Les romanichels
Un claquement cadencé de sabots ferrés, le grincement inquiétant d’essieux
mal ajustés, le bruit d’un bric à brac mal arrimé, et déjà tous les écoliers
se suspendent aux grilles de la cour de récréation qui longe l’unique rue du
village. Une haridelle hors d’âge, une roulotte ajourée, des têtes d’enfants
barbouillées, un homme dépenaillé aux commandes de l’attelage, deux chiens
efflanqués traînant leur peine et leur fidélité sous la cabane à roulettes : les bohémiens
sont là ! Ils vont s’installer comme chaque année sur la petite place qui
jouxte ma maison familiale et j’aurais tout le temps de les observer.
Le soir venu, le cheval dételé broute l’herbe du fossé, deux poules en
liberté surveillée grattent le sol, les chiens sont déjà en quête de
quelques restes et les gamins, difficiles à compter, tournent autour d’une
jeune femme brune qui aménage les alentours. Le père au teint cuivré dispose ses outils.
Demain, il ira dans les maisons à la recherche de vieilles casseroles ou de
chaudrons fatigués pour les rétamer ou les rapiécer. Sa femme présentera
les paniers en osier de sa dernière fabrication et quémandera quelques œufs
ou du lait pour sa maisonnée. En attendant, le tuyau percé du poêle émet un
filet de fumée. Le vent et la pluie flagellent les planches disloquées de la
maison portative.
D’où viennent ces étranges créatures qui parlent et jurent dans une langue
inconnue ? Libres comme l’air, les enfants ne vont pas à l’école ! Quelle
chance ont-ils de connaître le monde, de mener le cheval à leur guise, de
monter aux arbres comme les acrobates du cirque ! Pas d’horaires, pas de révisions,
pas de devoirs, pas de punitions ! La belle vie ! Le menu du soir n’a pas l’air
de les préoccuper et pour cause : il sera léger. Songeront-ils dans leur sommeil d’enfant à la douce chaleur des étables, aux soupes fumantes des tables garnies, aux cahiers bien remplis d’écriture soignée?
Qui l’emportera dans la tête du sage écolier: la fascination pour l’étrange ou la répulsion pour une vie de misère ? Le rêve aura longtemps le dessus.
Le lendemain, Monsieur l’Instituteur nous apprendra qu’il ne faut pas dire « Bohémiens » mais
" Romanichels ». Monsieur le Curé nous rappellera qu’ils sont eux aussi « enfants de Dieu ».
La rossinante et la roulotte ont disparu. Casseroles et chaudrons n’ont plus
besoin de la protection de l’étain. Curieusement, les paniers ont des
roulettes et chacun a appris à pousser sa petite roulotte dans les hypermarchés.
Caravanes et cylindrées s’entassent dans des aires de « stockage »
ou de passage…Elles ne font plus rêver les enfants des écoles, ni leurs
parents.
Hormis l’origine du mot, les roms d’aujourd’hui, n’ont rien à voir avec les fils du vent ou du bitume. Traîne-misère chez eux, ils ont échoué du côté des déchets industriels de nos grandes villes. Eux qui rêvaient d’une autre vie sont devenus, semble-t-il, le cauchemar du gouvernement.
Mon père Abraham, était, me dit l’Ecriture un « Araméen errant ». Lui, parvient encore à me faire rêver…Pharaon voulut l’éliminer, le vagabond lui échappa. Le souverain déifié nous laissa les écrasantes pyramides ; le nomade, la liberté des enfants de Dieu. Mais, qui racontera aux enfants des campements sordides, l’histoire du Père dans la Foi pour leur rendre dignité, fierté et sens des responsabilités ?
25 septembre 2010
07 septembre 2010
L’Eglise doit-elle intervenir dans les questions sociales? Lectures pour temps de crise.
L’enseignant comme le cultivateur profite de l’été pour mettre de côté les provisions dont il aura besoin le reste de l’année. En vue des futures formations à proposer, il doit largement moissonner pour ne retenir parfois que quelques ingrédients nécessaires à sa réflexion. Parmi mes lectures ou mes relectures de l’été, je me permets d’en signaler deux.
A tout Seigneur tout honneur, Benoît XVI et son encyclique sociale « Caritas in Veritate ». Je l’avais déjà lue avec le sentiment d’avoir affaire une fois de plus à un empilage de citations de ses prédécesseurs et à une simple actualisation de principes répétés chaque pontificat. Ayant à présenter son thème central qui est celui du développement, je l’ai relue minutieusement complétée par de multiples commentaires. Nous avons là une véritable somme de la doctrine sociale de l’Eglise. Le Pape, en professeur magistral, nous offre une vaste synthèse à la fois théologique et sociale de ce qu’implique la pratique de l’amour du prochain. Deux innovations de taille dans la pensée de l’Eglise.
1- La charité ne peut faire fi de la réflexion et de la raison, sinon elle vire au sentimentalisme éphémère qui ne s’inscrit pas dans le concret et dans le durable.
2- L’économie mondiale ne peut oublier la gratuité car à l’origine, tout est don : Un encouragement à toutes les initiatives qui essaient de conjuguer le profit et le développement du partenaire. Mais l’éthique ne se décrète pas sur simple étiquette.
Une fois assurés ces deux principes, le texte déploie l’ensemble des activités humaines, y compris les plus inattendues, pour en dégager la dimension sociale et charitable. Aussi une mère de famille, un médecin, un entrepreneur, un artisan, un paysan, un économiste, un maire, un journaliste, un humanitaire, un député, un écologiste peuvent tirer partie de cette lecture qui suppose cependant une petite introduction.
