Baptême
Les beaux jours sont propices aux célébrations de baptêmes. Comment faire comprendre la portée incalculable de ce geste dans une perspective chrétienne ? M’appuyant sur l’étymologie du mot, je parle de trois plongées.
Première immersion dans l’eau. L'eau, l’un des plus forts symboles de la vie, utilisé dans toutes les cultures et toutes les civilisations : eau du ventre maternel, eau de la fécondation des plantes, eau des origines de la vie, sans oublier l’eau dévastatrice du déluge. Une vie que l’on ne transmet que parce qu’on l’a reçue, une vie qui vient d’un ailleurs que les religions appellent Dieu. Et voilà l’enfant ou l’adulte plongé dans la source de l’être et de l’humanité.
Deuxième baptême celui qui se réfère à l’Histoire du peuple de la Bible. Celle-ci nous parle d’un Jean le Baptiste qui proposait un baptême de conversion. On savait dans le Judaïsme qu’on ne pouvait entrer dans le Royaume de la fin des temps sans repasser le Jourdain à la manière de Josué. Voilà pourquoi le Prophète se tenait sur les rives du fleuve et accueillait ceux qui croyaient à l’imminence de cet évènement. Jésus était parmi eux. Mais les évangélistes insistent pour nous dire qu’après le Baptême de Jean « les cieux s’ouvrirent et une voix se fit entendre… » Deux choses réputées impossibles dans la religion officielle qui, au contraire, pensait que depuis la mort des derniers prophètes, aucune voix ne pouvait s’entendre, que les cieux étaient fermées à toute nouvelle révélation et qu’on pouvait aussi se dispenser des signes miraculeux. Le baptême de Jésus le plonge dans la grande histoire messianique du peuple de Dieu et en même temps la bouleverse dans le sens d’un accomplissement.
Troisième plongée : celle qui consiste à entrer dans l’Esprit Saint du Christ. Le cycle vie et mort de la nature se heurte à l’impasse du fini. La mort de tout être est programmée ; le cycle lui-même s’achèvera. Plonger seulement dans la vie, c’est oublier qu’elle porte en elle sa propre fin. Quant au baptême prophétique de Jean, il se rendra à l’évidence de la réalité. Le Royaume n’est pas à portée d’une conversion ascétique ou d’une révolution sociale. Il est à venir et à recevoir. Et c’est dans le Christ que nous reconnaissons cet avènement et cette réalisation anticipée. C’est pourquoi plonger dans l’Esprit du Christ, présence active de la Trinité, c’est s’immerger dans une mort qui ne signe pas le début du néant mais qui inaugure une vie Autre.
Plongée dans une vie donnée,
Plongée dans une histoire de salut
Plongée dans une Présence à n’en plus finir, tel est notre Baptême…
…et tel est le message que parfois il m’arrive d’énoncer…quand le bébé me laisse la parole (au passage merci à Inès, à Chloé et à Raphaël), quand les parents se sont préparés, quand les grands parents n’excitent pas l’enfant par leurs minauderies et que les autres ne sont pas obsédés par l’appareil numérique…
31 août 2006
16 août 2006
Peurs et soucis à l'infini.
Chacun peut constater, aujourd’hui, un manque d’éducation généralisé qui n’affecte pas seulement les enfants mais également leurs parents. Les invectives que les uns emploient à l’égard des autres atteignent parfois un degré de grossièreté qui dénote, sous le prétexte de la familiarité, une absence totale de respect. « Mon petit loup » élevé sans d’autre repère que son instinct d’auto défense deviendra un loup ou un asocial.
