.
A la suite de ces constatations de fin de dimanche pluvieux, maussade, et pour tout dire exécrable, étonnez vous que les propos de ces journalistes m’aient immédiatement fait penser à l’impérieuse utilité de certains discours politiques. Je concède au moins un avantage aux auteurs de ceux-ci, celui de fournir des sujets divers et variés à leurs amis des médias.
Quarante ans après 68, époque où les uns comme les autres, vous en souvenez, avaient tout compris et tout prévu (!), le slogan reste le même :« Politiques et journalistes, même combat ! Parlez, il en restera toujours quelque chose…au moins l’envie de se taire ».
jeancasanave.blogspot.com
28 mai 2008
26 mai 2008
Pâquerettes.
« A vivre au ras des pâquerettes, on finit par beugler », c’est ainsi que j’ai introduit, avec un sourire un peu forcé, une célébration de fête de village. Silence étonné de l’assistance. Je venais d’entendre quelques sons gutturaux émanant d’une tablée de jeunes qui manifestement terminaient, en plein air, une nuit de beuverie et saluaient mon arrivée la bouche pleine. L’imbécillité se veut éloquente mais, quand elle a bu, il lui manque les mots.
Et pour commenter mes propos, je citais une mère de famille qui quelques jours auparavant avait apostrophé ses grands jeunes en leur disant: « Si nous continuons à vivre ainsi nous allons finir comme des bêtes. Nous travaillons beaucoup, nous entamons de nouveaux projets, nos activités se multiplient et nous n’arrêtons jamais pour donner un sens à tout cela, pour vivre gratuitement avec les autres de bons moments de fraternité et, ajoutait-elle, pour remercier Dieu.» Travailler, manger, se reproduire, se reposer, c’est à peu de choses près le programme du règne animal.
Après cette mise en condition, je remerciais les quelques jeunes du comité d’avoir voulu donner une autre dimension à la fête du village, une autre table, pour que ceux qui le désiraient puissent se retrouver sur l’essentiel, sur quelques valeurs communes qui fondent notre vivre ensemble. Au fin fond de la campagne béarnaise, nous mettions en pratique ce que nos grands prophètes républicains réclament pour notre société, c’est à dire quelques repères aptes à redonner du sens au travail, du plaisir à la vie familiale, du goût pour l’avenir et de l’espoir pour le genre humain. Ai- je été entendu ? Je l’ignore ; au moins, on m’a écouté.
« A vivre au ras des pâquerettes, on finit par beugler », c’est ainsi que j’ai introduit, avec un sourire un peu forcé, une célébration de fête de village. Silence étonné de l’assistance. Je venais d’entendre quelques sons gutturaux émanant d’une tablée de jeunes qui manifestement terminaient, en plein air, une nuit de beuverie et saluaient mon arrivée la bouche pleine. L’imbécillité se veut éloquente mais, quand elle a bu, il lui manque les mots.
Et pour commenter mes propos, je citais une mère de famille qui quelques jours auparavant avait apostrophé ses grands jeunes en leur disant: « Si nous continuons à vivre ainsi nous allons finir comme des bêtes. Nous travaillons beaucoup, nous entamons de nouveaux projets, nos activités se multiplient et nous n’arrêtons jamais pour donner un sens à tout cela, pour vivre gratuitement avec les autres de bons moments de fraternité et, ajoutait-elle, pour remercier Dieu.» Travailler, manger, se reproduire, se reposer, c’est à peu de choses près le programme du règne animal.
Après cette mise en condition, je remerciais les quelques jeunes du comité d’avoir voulu donner une autre dimension à la fête du village, une autre table, pour que ceux qui le désiraient puissent se retrouver sur l’essentiel, sur quelques valeurs communes qui fondent notre vivre ensemble. Au fin fond de la campagne béarnaise, nous mettions en pratique ce que nos grands prophètes républicains réclament pour notre société, c’est à dire quelques repères aptes à redonner du sens au travail, du plaisir à la vie familiale, du goût pour l’avenir et de l’espoir pour le genre humain. Ai- je été entendu ? Je l’ignore ; au moins, on m’a écouté.