A tous ceux et celles qui déplorent parfois que les chrétiens ne soient pas plus actifs face à la misère du monde et qui se contentent de lever chaque fois le drapeau de l’abbé Pierre ou de mère Thérésa, je conseille la lecture de « Justice dans la peau, géopolitique de l’action humanitaire » écrit par Denis Viénot, ancien président de la Caritas internationale (édition DDB). Le nombre de réalisations soutenues par les Caritas locales (comme notre Secours Catholique) et l’expertise qui découle de ces expériences vous coupent le souffle. Et ceci n’est qu’une partie de l’action menée par l’ensemble des organismes d’inspiration chrétienne de par le monde.
Cet ouvrage est un bon complément de l’encyclique et son abord est plus facile. On peut cependant regretter que tous ces organismes ne fassent pas plus de tapage dans les médias. Mais nous savons depuis quelques temps qu’on ne peut pas occuper les écrans et travailler en profondeur, et, depuis encore plus longtemps, que « le bien ne fait pas de bruit ».
A propos, saviez- vous que le fondateur des banques alimentaires en France est un chrétien inspiré en cela par l’action d’une religieuse? Merci Bernard Dandrel.
L’enseignant comme le cultivateur profite de l’été pour mettre de côté les provisions dont il aura besoin le reste de l’année. En vue des futures formations à proposer, il doit largement moissonner pour ne retenir parfois que quelques ingrédients nécessaires à sa réflexion. Parmi mes lectures ou mes relectures de l’été, je me permets d’en signaler deux.
A tout Seigneur tout honneur, Benoît XVI et son encyclique sociale « Caritas in Veritate ». Je l’avais déjà lue avec le sentiment d’avoir affaire une fois de plus à un empilage de citations de ses prédécesseurs et à une simple actualisation de principes répétés chaque pontificat. Ayant à présenter son thème central qui est celui du développement, je l’ai relue minutieusement complétée par de multiples commentaires. Nous avons là une véritable somme de la doctrine sociale de l’Eglise. Le Pape, en professeur magistral, nous offre une vaste synthèse à la fois théologique et sociale de ce qu’implique la pratique de l’amour du prochain. Deux innovations de taille dans la pensée de l’Eglise.
1- La charité ne peut faire fi de la réflexion et de la raison, sinon elle vire au sentimentalisme éphémère qui ne s’inscrit pas dans le concret et dans le durable.
2- L’économie mondiale ne peut oublier la gratuité car à l’origine, tout est don : Un encouragement à toutes les initiatives qui essaient de conjuguer le profit et le développement du partenaire. Mais l’éthique ne se décrète pas sur simple étiquette.
Une fois assurés ces deux principes, le texte déploie l’ensemble des activités humaines, y compris les plus inattendues, pour en dégager la dimension sociale et charitable. Aussi une mère de famille, un médecin, un entrepreneur, un artisan, un paysan, un économiste, un maire, un journaliste, un humanitaire, un député, un écologiste peuvent tirer partie de cette lecture qui suppose cependant une petite introduction.
A tous ceux et celles qui déplorent parfois que les chrétiens ne soient pas plus actifs face à la misère du monde et qui se contentent de lever chaque fois le drapeau de l’abbé Pierre ou de mère Thérésa, je conseille la lecture de « Justice dans la peau, géopolitique de l’action humanitaire » écrit par Denis Viénot, ancien président de la Caritas internationale (édition DDB). Le nombre de réalisations soutenues par les Caritas locales (comme notre Secours Catholique) et l’expertise qui découle de ces expériences vous coupent le souffle. Et ceci n’est qu’une partie de l’action menée par l’ensemble des organismes d’inspiration chrétienne de par le monde.
Cet ouvrage est un bon complément de l’encyclique et son abord est plus facile. On peut cependant regretter que tous ces organismes ne fassent pas plus de tapage dans les médias. Mais nous savons depuis quelques temps qu’on ne peut pas occuper les écrans et travailler en profondeur, et, depuis encore plus longtemps, que « le bien ne fait pas de bruit ».
A propos, saviez- vous que le fondateur des banques alimentaires en France est un chrétien inspiré en cela par l’action d’une religieuse? Merci Bernard Dandrel.
06 juillet 2010
Le bon chemin
A l’occasion de l’année jacquaire, le Conseil Général des Pyrénées Atlantiques a voulu honorer la petite ville de Navarrenx, halte très appréciée des pèlerins de Compostelle. Un débat réunissait deux Jacques célèbres : Jacques Rigoud, qui a assumé de hautes
fonctions dans le domaine de la culture et de la communication, et Jacques
Barrot, ancien commissaire européen et membre du Conseil Constitutionnel.
Ils étaient accompagnés d’une journaliste écrivain, Alix de Saint André et de
l’abbé Ihidoy, ancien curé de la cité et initiateur de l’accueil des
marcheurs. Thème de la table ronde : « Le bon chemin. »
Comme il fallait s’y attendre, chaque intervenant a présenté le sien comme
le « bon « , Jacques Rigoud défendant celui de la lenteur et de la durée avec
des mots soigneusement choisis et des analyses d’une grande sagesse. Sous les
pierres du chemin de Jacques Barrot pointait la passion, politique bien sûr,
qui se nourrit de vastes horizons. La journaliste, la seule à avoir parcouru
l’itinéraire et cela par trois fois, fit l’éloge des sentiers de traverses
où l’on se retrouve toujours, tandis que Sébastien Ihidoy, n’écoutant que
son cœur de pasteur rassembleur, qualifiait tous ces routiers de
« chercheurs d’une étoile. » Mais de quelle étoile ?