A l’opposé de ce comportement, je constate une attitude parentale qui se répand de plus en plus. Désirant par-dessus tout que leur enfant vive dans les meilleures conditions et les meilleures dispositions possibles, de jeunes et de moins jeunes parents organisent dans le moindre détail, prévoient le pire, protègent leur progéniture au point qu’ils vivent dans une angoisse perpétuelle qui les mine et qui les exténue…et qui parfois les conduit à ignorer totalement les malheurs ou les attentes des autres humains trop lointains. « Hors de ma famille le monde n’existe pas ou du moins je ne lui accorde qu’une attention relative. Dès qu’un évènement grave atteint mes proches le monde entier s’écroule, quand je ne l’accuse pas d’être sourd à ma plainte! »
Ce besoin de se sentir absolument indispensable pour ses proches ne cache t-il pas un constat d’absence ; absence de ce qu’on appelait une « vie intérieure » ? Cette présence assidue et « collante » à ses proches n’est-elle pas l’aveu que l’on considère qu’ils n’ont aucune ressource intérieure pour faire face tout seuls à certaines situations ou pour répondre au mieux à certaines questions ? Je sais bien que le portable est aujourd’hui un outil indispensable mais jusqu’où peut-il remplacer le discernement personnel ? Jusqu’à quand garder ce cordon ombilical qui empêche les uns de grandir dans leur personnalité et qui maintient les autres dans le sentiment angoissant d’être appelé « au cas où » ? « Je répond à tout donc je suis ». A la limite: "Donne nous aujourd'hui notre souci quotidien"...sinon nous ne vivons plus.
La distance ne s’oppose pas à la présence, elle est une forme de respect et le respect permet à l’autre d’exister en tant que tel.
La vie intérieure demande un dialogue constant avec sa conscience. Une conscience éclairée a besoin d’une lumière qui puisse justement permettre à l’enfant ou à l'autre de se libérer progressivement de toute tutelle excessive des parents mais aussi des influences extérieures. N’y aurait-il pas grand soulagement pour certains parents de savoir qu’en toutes circonstances leur enfant ou leur jeune entretient une relation intime avec Dieu qui les aime plus qu’eux-mêmes ? Et si le coup dur survient, qu’elle n’est pas leur espérance de savoir qu’un autre Esprit leur donne force et que d’autres bras accueillent et protège le malheureux !
La vie « quotidienne » appelle une vie « intérieure », une vie « intérieure » demande une vie « spirituelle ».
« Propos de célibataire sans enfant », me direz-vous…je sais…
Chacun peut constater, aujourd’hui, un manque d’éducation généralisé qui n’affecte pas seulement les enfants mais également leurs parents. Les invectives que les uns emploient à l’égard des autres atteignent parfois un degré de grossièreté qui dénote, sous le prétexte de la familiarité, une absence totale de respect. « Mon petit loup » élevé sans d’autre repère que son instinct d’auto défense deviendra un loup ou un asocial.
A l’opposé de ce comportement, je constate une attitude parentale qui se répand de plus en plus. Désirant par-dessus tout que leur enfant vive dans les meilleures conditions et les meilleures dispositions possibles, de jeunes et de moins jeunes parents organisent dans le moindre détail, prévoient le pire, protègent leur progéniture au point qu’ils vivent dans une angoisse perpétuelle qui les mine et qui les exténue…et qui parfois les conduit à ignorer totalement les malheurs ou les attentes des autres humains trop lointains. « Hors de ma famille le monde n’existe pas ou du moins je ne lui accorde qu’une attention relative. Dès qu’un évènement grave atteint mes proches le monde entier s’écroule, quand je ne l’accuse pas d’être sourd à ma plainte! »
Ce besoin de se sentir absolument indispensable pour ses proches ne cache t-il pas un constat d’absence ; absence de ce qu’on appelait une « vie intérieure » ? Cette présence assidue et « collante » à ses proches n’est-elle pas l’aveu que l’on considère qu’ils n’ont aucune ressource intérieure pour faire face tout seuls à certaines situations ou pour répondre au mieux à certaines questions ? Je sais bien que le portable est aujourd’hui un outil indispensable mais jusqu’où peut-il remplacer le discernement personnel ? Jusqu’à quand garder ce cordon ombilical qui empêche les uns de grandir dans leur personnalité et qui maintient les autres dans le sentiment angoissant d’être appelé « au cas où » ? « Je répond à tout donc je suis ». A la limite: "Donne nous aujourd'hui notre souci quotidien"...sinon nous ne vivons plus.
La distance ne s’oppose pas à la présence, elle est une forme de respect et le respect permet à l’autre d’exister en tant que tel.