11 mai 2008
Esprit.
« Fait preuve de mauvais esprit », « contribue au bon esprit de sa classe », telles étaient les appréciations qui fleurissaient parfois en marge de nos bulletins de notes. Nos maîtres d’école étaient satisfaits quand ils étaient parvenus à « faire régner un bon esprit » dans leur école. Ils savaient qu’à la faveur de ce « bon climat» certains écoliers pouvaient révéler des aptitudes insoupçonnées. Mais ils avaient, également, appris de l’expérience qu’il suffisait de deux ou trois énergumènes pour perturber cette météo fragile : rires sous cape, railleries sournoises, moqueries blessantes, bruits insolites, autant de coups de canifs qui venaient déchirer « l’esprit » commun. Croyaient-ils, ces professeurs, que deux esprits, celui du Bien et celui du Mal, se livraient bataille dans le champ clos de la classe pour prendre possession tour à tour du pouvoir ? Non. Ils voyaient bien que le mauvais génie des uns n’était que le détournement et le mauvais usage du bon génie des autres. Sinon, ils n’auraient jamais espéré une quelconque amélioration dans la trajectoire de certains enfants.
Ces souvenirs remontent de ma mémoire en cette fête de la Pentecôte. Qu’appelons-nous « Esprit Saint » ? De par notre création l’Esprit de Dieu nous anime. A l’origine « l’Esprit planait sur les eaux » de la Genèse et le souffle du Seigneur pénétrait la vie de l’être humain pour le faire devenir « image de Dieu » nous dit la Bible. Toute l’histoire du peuple de Dieu témoigne de la présence de cet Esprit divin qui culmine dans la Parole et les actes des prophètes.
Malheureusement ces dons que Dieu nous fait (dont on nous dit qu’ils sont au nombre plénier de 7) pour devenir des hommes selon son désir, nous les dévoyons de leur finalité, comme l’élève qui fait montre de « mauvais esprit ». Connaissance, intelligence, esprit filial, conseil, sagesse, force, respect de Dieu deviennent entre nos mains possessives autant d’atouts et d’outils pour contrarier notre vocation humaine et détériorer la création jusqu’à provoquer leur dégradation. L’énergie divine que Dieu avait infusée en nous se retourne contre Lui et, donc, contre nous.
Il faut que Celui qui possède l’Esprit du Père dans son intégralité, Celui qui fait triompher la Bonté de l’Esprit vienne nous la partager. C’est l’expérience de la Pentecôte ; expérience qui ne se réduit pas à une histoire entre Dieu et moi. Si c’est bien l’Esprit de Dieu dans sa plénitude retrouvée qui inonde ma vie, alors c’est l’humanité entière, et tout l’univers que j’accueille dans l’Esprit. Je me dois de rester ouvert à toutes les « langues-cultures » des hommes, à la plainte étouffée de la terre qui gémit « dans les douleurs de l’enfantement », comme à ses bouffées de joie.
« Fait preuve de mauvais esprit », « contribue au bon esprit de sa classe », telles étaient les appréciations qui fleurissaient parfois en marge de nos bulletins de notes. Nos maîtres d’école étaient satisfaits quand ils étaient parvenus à « faire régner un bon esprit » dans leur école. Ils savaient qu’à la faveur de ce « bon climat» certains écoliers pouvaient révéler des aptitudes insoupçonnées. Mais ils avaient, également, appris de l’expérience qu’il suffisait de deux ou trois énergumènes pour perturber cette météo fragile : rires sous cape, railleries sournoises, moqueries blessantes, bruits insolites, autant de coups de canifs qui venaient déchirer « l’esprit » commun. Croyaient-ils, ces professeurs, que deux esprits, celui du Bien et celui du Mal, se livraient bataille dans le champ clos de la classe pour prendre possession tour à tour du pouvoir ? Non. Ils voyaient bien que le mauvais génie des uns n’était que le détournement et le mauvais usage du bon génie des autres. Sinon, ils n’auraient jamais espéré une quelconque amélioration dans la trajectoire de certains enfants.