Tous s’accordaient à dire, comme le poète Machado, que le chemin se
fait en marchant :
« Caminante son tus huellas,
el camino, y nada mas…
se hace el camino al andar.
Al andar se hace el camino… » et si tu regardes derrière toi, tu vois une
trace que nul autre que toi n’a pu fouler...
Tous reconnaissaient que le chemin était l’occasion de rencontres multiples
et riches dans leur simplicité. Une petite voix me murmurait : « Je suis le
Chemin… «. Le Christ ne dit pas « Je vous montre le Chemin, allez-y,
empruntez-le. » Il dit bien « Je suis… » Autrement dit, le chemin est avant
tout rencontre. C’est dans la rencontre que tu vas découvrir un chemin
infini vers toi, vers moi. C’est l’histoire de tout amour. « Quitte ton
pays » dit Dieu à Abraham et Marie Balmary ajoute en psychologue : « Va vers
toi. »
Un regret, j’aurais aimé entendre davantage deux mots : solitude et silence.
Pour avoir parcouru cette route il y a 40 ans, à l’époque où faute de
« clients » (nous étions trois malheureux bipèdes), il n’y avait ni accueil
organisé, ni signalisation, ni hébergement, je suis toujours ébahi par ces
grappes de pèlerins qui cheminent ensemble. Comment rencontrer l’autre
réellement et durablement, si chacun n’a pas fait au préalable ce chemin
intérieur qui consiste à se débarrasser des trompeuses apparences qu’il
avait fabriquées jusque-là pour affronter le réel ?
Seuls le silence et la solitude prolongés permettent cette dure exploration de soi-même,
ce délestage intérieur, cet allégement indispensable. Dieu merci, il y a ces rudes journées de chaleur où il est impératif d’économiser les paroles inutiles, et ces petits matins où la nature ne s’offre qu’à ceux qui savent l’écouter.
Et pendant que ces experts devisaient, les remparts de la cité nous
toisaient du haut de leur histoire séculaire et de leur mépris immobile.
« On ne passe pas ! » En effet vous ne pouvez entrer et sortir de Navarrenx
que par deux issues. Certains habitants étouffent dans l’enceinte où les
yeux se croisent en angle droit, où la rumeur revient en écho amplifié, où
toute idée nouvelle doit faire allégeance aux portes fortifiées.
Il n’y a, parfois, qu’une solution pour trouver le bon chemin : sortir par
le haut, profiter des courants ascendants, prendre son envol, et on s’aperçoit
alors, que la cité bastionnée est une étoile tombée du ciel, à jamais
pétrifiée…Il lui reste à retrouver le bon chemin pour rejoindre le campus stellae…
A l’occasion de l’année jacquaire, le Conseil Général des Pyrénées Atlantiques a voulu honorer la petite ville de Navarrenx, halte très appréciée des pèlerins de Compostelle. Un débat réunissait deux Jacques célèbres : Jacques Rigoud, qui a assumé de hautes
fonctions dans le domaine de la culture et de la communication, et Jacques
Barrot, ancien commissaire européen et membre du Conseil Constitutionnel.
Ils étaient accompagnés d’une journaliste écrivain, Alix de Saint André et de
l’abbé Ihidoy, ancien curé de la cité et initiateur de l’accueil des
marcheurs. Thème de la table ronde : « Le bon chemin. »
Comme il fallait s’y attendre, chaque intervenant a présenté le sien comme
le « bon « , Jacques Rigoud défendant celui de la lenteur et de la durée avec
des mots soigneusement choisis et des analyses d’une grande sagesse. Sous les
pierres du chemin de Jacques Barrot pointait la passion, politique bien sûr,
qui se nourrit de vastes horizons. La journaliste, la seule à avoir parcouru
l’itinéraire et cela par trois fois, fit l’éloge des sentiers de traverses
où l’on se retrouve toujours, tandis que Sébastien Ihidoy, n’écoutant que
son cœur de pasteur rassembleur, qualifiait tous ces routiers de
« chercheurs d’une étoile. » Mais de quelle étoile ?
Tous s’accordaient à dire, comme le poète Machado, que le chemin se
fait en marchant :
« Caminante son tus huellas,
el camino, y nada mas…
se hace el camino al andar.
Al andar se hace el camino… » et si tu regardes derrière toi, tu vois une
trace que nul autre que toi n’a pu fouler...
Tous reconnaissaient que le chemin était l’occasion de rencontres multiples
et riches dans leur simplicité. Une petite voix me murmurait : « Je suis le
Chemin… «. Le Christ ne dit pas « Je vous montre le Chemin, allez-y,
empruntez-le. » Il dit bien « Je suis… » Autrement dit, le chemin est avant
tout rencontre. C’est dans la rencontre que tu vas découvrir un chemin
infini vers toi, vers moi. C’est l’histoire de tout amour. « Quitte ton
pays » dit Dieu à Abraham et Marie Balmary ajoute en psychologue : « Va vers
toi. »
Un regret, j’aurais aimé entendre davantage deux mots : solitude et silence.