La vie intérieure demande un dialogue constant avec sa conscience. Une conscience éclairée a besoin d’une lumière qui puisse justement permettre à l’enfant ou à l'autre de se libérer progressivement de toute tutelle excessive des parents mais aussi des influences extérieures. N’y aurait-il pas grand soulagement pour certains parents de savoir qu’en toutes circonstances leur enfant ou leur jeune entretient une relation intime avec Dieu qui les aime plus qu’eux-mêmes ? Et si le coup dur survient, qu’elle n’est pas leur espérance de savoir qu’un autre Esprit leur donne force et que d’autres bras accueillent et protège le malheureux !
La vie « quotidienne » appelle une vie « intérieure », une vie « intérieure » demande une vie « spirituelle ».
« Propos de célibataire sans enfant », me direz-vous…je sais…
07 août 2006
Pauvre Liban.
Une fois encore le Liban est pris comme otage dans la guerre sans merci que se livrent ses voisins. On ne lui pardonnera jamais ses deux péchés d’origine. L’un consiste à être l’ami de la France et de la représenter dans un Proche Orient qui échappe à l’hégémonie américaine. L’autre tare à supporter est d’abriter une forte communauté de chrétiens dans une région majoritairement musulmane. Pierre Claverie l’évêque d’Oran, assassiné il y a dix ans, avait bien raison de mettre en garde les démocraties occidentales contre la tentation du communautarisme, en prenant l’exemple du destin tragique du Liban.
Ceux et celles qui veulent se remémorer l’histoire complexe des relations entre les Israéliens et les Palestiniens depuis 1948, pourront en suivre les méandres au travers du récit émouvant que fait Elias Chacour prêtre, arabe et citoyen israélien, de sa propre vie. Cet ouvrage édité pour la première fois en américain en 1984 a été réédité aux éditions de l’Emmanuel en 2003. Cet infatigable artisan de la paix a su faire fleurir au sein d’interminables conflits de beaux bouquets d’espérance. « Heureux les artisans de Paix ! »
Une fois encore le Liban est pris comme otage dans la guerre sans merci que se livrent ses voisins. On ne lui pardonnera jamais ses deux péchés d’origine. L’un consiste à être l’ami de la France et de la représenter dans un Proche Orient qui échappe à l’hégémonie américaine. L’autre tare à supporter est d’abriter une forte communauté de chrétiens dans une région majoritairement musulmane. Pierre Claverie l’évêque d’Oran, assassiné il y a dix ans, avait bien raison de mettre en garde les démocraties occidentales contre la tentation du communautarisme, en prenant l’exemple du destin tragique du Liban.
Ceux et celles qui veulent se remémorer l’histoire complexe des relations entre les Israéliens et les Palestiniens depuis 1948, pourront en suivre les méandres au travers du récit émouvant que fait Elias Chacour prêtre, arabe et citoyen israélien, de sa propre vie. Cet ouvrage édité pour la première fois en américain en 1984 a été réédité aux éditions de l’Emmanuel en 2003. Cet infatigable artisan de la paix a su faire fleurir au sein d’interminables conflits de beaux bouquets d’espérance. « Heureux les artisans de Paix ! »
27 juillet 2006
Concert.
Il devient de plus en plus fréquent de voir nos vieilles églises rurales, souvent joliment restaurées, servir de salles de concert. Deux artistes locaux se produisaient, il y a quelques jours, dans celle de mon village. Un pianiste et une violoncelliste. Chopin, Schubert, Grieg figuraient au programme. Le maire fit un discours de bienvenue, un silence « religieux » s’instaura et la « grande musique », comme on disait dans mon enfance, nous régala.
Emporté par la virtuosité des acteurs et les sonorités des instruments, je me demandai, une fois de plus, quelle était la part du piano et celle du pianiste ; qu’est qui était du violon et qu’est ce qui était de la violoncelliste ; quel était le rôle de l’assemblée et celui des lieux ? Sans oublier celui de l’auteur ? Chacune des parties se révélait indispensable à l’ensemble ; chacune se faisait oublier pour mettre l’autre en valeur ; aucune cependant ne se confondait avec une autre. Peut-on dire qu’il en va de même de l’inspiration des textes sacrés ? Comment partager, dans une page du livre d’Isaïe, ce qui est de l’Israélite vivant au 7ème avant Jésus Christ dans un pays défini, déchiré par des conflits régionaux et ce qui dépend du croyant inspiré relisant son histoire et celle de son peuple à la lumière divine ? Et 28 siècles plus tard, cette parole qui féconde encore la vie d’un croyant d’aujourd’hui, n’est-elle pas « inspirée » pour celui ou celle qui le côtoie et en qui elle résonne encore ? L’inspiration ainsi comprise n’a rein à voir avec le clic du « copier-coller », auquel on veut encore réduire la rédaction des textes fondateurs des religions révélées !