Ces souvenirs remontent de ma mémoire en cette fête de la Pentecôte. Qu’appelons-nous « Esprit Saint » ? De par notre création l’Esprit de Dieu nous anime. A l’origine « l’Esprit planait sur les eaux » de la Genèse et le souffle du Seigneur pénétrait la vie de l’être humain pour le faire devenir « image de Dieu » nous dit la Bible. Toute l’histoire du peuple de Dieu témoigne de la présence de cet Esprit divin qui culmine dans la Parole et les actes des prophètes.
Malheureusement ces dons que Dieu nous fait (dont on nous dit qu’ils sont au nombre plénier de 7) pour devenir des hommes selon son désir, nous les dévoyons de leur finalité, comme l’élève qui fait montre de « mauvais esprit ». Connaissance, intelligence, esprit filial, conseil, sagesse, force, respect de Dieu deviennent entre nos mains possessives autant d’atouts et d’outils pour contrarier notre vocation humaine et détériorer la création jusqu’à provoquer leur dégradation. L’énergie divine que Dieu avait infusée en nous se retourne contre Lui et, donc, contre nous.
Il faut que Celui qui possède l’Esprit du Père dans son intégralité, Celui qui fait triompher la Bonté de l’Esprit vienne nous la partager. C’est l’expérience de la Pentecôte ; expérience qui ne se réduit pas à une histoire entre Dieu et moi. Si c’est bien l’Esprit de Dieu dans sa plénitude retrouvée qui inonde ma vie, alors c’est l’humanité entière, et tout l’univers que j’accueille dans l’Esprit. Je me dois de rester ouvert à toutes les « langues-cultures » des hommes, à la plainte étouffée de la terre qui gémit « dans les douleurs de l’enfantement », comme à ses bouffées de joie.
04 mai 2008
Nicodème.
Nicodème, quelle ne fut pas ta déception lorsque tu appris que ce Jésus qui avait fait naître en toi une folle espérance après votre rencontre nocturne, était mort, et, qui plus est, avait été crucifié comme un vaurien ! Totalement désemparé, tu voulus lui témoigner une dernière fois ta reconnaissance, et, accompagné de Joseph d’Arimathie, tu allas demander à Pilate la permission de l’ensevelir correctement.
Toi qui étais Rabbi, maître en Israël, tu étais hanté par la question du Royaume de Dieu, de l’au-delà du temps, de la mort. Tu connaissais parfaitement l’histoire de ton peuple. Depuis la sortie d’Egypte et le retour d’Exil, cette histoire n’avait été que résistance contre toute oppression, perpétuelle insurrection de la Vie.
Certains de tes compatriotes pensaient que les morts séjournaient dans un monde larvaire totalement coupé de Dieu. Mais depuis deux ou trois siècles l’aventure des martyrs d’Israël, les prophéties de Daniel redonnaient une certaine actualité au message du prophète Isaïe qui avait annoncé, autrefois, une nouvelle création.
Tu n’ignorais pas, non plus, que les philosophes grecs très influents à ton époque, croyaient en l’immortalité, mais de l’âme seulement, et que d’autres courants spirituels parlaient de réincarnation et de communication des esprits.
Cette histoire de renaissance te tracassait. Jésus t’avait parlé de l’Esprit qui renouvelait toutes choses. Tu savais aussi qu’il avait rendu la vue aux aveugles, qu’il avait redressé les courbés, relevé les paralysés et même redonné la vie à son ami Lazare. Son passage au milieu des siens s’était déroulé dans un climat de re-création tel, que sa disparition en avait été plus douloureusement ressentie.
Et tu te demandais : Dieu n’était-il pas capable de nous re-susciter à la vie puisqu’il avait créé le monde à son origine à partir de rien, lorsque l’Esprit déjà planait sur les eaux ? S’il avait fait le monde à partir du néant, Il pouvait bien le refaire à partir de la mort !
Ce formidable élan que Jésus impulsait avait échoué sur la croix. Il fallait te rendre à l’évidence et enterrer avec lui tes espoirs les plus fous.