Pour avoir parcouru cette route il y a 40 ans, à l’époque où faute de
« clients » (nous étions trois malheureux bipèdes), il n’y avait ni accueil
organisé, ni signalisation, ni hébergement, je suis toujours ébahi par ces
grappes de pèlerins qui cheminent ensemble. Comment rencontrer l’autre
réellement et durablement, si chacun n’a pas fait au préalable ce chemin
intérieur qui consiste à se débarrasser des trompeuses apparences qu’il
avait fabriquées jusque-là pour affronter le réel ?
Seuls le silence et la solitude prolongés permettent cette dure exploration de soi-même,
ce délestage intérieur, cet allégement indispensable. Dieu merci, il y a ces rudes journées de chaleur où il est impératif d’économiser les paroles inutiles, et ces petits matins où la nature ne s’offre qu’à ceux qui savent l’écouter.
Et pendant que ces experts devisaient, les remparts de la cité nous
toisaient du haut de leur histoire séculaire et de leur mépris immobile.
« On ne passe pas ! » En effet vous ne pouvez entrer et sortir de Navarrenx
que par deux issues. Certains habitants étouffent dans l’enceinte où les
yeux se croisent en angle droit, où la rumeur revient en écho amplifié, où
toute idée nouvelle doit faire allégeance aux portes fortifiées.
Il n’y a, parfois, qu’une solution pour trouver le bon chemin : sortir par
le haut, profiter des courants ascendants, prendre son envol, et on s’aperçoit
alors, que la cité bastionnée est une étoile tombée du ciel, à jamais
pétrifiée…Il lui reste à retrouver le bon chemin pour rejoindre le campus stellae…
11 juin 2010
La « reculée » de Livron
« C’est un trou de verdure où chante une rivière… » Non, ce n’est pas le val du dormeur d’Arthur Rimbaud. C’est une combe encaissée, surplombée par un étau de verdure. Un fouillis de chênes verts creusé de grottes et de sources, tapissé de buis et de mousses, parsemé d’églantiers, abrite un entrelacs de sentiers qui remontent vers la crête, appuyés sur leurs murets de claires pierres.
Au tomber de la nuit, de chaque excavation, de chaque bouche rocheuse on s’attend à voir surgir le monstre de la légende, les sorcières grimaçantes, les bêtes cornues aux griffes fourchues.
A imaginer l’hiver, ici, vos yeux se givrent et vos os se glacent.
Mais aux jours de ciel radieux les sentes en colimaçon deviennent « le chemin des anges ».
C’est là qu’au 19ème siècle, Francisco Palau, carme catalan exilé, se réfugia et établit son camp, tel le chevalier du ciel. Une grotte suspendue au flanc de la ravine lui servit de refuge, de résidence et d’oratoire. Et là « dans le silence et la solitude, je t’attendrai » écrivait-il en désignant son Seigneur.Un jour, il repartit dans sa patrie et fonda un ordre de carmélites missionnaires.
Si vous passez par Caylus (82), suivez « Notre Dame de Livron » jusqu’au bout du chemin. L’antique sanctuaire de pierres humides vous contera la grande histoire de ce lieu unique. Allez-y lorsque le long soleil de Juin prend le vallon en enfilade et en éclaire successivement chaque page de l’album. Ici, la géographie vous oblige à vivre la tête droite et les yeux levés. Ici, vous comprenez que la source d’eau vive jaillit du Temple nouveau, bâti en forme de croix et de cœur.
Vous croiserez l’une des sentinelles de cet autel de verdure. Elle vous abordera avec un beau sourire et un joli accent navarrais.
Filles des Thérèses, la grande et la petite, les sœurs accueillent le promeneur du val fleuri. Elles dressent table abondante pour le servir, offrent silence et paix à l’affamé de solitude, et guident ses pas vers son temple intérieur.
Elles enchantent le monde en dévoilant un petit coin de paradis.
« Dans la solitude et le silence de la grotte, je t’attendrai. »
« C’est un trou de verdure où chante une rivière… » Non, ce n’est pas le val du dormeur d’Arthur Rimbaud. C’est une combe encaissée, surplombée par un étau de verdure. Un fouillis de chênes verts creusé de grottes et de sources, tapissé de buis et de mousses, parsemé d’églantiers, abrite un entrelacs de sentiers qui remontent vers la crête, appuyés sur leurs murets de claires pierres.
Au tomber de la nuit, de chaque excavation, de chaque bouche rocheuse on s’attend à voir surgir le monstre de la légende, les sorcières grimaçantes, les bêtes cornues aux griffes fourchues.
A imaginer l’hiver, ici, vos yeux se givrent et vos os se glacent.
Mais aux jours de ciel radieux les sentes en colimaçon deviennent « le chemin des anges ».
C’est là qu’au 19ème siècle, Francisco Palau, carme catalan exilé, se réfugia et établit son camp, tel le chevalier du ciel. Une grotte suspendue au flanc de la ravine lui servit de refuge, de résidence et d’oratoire. Et là « dans le silence et la solitude, je t’attendrai » écrivait-il en désignant son Seigneur.Un jour, il repartit dans sa patrie et fonda un ordre de carmélites missionnaires.