Revenons à ma petite église. Curieuse France républicaine où un an après le centenaire de la séparation des Eglises et de l’Etat, le maire reprenant la parole « priait » chacun de bien vouloir partager une boisson rafraîchissante dont le public avait bien besoin ! Que dirait le prophète ? Apaisement et réconciliation des « deux France » ? Ouverture et souci du Bien commun de la part de la communauté catholique ? Reprise en main déguisée de bâtiments déjà spoliés par l’Etat ? Substitution d’une Eglise qui ne peut plus se permettre d’entretenir des artistes au service de sa liturgie, par un Etat qui dispense ses subventions en conservant les œuvres du passé ? Comment éviter que nos vieilles églises ne deviennent bientôt des « conservatoires », y compris d’une religion des ancêtres!!
Il devient de plus en plus fréquent de voir nos vieilles églises rurales, souvent joliment restaurées, servir de salles de concert. Deux artistes locaux se produisaient, il y a quelques jours, dans celle de mon village. Un pianiste et une violoncelliste. Chopin, Schubert, Grieg figuraient au programme. Le maire fit un discours de bienvenue, un silence « religieux » s’instaura et la « grande musique », comme on disait dans mon enfance, nous régala.
Emporté par la virtuosité des acteurs et les sonorités des instruments, je me demandai, une fois de plus, quelle était la part du piano et celle du pianiste ; qu’est qui était du violon et qu’est ce qui était de la violoncelliste ; quel était le rôle de l’assemblée et celui des lieux ? Sans oublier celui de l’auteur ? Chacune des parties se révélait indispensable à l’ensemble ; chacune se faisait oublier pour mettre l’autre en valeur ; aucune cependant ne se confondait avec une autre. Peut-on dire qu’il en va de même de l’inspiration des textes sacrés ? Comment partager, dans une page du livre d’Isaïe, ce qui est de l’Israélite vivant au 7ème avant Jésus Christ dans un pays défini, déchiré par des conflits régionaux et ce qui dépend du croyant inspiré relisant son histoire et celle de son peuple à la lumière divine ? Et 28 siècles plus tard, cette parole qui féconde encore la vie d’un croyant d’aujourd’hui, n’est-elle pas « inspirée » pour celui ou celle qui le côtoie et en qui elle résonne encore ? L’inspiration ainsi comprise n’a rein à voir avec le clic du « copier-coller », auquel on veut encore réduire la rédaction des textes fondateurs des religions révélées !
Revenons à ma petite église. Curieuse France républicaine où un an après le centenaire de la séparation des Eglises et de l’Etat, le maire reprenant la parole « priait » chacun de bien vouloir partager une boisson rafraîchissante dont le public avait bien besoin ! Que dirait le prophète ? Apaisement et réconciliation des « deux France » ? Ouverture et souci du Bien commun de la part de la communauté catholique ? Reprise en main déguisée de bâtiments déjà spoliés par l’Etat ? Substitution d’une Eglise qui ne peut plus se permettre d’entretenir des artistes au service de sa liturgie, par un Etat qui dispense ses subventions en conservant les œuvres du passé ? Comment éviter que nos vieilles églises ne deviennent bientôt des « conservatoires », y compris d’une religion des ancêtres!!
24 juillet 2006
« Reposez-vous un peu »
« Venez à l’écart et reposez- vous un peu » (Mc 6,31), c’est le conseil que donne Jésus à ses apôtres de retour de mission. Ceux-ci ont à peine le temps de faire un compte rendu de leurs activités, que Jésus, sans attendre de faire un bilan, sans examiner si les objectifs sont atteints, leur enjoint de se reposer. Joli pied de nez à notre société qui ne pense qu’en termes d’étude de marché, de résultats obtenus ou d’objectifs réussis. Avant Lui, un Autre s’était reposé le 7ème jour. La Bible indiquait ainsi que le but de la création n’était pas dans le projet réalisé mais dans l’Auteur à contempler et à aimer.