Quelle ne fut pas ta surprise, Nicodème,lorsque trois jours après la mise au tombeau, quelques uns des disciples, et non des moindres, te racontèrent qu’ils l’avaient vu vivant, qu’ils l’avaient touché, qu’ils avaient mangé et bu avec lui !
Alors te revint en mémoire qu’à la fin de ta visite, Il t’avait dit qu’Il lui fallait être élevé. Mais alors, cette ascension, ne l’avait-il pas commencée en montant sur la croix ? L’élévation du crucifié devenait le dernier signe de Celui qui devait, non seulement pénétrer la vie, mais encore la mort et le péché de la puissance de l’amour de Dieu et de son pardon.
L’Evangile ne nous dit pas, Nicodème, si tu es devenu croyant. Mais tous ceux et celles qui ont suivi le Christ et qui ont vécu de son Esprit, tous ceux là, ont désigné le jour de leur mort comme celui de leur véritable naissance. En témoignent les anciennes pierres tombales qui ne comportent qu’une date, celle de la naissance au ciel. Maurice Clavel, le philosophe converti de 68, l’avait désiré pour sa sépulture à Vezelay.
Nicodème, quelle ne fut pas ta déception lorsque tu appris que ce Jésus qui avait fait naître en toi une folle espérance après votre rencontre nocturne, était mort, et, qui plus est, avait été crucifié comme un vaurien ! Totalement désemparé, tu voulus lui témoigner une dernière fois ta reconnaissance, et, accompagné de Joseph d’Arimathie, tu allas demander à Pilate la permission de l’ensevelir correctement.
Toi qui étais Rabbi, maître en Israël, tu étais hanté par la question du Royaume de Dieu, de l’au-delà du temps, de la mort. Tu connaissais parfaitement l’histoire de ton peuple. Depuis la sortie d’Egypte et le retour d’Exil, cette histoire n’avait été que résistance contre toute oppression, perpétuelle insurrection de la Vie.
Certains de tes compatriotes pensaient que les morts séjournaient dans un monde larvaire totalement coupé de Dieu. Mais depuis deux ou trois siècles l’aventure des martyrs d’Israël, les prophéties de Daniel redonnaient une certaine actualité au message du prophète Isaïe qui avait annoncé, autrefois, une nouvelle création.
Tu n’ignorais pas, non plus, que les philosophes grecs très influents à ton époque, croyaient en l’immortalité, mais de l’âme seulement, et que d’autres courants spirituels parlaient de réincarnation et de communication des esprits.
Cette histoire de renaissance te tracassait. Jésus t’avait parlé de l’Esprit qui renouvelait toutes choses. Tu savais aussi qu’il avait rendu la vue aux aveugles, qu’il avait redressé les courbés, relevé les paralysés et même redonné la vie à son ami Lazare. Son passage au milieu des siens s’était déroulé dans un climat de re-création tel, que sa disparition en avait été plus douloureusement ressentie.
Et tu te demandais : Dieu n’était-il pas capable de nous re-susciter à la vie puisqu’il avait créé le monde à son origine à partir de rien, lorsque l’Esprit déjà planait sur les eaux ? S’il avait fait le monde à partir du néant, Il pouvait bien le refaire à partir de la mort !
Ce formidable élan que Jésus impulsait avait échoué sur la croix. Il fallait te rendre à l’évidence et enterrer avec lui tes espoirs les plus fous.
Quelle ne fut pas ta surprise, Nicodème,lorsque trois jours après la mise au tombeau, quelques uns des disciples, et non des moindres, te racontèrent qu’ils l’avaient vu vivant, qu’ils l’avaient touché, qu’ils avaient mangé et bu avec lui !
Alors te revint en mémoire qu’à la fin de ta visite, Il t’avait dit qu’Il lui fallait être élevé. Mais alors, cette ascension, ne l’avait-il pas commencée en montant sur la croix ? L’élévation du crucifié devenait le dernier signe de Celui qui devait, non seulement pénétrer la vie, mais encore la mort et le péché de la puissance de l’amour de Dieu et de son pardon.