Si vous passez par Caylus (82), suivez « Notre Dame de Livron » jusqu’au bout du chemin. L’antique sanctuaire de pierres humides vous contera la grande histoire de ce lieu unique. Allez-y lorsque le long soleil de Juin prend le vallon en enfilade et en éclaire successivement chaque page de l’album. Ici, la géographie vous oblige à vivre la tête droite et les yeux levés. Ici, vous comprenez que la source d’eau vive jaillit du Temple nouveau, bâti en forme de croix et de cœur.
Vous croiserez l’une des sentinelles de cet autel de verdure. Elle vous abordera avec un beau sourire et un joli accent navarrais.
Filles des Thérèses, la grande et la petite, les sœurs accueillent le promeneur du val fleuri. Elles dressent table abondante pour le servir, offrent silence et paix à l’affamé de solitude, et guident ses pas vers son temple intérieur.
Elles enchantent le monde en dévoilant un petit coin de paradis.
« Dans la solitude et le silence de la grotte, je t’attendrai. »
23 mai 2010
Eclats de Trinité
« Qu’ils soient UN ». C’est le testament du Christ. Il reprend le souhait du Dieu de la Bible qui n’a de cesse de vouloir « rassembler les enfants de Dieu dispersés ». Quant au Concile Vatican II, avant même que la mondialisation n’appelle de ses voeux l’avènement d’un village planétaire, il affiche clairement son ambition : « réunir l’humanité en une grande famille », celle de Dieu.
Laissons pour l’instant de côté la famille de l’Eglise. On a assez parlé d’elle ces temps-ci. Qu’elle panse ses blessures et lave son linge sale. Regardons plutôt du côté de notre société.
Le mot d’ordre est à l’éclatement. Demandez à un jeune d’exprimer ce qu’il a retenu d’une soirée passée entre copains : « On s’est éclatés ! »
L’éclatement, par la grâce des réseaux internet prend des proportions phénoménales et devient un fait de société. Les apéro géants fleurissent, signes d’une convivialité trop absente de notre quotidien mais aussi, et très vite, occasion de beuveries qui s’achèvent dans l’apothéose du coma éthylique et parfois de la mort. Au cas où ce nouveau genre de loisirs ne serait pas assez excitant, d’autres jeunes avaient prévu mieux : n rendez-vous donné pour une bagarre géante. Il y eut un temps où l’on excusait ces agissements en disant qu’ils étaient le fait d’une jeunesse désoeuvrée, non éduquée, issue de couches sociales défavorisées. Aujourd’hui, on apprend que des étudiants censés faire des études dites supérieures, des gens qui, un jour, auront un bistouri entre les mains ou le code pénal sous le bras, raffolent de ce genre de sport! Mais qu’avons-nous donc transmis à nos enfants pour qu’ils manifestent ainsi un tel vide sidéral de tout idéal ? L’exemple vient souvent d’en haut. Ne sont-ils pas les enfants de parents qui, sans aucune retenue, s’éclatent eux aussi devant eux à la moindre occasion? Eux-mêmes ne sont-ils pas les victimes consentantes de cette classe de célébrités médiatiques qui étalent sur tous les écrans l’extravagance de leurs comportements, la suffisance de leurs propos, l’insolence de leur train de vie. Réplique souterraine ou revanche inconsciente, internet offre aux plus modestes la concurrence des écrans portatifs.Et que dire de l’arrogance des puissances financières de ce monde qui, à leur tour, s’éclatent dans des jeux boursiers au risque de faire exploser un pays ou un continent ?
Il ne faut pas être grand prophète pour voir se profiler trois types d’individus. Les premiers n’auront d’autre objectif que de se jeter dans cette sorte d’escalade d’expériences de plus en plus risquées pour eux et pour les autres. Les seconds, cherchant à ancrer leur idéal inassouvi sur des repères solides, risqueront, par réaction, de se trouver embrigadés par les faussaires de l’autorité ou les imposteurs de la sainteté. Enfin, l’âge aidant, la majorité se vautrera dans le marais d’un matérialisme pratique afin de «profiter» dit-on, d’une vie sans ambition et sans horizon.
« Qu’ils soient UN » insiste le Christ.
« Un », comme ces vieux couples qui au terme de leur voyage commun ont fini par se ressembler étrangement, à l’image de ces galets du gave qui à force de se côtoyer et de se frictionner se sont tellement polis, que chacun a épousé les contours de l’autre. « Un » comme ses vieux amis qui se voient rarement, discutent âprement, ne cachent pas leurs divergences, mais se retrouvent comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. « Copains d’abord !
Cette unité faite de proximité quotidienne ou de fidélité au long cours, fait le bonheur d’une famille ou d’un groupe, mais échoue devant le grand nombre. Les empires reposent sur une unité factice, souvent coercitive, et les trop grandes entreprises humaines explosent. Babel !
Pourquoi, malgré l’expérience des siècles, cet appel à l’unité est-il encore d’actualité? La grande idée des Juifs reprise par les Musulmans, c’est que Dieu est Un. Cette unité de principe supporte mal les diversités, mais le Peuple est Un comme Dieu est Un. L’unité est exigence divine.
Les Chrétiens reprennent cette idée de base mais ils ajoutent que Dieu est Un à la façon du bourgeon ou de la lumière. Le bourgeon, un jour, éclate silencieusement. Quant aux éclats de lumière, ils n’enlèvent rien à son intensité. Dieu se manifeste en trois éclats qui ne brisent pas son Unité. Ils répondent aux noms de « Père », « Fils » et « Esprit ».