Une fausse idée voudrait nous faire croire que notre société de loisirs répond au dessein de Dieu sur l’humanité, enfin libérée du travail. Les 35 heures et les RTT seraient une application moderne du « reposez- vous un peu ». Ce serait confondre « loisir » et « repos en Dieu ». Or nous savons bien qu’il existe une sorte de frénésie de loisirs qui n’a pour but que de distraire du présent,de fuir les questions importantes que la réalité de nos vies nous impose, mais auusi de remplir les tiroirs caisses. Que de loisirs finissent par devenir des occupations harassantes et parfois abrutissantes !
Au stress, à la pression, à l’énervement permanent et entretenu opposons le calme et la sérénité de ceux et celles qui croient davantage à la fécondité d’une présence gratuite qu’à l’efficacité d’une agitation débridée.
« Venez à l’écart et reposez- vous un peu » (Mc 6,31), c’est le conseil que donne Jésus à ses apôtres de retour de mission. Ceux-ci ont à peine le temps de faire un compte rendu de leurs activités, que Jésus, sans attendre de faire un bilan, sans examiner si les objectifs sont atteints, leur enjoint de se reposer. Joli pied de nez à notre société qui ne pense qu’en termes d’étude de marché, de résultats obtenus ou d’objectifs réussis. Avant Lui, un Autre s’était reposé le 7ème jour. La Bible indiquait ainsi que le but de la création n’était pas dans le projet réalisé mais dans l’Auteur à contempler et à aimer.
Une fausse idée voudrait nous faire croire que notre société de loisirs répond au dessein de Dieu sur l’humanité, enfin libérée du travail. Les 35 heures et les RTT seraient une application moderne du « reposez- vous un peu ». Ce serait confondre « loisir » et « repos en Dieu ». Or nous savons bien qu’il existe une sorte de frénésie de loisirs qui n’a pour but que de distraire du présent,de fuir les questions importantes que la réalité de nos vies nous impose, mais auusi de remplir les tiroirs caisses. Que de loisirs finissent par devenir des occupations harassantes et parfois abrutissantes !
Au stress, à la pression, à l’énervement permanent et entretenu opposons le calme et la sérénité de ceux et celles qui croient davantage à la fécondité d’une présence gratuite qu’à l’efficacité d’une agitation débridée.
12 juillet 2006
Benoît.
Dans les volutes d’encens et les mélodies grégoriennes, les bénédictins de Belloc et leurs sœurs voisines, ont fêté Benoît leur père fondateur et patron de l’Europe .Encore sous le coup des liturgies névrotiques et dramatiques du mondial de foot, quelques amis de l’abbaye plongés en douceur dans la beauté et la simplicité des rites, ont pu évacuer les miasmes du grand cirque païen. Les bénédictins sont restés les grands maîtres d’une liturgie de la maîtrise de soi et de la retenue qui focalise l’assemblée non pas sur les acteurs mais sur l’Autre. « Quand deux ou trois se réunissent en mon nom, Je suis, au milieu d’eux… » Un certain cardinal amateur d’une « réforme de la réforme liturgique » et du latin asiatique devrait venir passer quelques jours à Notre Dame de Belloc. Il se souviendrait peut être que notre Dieu a quitté les cieux pour s’incarner dans les visages d’une multitude et que s’il y a pour nous un symbole matériel de Présence, c’est l’autel de l’Eucharistie et non plus le temple céleste des divinités naturalisées.
Amis lecteurs, pour ce temps de moindre activité « bloggeuse », je vous propose de méditer quelques extraits de l’hymne de la fête de St Benoît :
Vivre à Dieu seul
Et se tenir en sa présence,
Tout quitter pour attendre la paix
Choisir le silence
Pour saisir la Parole,
Pour être ce disciple aux aguets
D’un mot, d’un ordre.