L’Evangile ne nous dit pas, Nicodème, si tu es devenu croyant. Mais tous ceux et celles qui ont suivi le Christ et qui ont vécu de son Esprit, tous ceux là, ont désigné le jour de leur mort comme celui de leur véritable naissance. En témoignent les anciennes pierres tombales qui ne comportent qu’une date, celle de la naissance au ciel. Maurice Clavel, le philosophe converti de 68, l’avait désiré pour sa sépulture à Vezelay.
21 avril 2008
Cabanoule
Un lieu-dit du Gard, perché au dessus d’Anduze. Le « Capelan du curé » surveille ce petit hameau qui bruisse encore des marches nocturnes et des assemblées secrètes des Huguenots pourchassés qui se réfugiaient dans leur « désert » tout proche. Chênes verts et pins sylvestres unissent leurs maigres forces afin de recouvrir les sentiers forestiers de leur bienveillance ombrageuse.
Pour y parvenir et en partant de l’Occident des Pyrénées, il faut changer de correspondance à Toulouse et Montpellier. Immenses gares grouillantes, pleines à craquer et vides à en pleurer. Des centaines de passagers se croisent sans un mot, sans un sourire, le regard fixe, comme si chacun flottait dans le vide, occupé à trouver son chemin parmi les autres humains inexistants. Ceux-ci pourraient être plus nombreux encore, puisqu’ils n’existent pas. Dans la brasserie quelques jeunes parlent. Les uns portent un uniforme de police, les autres celui des petits caïds des halls d’HLM. Le ton monte, la tension est palpable, le silence alentour se fait lourd de réprobations opposées, le groupe quitte les lieux. Le grand vide tourbillonnant s’installe à nouveau.
Cabanoule. Au terme d’un itinéraire aux noms fleuris, une vieille bâtisse transformée en petit monastère de « La paix Dieu » et onze religieuses cisterciennes. Et, tout à coup, la sensation d’une présence, d’un plein…mais léger, d’un silence… mais habité. Des pas feutrés, des portes qui ne claquent pas, des sourires, des regards vivants… des étudiants qui bûchent leurs examens, des sessionistes sérieux. Dès quatre heures et jusqu’à vingt heures les sentinelles silencieuses et priantes de cette combe sauvage veillent, accueillent, n’imposent rien. Seule la cloche rappelle : « Si tu veux chanter les psaumes… »
L’usager de la gare devenu spectateur de ce monde nouveau se pose alors la question : « La vie, la vraie, qui l’a trouvée ? Ces milliers d’automates planant au dessus d’eux-mêmes et des autres ou ces onze orantes dans leur solitude commune ? »
Et cependant, dans ces gares, dans ces métropoles urbaines, chacun cherche une présence et peut être d’abord la sienne. Une présence qui vienne combler le grand vide, rompre sa solitude immense et intime. C’est le moment de recueillir dans le silence léger les mots furtifs du Libre Passant : « Je suis le chemin… Comme je suis présent à mon Père, je puis être présent à toi…mais, seulement, si tu le veux. »
Un lieu-dit du Gard, perché au dessus d’Anduze. Le « Capelan du curé » surveille ce petit hameau qui bruisse encore des marches nocturnes et des assemblées secrètes des Huguenots pourchassés qui se réfugiaient dans leur « désert » tout proche. Chênes verts et pins sylvestres unissent leurs maigres forces afin de recouvrir les sentiers forestiers de leur bienveillance ombrageuse.
Pour y parvenir et en partant de l’Occident des Pyrénées, il faut changer de correspondance à Toulouse et Montpellier. Immenses gares grouillantes, pleines à craquer et vides à en pleurer. Des centaines de passagers se croisent sans un mot, sans un sourire, le regard fixe, comme si chacun flottait dans le vide, occupé à trouver son chemin parmi les autres humains inexistants. Ceux-ci pourraient être plus nombreux encore, puisqu’ils n’existent pas. Dans la brasserie quelques jeunes parlent. Les uns portent un uniforme de police, les autres celui des petits caïds des halls d’HLM. Le ton monte, la tension est palpable, le silence alentour se fait lourd de réprobations opposées, le groupe quitte les lieux. Le grand vide tourbillonnant s’installe à nouveau.