La Bible nous présente le Roc comme le symbole de Dieu. Elle n’a pas hésité cependant à ajouter à l’image de la pierre inaltérable, celle du buisson ardent ou celle de la nuée lumineuse, comme pour éviter un risque de monolithisme trop absolu. Quand la Pentecôte arrive, c’est bien des flammes de feu qui permettent aux croyants de proclamer l’Unité de la Foi dans la diversité des approches du Mystère.
Eclatons-nous mes frères, à la manière du bourgeon ou du rayon lumineux…sous le soleil de Dieu ! Un bourgeon qui éclate fait moins de bruit qu’une bouteille qui se casse.
« Qu’ils soient UN ». C’est le testament du Christ. Il reprend le souhait du Dieu de la Bible qui n’a de cesse de vouloir « rassembler les enfants de Dieu dispersés ». Quant au Concile Vatican II, avant même que la mondialisation n’appelle de ses voeux l’avènement d’un village planétaire, il affiche clairement son ambition : « réunir l’humanité en une grande famille », celle de Dieu.
Laissons pour l’instant de côté la famille de l’Eglise. On a assez parlé d’elle ces temps-ci. Qu’elle panse ses blessures et lave son linge sale. Regardons plutôt du côté de notre société.
Le mot d’ordre est à l’éclatement. Demandez à un jeune d’exprimer ce qu’il a retenu d’une soirée passée entre copains : « On s’est éclatés ! »
L’éclatement, par la grâce des réseaux internet prend des proportions phénoménales et devient un fait de société. Les apéro géants fleurissent, signes d’une convivialité trop absente de notre quotidien mais aussi, et très vite, occasion de beuveries qui s’achèvent dans l’apothéose du coma éthylique et parfois de la mort. Au cas où ce nouveau genre de loisirs ne serait pas assez excitant, d’autres jeunes avaient prévu mieux : n rendez-vous donné pour une bagarre géante. Il y eut un temps où l’on excusait ces agissements en disant qu’ils étaient le fait d’une jeunesse désoeuvrée, non éduquée, issue de couches sociales défavorisées. Aujourd’hui, on apprend que des étudiants censés faire des études dites supérieures, des gens qui, un jour, auront un bistouri entre les mains ou le code pénal sous le bras, raffolent de ce genre de sport! Mais qu’avons-nous donc transmis à nos enfants pour qu’ils manifestent ainsi un tel vide sidéral de tout idéal ? L’exemple vient souvent d’en haut. Ne sont-ils pas les enfants de parents qui, sans aucune retenue, s’éclatent eux aussi devant eux à la moindre occasion? Eux-mêmes ne sont-ils pas les victimes consentantes de cette classe de célébrités médiatiques qui étalent sur tous les écrans l’extravagance de leurs comportements, la suffisance de leurs propos, l’insolence de leur train de vie. Réplique souterraine ou revanche inconsciente, internet offre aux plus modestes la concurrence des écrans portatifs.Et que dire de l’arrogance des puissances financières de ce monde qui, à leur tour, s’éclatent dans des jeux boursiers au risque de faire exploser un pays ou un continent ?
Il ne faut pas être grand prophète pour voir se profiler trois types d’individus. Les premiers n’auront d’autre objectif que de se jeter dans cette sorte d’escalade d’expériences de plus en plus risquées pour eux et pour les autres. Les seconds, cherchant à ancrer leur idéal inassouvi sur des repères solides, risqueront, par réaction, de se trouver embrigadés par les faussaires de l’autorité ou les imposteurs de la sainteté. Enfin, l’âge aidant, la majorité se vautrera dans le marais d’un matérialisme pratique afin de «profiter» dit-on, d’une vie sans ambition et sans horizon.
« Qu’ils soient UN » insiste le Christ.
« Un », comme ces vieux couples qui au terme de leur voyage commun ont fini par se ressembler étrangement, à l’image de ces galets du gave qui à force de se côtoyer et de se frictionner se sont tellement polis, que chacun a épousé les contours de l’autre. « Un » comme ses vieux amis qui se voient rarement, discutent âprement, ne cachent pas leurs divergences, mais se retrouvent comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. « Copains d’abord !
Cette unité faite de proximité quotidienne ou de fidélité au long cours, fait le bonheur d’une famille ou d’un groupe, mais échoue devant le grand nombre. Les empires reposent sur une unité factice, souvent coercitive, et les trop grandes entreprises humaines explosent. Babel !
Pourquoi, malgré l’expérience des siècles, cet appel à l’unité est-il encore d’actualité? La grande idée des Juifs reprise par les Musulmans, c’est que Dieu est Un. Cette unité de principe supporte mal les diversités, mais le Peuple est Un comme Dieu est Un. L’unité est exigence divine.
Les Chrétiens reprennent cette idée de base mais ils ajoutent que Dieu est Un à la façon du bourgeon ou de la lumière. Le bourgeon, un jour, éclate silencieusement. Quant aux éclats de lumière, ils n’enlèvent rien à son intensité. Dieu se manifeste en trois éclats qui ne brisent pas son Unité. Ils répondent aux noms de « Père », « Fils » et « Esprit ».
La Bible nous présente le Roc comme le symbole de Dieu. Elle n’a pas hésité cependant à ajouter à l’image de la pierre inaltérable, celle du buisson ardent ou celle de la nuée lumineuse, comme pour éviter un risque de monolithisme trop absolu. Quand la Pentecôte arrive, c’est bien des flammes de feu qui permettent aux croyants de proclamer l’Unité de la Foi dans la diversité des approches du Mystère.