Fuir au désert
Mais rassembler dans la louange
Consentir à toujours commencer,
Traduire en patience
Le désir du royaume
Pouvoir être trahi sans cesser
De croire aux l’hommes
Voir l’univers
A sa mesure véritable,
L’univers comme un point lumineux,
Léger grain de sable
Que l’Amour transfigure ;
Savoir que toute chose est en Dieu
Précieuse et pure.
Dans les volutes d’encens et les mélodies grégoriennes, les bénédictins de Belloc et leurs sœurs voisines, ont fêté Benoît leur père fondateur et patron de l’Europe .Encore sous le coup des liturgies névrotiques et dramatiques du mondial de foot, quelques amis de l’abbaye plongés en douceur dans la beauté et la simplicité des rites, ont pu évacuer les miasmes du grand cirque païen. Les bénédictins sont restés les grands maîtres d’une liturgie de la maîtrise de soi et de la retenue qui focalise l’assemblée non pas sur les acteurs mais sur l’Autre. « Quand deux ou trois se réunissent en mon nom, Je suis, au milieu d’eux… » Un certain cardinal amateur d’une « réforme de la réforme liturgique » et du latin asiatique devrait venir passer quelques jours à Notre Dame de Belloc. Il se souviendrait peut être que notre Dieu a quitté les cieux pour s’incarner dans les visages d’une multitude et que s’il y a pour nous un symbole matériel de Présence, c’est l’autel de l’Eucharistie et non plus le temple céleste des divinités naturalisées.
Amis lecteurs, pour ce temps de moindre activité « bloggeuse », je vous propose de méditer quelques extraits de l’hymne de la fête de St Benoît :
Vivre à Dieu seul
Et se tenir en sa présence,
Tout quitter pour attendre la paix
Choisir le silence
Pour saisir la Parole,
Pour être ce disciple aux aguets
D’un mot, d’un ordre.
Fuir au désert
Mais rassembler dans la louange
Consentir à toujours commencer,
Traduire en patience
Le désir du royaume
Pouvoir être trahi sans cesser
De croire aux l’hommes
Voir l’univers
A sa mesure véritable,
L’univers comme un point lumineux,
Léger grain de sable
Que l’Amour transfigure ;
Savoir que toute chose est en Dieu
Précieuse et pure.
28 juin 2006
Dominique.
Dominique, 43 ans, ingénieur chimiste, excellent musicien et chef de chœur vient d’être ordonné prêtre. Quand il avait 20 ans, étudiant à Pau, j’étais aumônier de l’Université. Pris dans la ferveur d’une cathédrale bondée, au moment où il se prosterne face contre terre, je mesure ce qui me rapproche de lui et en même temps ce qui nous sépare. Entre lui et moi, il y a le même appel, le même Seigneur. Entre lui et moi il y a un monde… un monde qui a disparu.
La société pour laquelle j’étais ordonné à l’époque où lui-même avait 4 ans, n’a rien à voir avec celle que nous connaissons. Sans m’attarder sur les déboires ou les dérives qui affectent ce ministère aujourd’hui (voir deux chroniques précédentes), je pense avec beaucoup de mes confrères et de nombreux chrétiens que les conditions à l’accès de la prêtrise ne peuvent plus demeurer en l’état. Les évolutions sociales, psychologiques, économiques et culturelles de notre société et par le fait même des individus qui la composent, ne permettent plus de maintenir un seul modèle d’engagement dont faut, cependant, reconnaître l’extraordinaire fécondité et la grande cohérence. Aujourd’hui, en particulier en milieu rural, beaucoup de prêtres s’épuisent à répondre à un culte qui ne correspond plus à la Foi de communautés chrétiennes vivantes. Certains, pour survivre, deviennent les managers hyper organisés d’équipes ou de commissions et se réveillent, un beau jour, en se demandant s’ils sont encore de « bons pasteurs ». Le modèle unique ne peut plus exister, d’ailleurs il n’attire plus.