Cabanoule. Au terme d’un itinéraire aux noms fleuris, une vieille bâtisse transformée en petit monastère de « La paix Dieu » et onze religieuses cisterciennes. Et, tout à coup, la sensation d’une présence, d’un plein…mais léger, d’un silence… mais habité. Des pas feutrés, des portes qui ne claquent pas, des sourires, des regards vivants… des étudiants qui bûchent leurs examens, des sessionistes sérieux. Dès quatre heures et jusqu’à vingt heures les sentinelles silencieuses et priantes de cette combe sauvage veillent, accueillent, n’imposent rien. Seule la cloche rappelle : « Si tu veux chanter les psaumes… »
L’usager de la gare devenu spectateur de ce monde nouveau se pose alors la question : « La vie, la vraie, qui l’a trouvée ? Ces milliers d’automates planant au dessus d’eux-mêmes et des autres ou ces onze orantes dans leur solitude commune ? »
Et cependant, dans ces gares, dans ces métropoles urbaines, chacun cherche une présence et peut être d’abord la sienne. Une présence qui vienne combler le grand vide, rompre sa solitude immense et intime. C’est le moment de recueillir dans le silence léger les mots furtifs du Libre Passant : « Je suis le chemin… Comme je suis présent à mon Père, je puis être présent à toi…mais, seulement, si tu le veux. »
10 avril 2008
Vingt-Trois :
C’est le nom du cardinal de Paris. Il pose un diagnostic clair de l’Eglise de France. Elle est fatiguée, constate-il. « Mais plus que la lassitude quotidienne qui ne nous effraie pas (il parle des prêtres diocésains), ce qui pèse le plus lourd, c’est le sentiment, plus ou moins fort, d’être entraînés comme dans un tourbillon dont ni le sens ni le but ne sont clairs et de ne pas voir encore se lever la génération de nos successeurs. » Il a raison. Ce qui est lassant et encore plus énervant, ce sont encore ces propos sempiternellement rassurants qui incitent à rester dans le tourbillon et à s’étourdir suffisamment pour se donner au moins bonne conscience : « J’ai fait tout ce que j’ai pu, j’ai ramé comme un forçat sans changer de direction, sans remise en question de la navigation, Dieu s’y retrouvera… »
L’un des ces discours est particulièrement subtil. « De quoi vous plaignez vous les chrétiens ? La société civile, du moins en Occident, a fait siens les principes essentiels de votre religion. On se soucie des malades, on ne laisse pas les chômeurs sans allocations, on aide les mères célibataires, on éduque les enfants, on assiste les vieillards, on muselle les violents, on respecte les opposants. Bref, les droits humains sont une des préoccupations essentielles des citoyens et des gouvernants. L’Eglise a réussi puisque le message évangélique est passé dans les mœurs. Il est donc normal qu’elle se sente moins utile, qu’elle fasse moins recette. Ce qu’elle offrait autrefois sur les autels en exclusivité se retrouve sur tous les étals en sécularisé. ! » Ce genre de raisonnement rappelle l’espoir que faisaient naître les progrès de la science à la fin du 19ème siècle et que certains esprits éclairés formulaient ainsi: « Plus la civilisation se développera, plus vite la religion disparaîtra ! »
C’est oublier qu’une civilisation coupée de ses racines tombe très vite en barbarie. Ce sont bien des jeunes hommes d’un pays civilisé qui ont déployé une banderole insultante dans des tribunes d’un stade. Ce sont, certainement, des gens scolarisés dans l’école de la République qui ont saccagé le carré musulman d’un cimetière militaire. Sans fouiller dans le registre raciste ou haineux, ce sont bien des enfants de gentils parents qui ont continué leurs tours de manège tout près des médecins et pompiers qui s’affairaient à soigner d’autres enfants blessés par un de ces engins emballé : « Vous comprenez ils auraient été traumatisés et... ils avaient payé leur ticket ! » Ce sont même des personnes d’un certain âge qui n’arrêtent plus leur voiture lorsqu’un cortège conduit un frère humain au cimetière ; et encore moins lorsque le monument aux morts a la mauvaise idée de se situer au bord de la route, et que, le 11 novembre, quelques attardés égrènent les « morts pour la France » en souvenir de ceux grâce auxquels nous sommes là. Et que dire encore de ces dates de fêtes religieuses qui n’évoquent plus que départs en vacances, bouchons de la circulation, ripailles des enfants de Dieu. De quoi nous plaignons nous puisque Emmaüs évoquera pour quelques initiés un Abbé coiffé d’un béret et pour les autres le bric à brac du dimanche après midi.