Eclatons-nous mes frères, à la manière du bourgeon ou du rayon lumineux…sous le soleil de Dieu ! Un bourgeon qui éclate fait moins de bruit qu’une bouteille qui se casse.
26 avril 2010
La Foi à la recherche de « cultures porteuses ».
Entendu ce matin : « Le vendredi, c’est le jour du poisson ». « Reviendrez-vous l’année prochaine ? S’il plaît à Dieu ! » répond une personne d’un certain âge. « Inch Allah » ajoute une plus jeune d’origine portugaise. Et ceci, dans une bonne petite ville du Béarn profond qui hier comptait deux paroisses catholiques, et, avant-hier, s’honorait d’être un fief protestant. C’est dire l’ancienneté de l’imprégnation de la tradition chrétienne.
Cette petite anecdote ne fait que réactiver une question qui me taraude. L’Eglise doit-elle faire le deuil ou non de ce qu’on appelait la culture chrétienne ?
Une culture chrétienne encombrante ?
Mes origines rurales accrochées aux clochers des villages et aux croix des chemins, ma tournure d’esprit qui a toujours voulu privilégier une certaine unité de pensée, la façon dont j’ai exercé le ministère presbytéral, tout en moi s’insurge devant une telle hypothèse. Je suis, cependant, le premier à déplorer la survivance d’une sorte de christianisme de rites domestiques, naturels ou sociaux qui tournent essentiellement autour d’un dieu protecteur et sécurisant et qui réduisent la liturgie à une « gestion » du religieux latent en tout homme. Je vois tous les jours les limites de ce qui pourrait être une évangélisation de ce même religieux. Si toutes nos célébrations d’obsèques étaient catéchétiques, comme on le dit, il y aurait belle lurette que tous les habitants de mon canton seraient des chrétiens affirmés, confirmés et contagieux !!
Cela dit, je ne peux me résoudre à passer pour pertes et profits les 600 personnes d’une paroisse qui, encore ces dernières années, venaient demander le pardon de Dieu sous la forme d’une absolution collective et qui, après sa suppression amplement expliquée, se sont retrouvées moins d’une centaine. A-t-on bien mesuré qu’au nom du respect du rite de l’aveu personnel, nous privons ceux et celles qui ont tant de mal à s’exprimer sur ces sujets délicats de la seule occasion de l’année où ils faisaient une démarche visible, coûteuse et sérieuse de repentir ? Le rite a été « sauvé » mais les pécheurs, eux, le sont-ils ? Que je sache, tous ceux qui ont crié « Fils de David, aie pitié de nous ! » sur les chemins de Palestine, ne se sont pas cachés avec Jésus derrière un sycomore pour lui susurrer à l’oreille la liste de leurs fautes.
J’entends bien que ce « religieux » de nos campagnes françaises, habillé des dorures chrétiennes, sera peut-être le plus allergique à une vraie « évangélisation des profondeurs » selon l’expression de Simone Pacot. Faut-il, pour autant, l’abandonner entre les mains de ceux qui le laisseront régresser vers les formes les plus contestables d’une déshumanisation aliénante ? Faut-il faire fi de certaines coutumes locales qui font du maire des petites communes rurales, quelles que soient ses convictions, le collaborateur incontournable du curé et des chrétiens actifs moyennant quelques dérogations au droit canon et à une laïcité sourcilleuse ?
De fait l’Eglise semble avoir choisi.
De par le fait minoritaire de la population catholique, la pluralité des cultures, l’échec d’une transmission généralisée de la Foi et des sources de la pensée chrétienne, le raidissement de certaines prises de position des responsables, le désir d’afficher une différence signifiante, l’Eglise catholique prend acte du décès d’une certaine tradition chrétienne. Ou plutôt, elle pense que son incarnation a que trop bien réussi au point qu’elle s’est laissée engluer et polluer par la sécularisation. En effet, dans bien des cas, la Foi s’est coagulée dans des gestes ou des expressions qui ne font plus sens pour une vie. Alors, l’Eglise appelle à un sursaut, comme si elle avait à sauver son âme trop compromise par la société actuelle. Elle parle d’une nouvelle évangélisation à grands frais, affiche le message en direct, annonce à contre-temps et contre-lieux, refuse l’immersion, se réfugie sur son île culturelle, retrouve sa langue codée, sa musique « sacrée », et ses œuvres privées. Les communautés urbaines contrastent avec les rurales. Celles-ci ne font l’objet d’aucune stratégie pastorale d’avenir. Tout se passe comme si, faute de plan d’irrigation, on consentait à laisser s’élargir un vaste désert spirituel autour de quelques oasis qui s’exténuent à lutter contre l’ensablement.
Mais quel choix ?
Le Christianisme refusant de devenir une crypto-culture, veut se présenter comme une «contre-culture» (1). Ses ministres, jusqu’ici issus du peuple chrétien local, proviennent de plus en plus de communautés exogènes. Cette posture de « contre culture » si elle était notre réponse unique serait-elle chrétienne ? Ne sommes-nous pas appelés à régénérer les cultures qui nous traversent, à les purifier, à les soulever dans le grand élan de la résurrection ? Pour cela il ne s’agit pas de se positionner seulement «contre» mais « dans » : pas de régénérescence de la société sans incarnation dans sa culture et sans consécration de la vérité.