Ne pourrait-on pas essayer d’autres solutions ? J’en préconise une qui pourrait s’appliquer progressivement. Garder le modèle actuel pour les futurs prêtres qui le désirent mais en leur demandant de le vivre à la manière des religieux, rassemblés autour de leur Evêque et en les formant en conséquence. Ils pourraient vivre un sacerdoce mobile, spécialisé dans la nouvelle évangélisation, comme l’étaient autrefois les « missionnaires diocésains ». Quant aux communautés chrétiennes résidentielles, elles pourraient être confiées à des pères de familles qui ne soient plus sujets à ces fameuses pulsions dont on entend parler, ayant convenablement élevé leurs enfants et jouissant de l’estime de leur entourage et de leur milieu professionnel. Qui vous dit, qu’un petit enfant voyant son grand père revêtir l’aube n’aurait pas envie d’en faire autant lorsque son tour arrivera ? Il y a encore dans tous les centres diocésains de formation permanente des personnes qui donneraient volontiers quelques années de leur vie à l’Eglise. Il ne faudrait pas attendre que ce maillon disparaisse de la chaîne apostolique.
Pour l’instant la seule réponse que nous entendons à cette question des ministères est celle-ci : « Il faut prier l’Esprit Saint, il donnera les vocations dont nous avons besoin! » Et moi qui croyais que l’Esprit Saint donnait la lucidité du discernement, le courage de la décision risquée et même l’humilité de reconnaître que l’on s’est trompé et qu’il faut chercher encore….
Dominique, 43 ans, ingénieur chimiste, excellent musicien et chef de chœur vient d’être ordonné prêtre. Quand il avait 20 ans, étudiant à Pau, j’étais aumônier de l’Université. Pris dans la ferveur d’une cathédrale bondée, au moment où il se prosterne face contre terre, je mesure ce qui me rapproche de lui et en même temps ce qui nous sépare. Entre lui et moi, il y a le même appel, le même Seigneur. Entre lui et moi il y a un monde… un monde qui a disparu.
La société pour laquelle j’étais ordonné à l’époque où lui-même avait 4 ans, n’a rien à voir avec celle que nous connaissons. Sans m’attarder sur les déboires ou les dérives qui affectent ce ministère aujourd’hui (voir deux chroniques précédentes), je pense avec beaucoup de mes confrères et de nombreux chrétiens que les conditions à l’accès de la prêtrise ne peuvent plus demeurer en l’état. Les évolutions sociales, psychologiques, économiques et culturelles de notre société et par le fait même des individus qui la composent, ne permettent plus de maintenir un seul modèle d’engagement dont faut, cependant, reconnaître l’extraordinaire fécondité et la grande cohérence. Aujourd’hui, en particulier en milieu rural, beaucoup de prêtres s’épuisent à répondre à un culte qui ne correspond plus à la Foi de communautés chrétiennes vivantes. Certains, pour survivre, deviennent les managers hyper organisés d’équipes ou de commissions et se réveillent, un beau jour, en se demandant s’ils sont encore de « bons pasteurs ». Le modèle unique ne peut plus exister, d’ailleurs il n’attire plus.
Ne pourrait-on pas essayer d’autres solutions ? J’en préconise une qui pourrait s’appliquer progressivement. Garder le modèle actuel pour les futurs prêtres qui le désirent mais en leur demandant de le vivre à la manière des religieux, rassemblés autour de leur Evêque et en les formant en conséquence. Ils pourraient vivre un sacerdoce mobile, spécialisé dans la nouvelle évangélisation, comme l’étaient autrefois les « missionnaires diocésains ». Quant aux communautés chrétiennes résidentielles, elles pourraient être confiées à des pères de familles qui ne soient plus sujets à ces fameuses pulsions dont on entend parler, ayant convenablement élevé leurs enfants et jouissant de l’estime de leur entourage et de leur milieu professionnel. Qui vous dit, qu’un petit enfant voyant son grand père revêtir l’aube n’aurait pas envie d’en faire autant lorsque son tour arrivera ? Il y a encore dans tous les centres diocésains de formation permanente des personnes qui donneraient volontiers quelques années de leur vie à l’Eglise. Il ne faudrait pas attendre que ce maillon disparaisse de la chaîne apostolique.
Pour l’instant la seule réponse que nous entendons à cette question des ministères est celle-ci : « Il faut prier l’Esprit Saint, il donnera les vocations dont nous avons besoin! » Et moi qui croyais que l’Esprit Saint donnait la lucidité du discernement, le courage de la décision risquée et même l’humilité de reconnaître que l’on s’est trompé et qu’il faut chercher encore….
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