Oui, il est plus que temps Monsieur le cardinal, de prendre au sérieux vos propos. Les prêtres sont lassés, mais les fidèles aussi, de tenir à bout de bras un paquebot surchargé de ravitaillement spirituel dont de trop nombreux passagers n’ont plus le goût. Il est temps de mouiller le bateau dans une crique abritée, de poser les rames, de prendre le temps nécessaire pour nous demander non pas comment perpétuer notre belle civilisation, mais comment l’évangéliser. Alors, « nous et l’Esprit Saint » nous allégerons la barque et, enfin, nous nous occuperons de jeter le filet…et tous les pêcheurs savent qu’il est moins fatiguant de tirer un filet plein à craquer que de passer le temps à laver le pont !
C’est le nom du cardinal de Paris. Il pose un diagnostic clair de l’Eglise de France. Elle est fatiguée, constate-il. « Mais plus que la lassitude quotidienne qui ne nous effraie pas (il parle des prêtres diocésains), ce qui pèse le plus lourd, c’est le sentiment, plus ou moins fort, d’être entraînés comme dans un tourbillon dont ni le sens ni le but ne sont clairs et de ne pas voir encore se lever la génération de nos successeurs. » Il a raison. Ce qui est lassant et encore plus énervant, ce sont encore ces propos sempiternellement rassurants qui incitent à rester dans le tourbillon et à s’étourdir suffisamment pour se donner au moins bonne conscience : « J’ai fait tout ce que j’ai pu, j’ai ramé comme un forçat sans changer de direction, sans remise en question de la navigation, Dieu s’y retrouvera… »
L’un des ces discours est particulièrement subtil. « De quoi vous plaignez vous les chrétiens ? La société civile, du moins en Occident, a fait siens les principes essentiels de votre religion. On se soucie des malades, on ne laisse pas les chômeurs sans allocations, on aide les mères célibataires, on éduque les enfants, on assiste les vieillards, on muselle les violents, on respecte les opposants. Bref, les droits humains sont une des préoccupations essentielles des citoyens et des gouvernants. L’Eglise a réussi puisque le message évangélique est passé dans les mœurs. Il est donc normal qu’elle se sente moins utile, qu’elle fasse moins recette. Ce qu’elle offrait autrefois sur les autels en exclusivité se retrouve sur tous les étals en sécularisé. ! » Ce genre de raisonnement rappelle l’espoir que faisaient naître les progrès de la science à la fin du 19ème siècle et que certains esprits éclairés formulaient ainsi: « Plus la civilisation se développera, plus vite la religion disparaîtra ! »
C’est oublier qu’une civilisation coupée de ses racines tombe très vite en barbarie. Ce sont bien des jeunes hommes d’un pays civilisé qui ont déployé une banderole insultante dans des tribunes d’un stade. Ce sont, certainement, des gens scolarisés dans l’école de la République qui ont saccagé le carré musulman d’un cimetière militaire. Sans fouiller dans le registre raciste ou haineux, ce sont bien des enfants de gentils parents qui ont continué leurs tours de manège tout près des médecins et pompiers qui s’affairaient à soigner d’autres enfants blessés par un de ces engins emballé : « Vous comprenez ils auraient été traumatisés et... ils avaient payé leur ticket ! » Ce sont même des personnes d’un certain âge qui n’arrêtent plus leur voiture lorsqu’un cortège conduit un frère humain au cimetière ; et encore moins lorsque le monument aux morts a la mauvaise idée de se situer au bord de la route, et que, le 11 novembre, quelques attardés égrènent les « morts pour la France » en souvenir de ceux grâce auxquels nous sommes là. Et que dire encore de ces dates de fêtes religieuses qui n’évoquent plus que départs en vacances, bouchons de la circulation, ripailles des enfants de Dieu. De quoi nous plaignons nous puisque Emmaüs évoquera pour quelques initiés un Abbé coiffé d’un béret et pour les autres le bric à brac du dimanche après midi.
Oui, il est plus que temps Monsieur le cardinal, de prendre au sérieux vos propos. Les prêtres sont lassés, mais les fidèles aussi, de tenir à bout de bras un paquebot surchargé de ravitaillement spirituel dont de trop nombreux passagers n’ont plus le goût. Il est temps de mouiller le bateau dans une crique abritée, de poser les rames, de prendre le temps nécessaire pour nous demander non pas comment perpétuer notre belle civilisation, mais comment l’évangéliser. Alors, « nous et l’Esprit Saint » nous allégerons la barque et, enfin, nous nous occuperons de jeter le filet…et tous les pêcheurs savent qu’il est moins fatiguant de tirer un filet plein à craquer que de passer le temps à laver le pont !
01 avril 2008
L’aronde légère
Les trois petites fusées venues en reconnaissance rapprochée à l’heure du printemps se sont transformées en escadrilles de chasse. Garez vous mouches, moustiques et moucherons, alerte à toute la gent ailée. Par temps d’orage vous n’échapperez pas à leur rase motte périlleux ; les jours de grand soleil évitez les balades sur les ondes azurées. Quand les Spitfires sont de sortie tout objectif visé par leur radar se transforme en cible gustative de choix. Virages sur l’aile, vrilles, piqués, vols planés, c’est un festival de l’acrobatie aérienne la plus sophistiquée, dans la catégorie des figures libres et improvisées.
Les inventeurs du futur nous prédisent un avion à ailes modulables qui pourrait rivaliser avec les prouesses de l’oiseau. Icare s’en lèche les plumes de plaisir.
Je lance un défi à tous les « Latécoère » du monde. Qu’ils fabriquent un avion aussi reproductible, aussi peu polluant et aussi gazouillant qu’une hirondelle de printemps et je me fais parachutiste !
Emplissez le ciel joyeuses commères et racontez- nous sans fin vos voyages au long cours dans ces pays chauds qui vous accueillent, sans papiers et sans formalités, pour le seul plaisir de nous faire rêver…
« Le passereau même a trouvé une maison,
et l’hirondelle un nid pour elle
où elle pose ses petits :
tes autels, Seigneur,
mon Roi et mon Dieu… »Psaume 84
Les trois petites fusées venues en reconnaissance rapprochée à l’heure du printemps se sont transformées en escadrilles de chasse. Garez vous mouches, moustiques et moucherons, alerte à toute la gent ailée. Par temps d’orage vous n’échapperez pas à leur rase motte périlleux ; les jours de grand soleil évitez les balades sur les ondes azurées. Quand les Spitfires sont de sortie tout objectif visé par leur radar se transforme en cible gustative de choix. Virages sur l’aile, vrilles, piqués, vols planés, c’est un festival de l’acrobatie aérienne la plus sophistiquée, dans la catégorie des figures libres et improvisées.
Les inventeurs du futur nous prédisent un avion à ailes modulables qui pourrait rivaliser avec les prouesses de l’oiseau. Icare s’en lèche les plumes de plaisir.
Je lance un défi à tous les « Latécoère » du monde. Qu’ils fabriquent un avion aussi reproductible, aussi peu polluant et aussi gazouillant qu’une hirondelle de printemps et je me fais parachutiste !
Emplissez le ciel joyeuses commères et racontez- nous sans fin vos voyages au long cours dans ces pays chauds qui vous accueillent, sans papiers et sans formalités, pour le seul plaisir de nous faire rêver…
« Le passereau même a trouvé une maison,
et l’hirondelle un nid pour elle
où elle pose ses petits :
tes autels, Seigneur,
mon Roi et mon Dieu… »Psaume 84
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