Tout ceci ne serait que saine diversité d’approches pastorales dans une Eglise plurielle si les circonstances faisaient que nous ne pouvons pas nous payer le luxe de tout faire. Or, aujourd’hui dans nos régions rurales, la situation des forces vives de l’Eglise est telle, que celle-ci est dans l’obligation de changer de cap.
Nous serons la dernière génération de ces curés qui étaient un peu « les curés de tout le monde» et il faudra bien délaisser une fois pour toutes « l’inscription chrétienne dans la société » (2) sous la forme où nous l’avons connue, pour devenir les pasteurs de communautés de base attestantes, attirantes et réduites.
Quel baptême ?
Mais, si c’est le cas, il faut en tirer toutes les conséquences à commencer par le début, je veux parler de la réception du baptême, sacrement de la Foi. Finis les baptêmes par «complaisance », « parce que ça se fait dans la famille » « parce qu’on ne sait jamais… » « parce que c’est dans notre patrimoine… » même s’ils sont accompagnés d’une démarche préparatoire à sa célébration. Que l’on ait le courage de ne donner le baptême que conditionné à un engagement personnel dans l’Eglise ou dans la société puisqu’il ne peut plus compter sur une « culture porteuse »! Les choses seront claires; l’Eglise y perdra en notoriété -bien relative- peut être même en incarnation mais elle y gagnera en crédibilité. Elle n’aura nul besoin de recruter ses serviteurs à coup de « pub » car des communautés vivantes sauront se donner les ministres dont elles auront besoin.
Il restera, peut-être, « si Dieu le veut », quelques «tièdes» qui mangeront du poisson « parce que c’est vendredi », que l’ange de l’Apocalypse n’aura pas encore vomi et quelques vieux prêtres décalés pour leur signifier la bienveillance infinie du Père !
(1) Expression employée par Benoît XVI à Malte dans un contexte spécial. Journal « La Croix » du 19 04 10
(2) selon le titre d’un ouvrage de Guy Coq.
Entendu ce matin : « Le vendredi, c’est le jour du poisson ». « Reviendrez-vous l’année prochaine ? S’il plaît à Dieu ! » répond une personne d’un certain âge. « Inch Allah » ajoute une plus jeune d’origine portugaise. Et ceci, dans une bonne petite ville du Béarn profond qui hier comptait deux paroisses catholiques, et, avant-hier, s’honorait d’être un fief protestant. C’est dire l’ancienneté de l’imprégnation de la tradition chrétienne.
Cette petite anecdote ne fait que réactiver une question qui me taraude. L’Eglise doit-elle faire le deuil ou non de ce qu’on appelait la culture chrétienne ?
Une culture chrétienne encombrante ?
Mes origines rurales accrochées aux clochers des villages et aux croix des chemins, ma tournure d’esprit qui a toujours voulu privilégier une certaine unité de pensée, la façon dont j’ai exercé le ministère presbytéral, tout en moi s’insurge devant une telle hypothèse. Je suis, cependant, le premier à déplorer la survivance d’une sorte de christianisme de rites domestiques, naturels ou sociaux qui tournent essentiellement autour d’un dieu protecteur et sécurisant et qui réduisent la liturgie à une « gestion » du religieux latent en tout homme. Je vois tous les jours les limites de ce qui pourrait être une évangélisation de ce même religieux. Si toutes nos célébrations d’obsèques étaient catéchétiques, comme on le dit, il y aurait belle lurette que tous les habitants de mon canton seraient des chrétiens affirmés, confirmés et contagieux !!
Cela dit, je ne peux me résoudre à passer pour pertes et profits les 600 personnes d’une paroisse qui, encore ces dernières années, venaient demander le pardon de Dieu sous la forme d’une absolution collective et qui, après sa suppression amplement expliquée, se sont retrouvées moins d’une centaine. A-t-on bien mesuré qu’au nom du respect du rite de l’aveu personnel, nous privons ceux et celles qui ont tant de mal à s’exprimer sur ces sujets délicats de la seule occasion de l’année où ils faisaient une démarche visible, coûteuse et sérieuse de repentir ? Le rite a été « sauvé » mais les pécheurs, eux, le sont-ils ? Que je sache, tous ceux qui ont crié « Fils de David, aie pitié de nous ! » sur les chemins de Palestine, ne se sont pas cachés avec Jésus derrière un sycomore pour lui susurrer à l’oreille la liste de leurs fautes.
J’entends bien que ce « religieux » de nos campagnes françaises, habillé des dorures chrétiennes, sera peut-être le plus allergique à une vraie « évangélisation des profondeurs » selon l’expression de Simone Pacot. Faut-il, pour autant, l’abandonner entre les mains de ceux qui le laisseront régresser vers les formes les plus contestables d’une déshumanisation aliénante ? Faut-il faire fi de certaines coutumes locales qui font du maire des petites communes rurales, quelles que soient ses convictions, le collaborateur incontournable du curé et des chrétiens actifs moyennant quelques dérogations au droit canon et à une laïcité sourcilleuse ?
De fait l’Eglise semble avoir choisi.
De par le fait minoritaire de la population catholique, la pluralité des cultures, l’échec d’une transmission généralisée de la Foi et des sources de la pensée chrétienne, le raidissement de certaines prises de position des responsables, le désir d’afficher une différence signifiante, l’Eglise catholique prend acte du décès d’une certaine tradition chrétienne. Ou plutôt, elle pense que son incarnation a que trop bien réussi au point qu’elle s’est laissée engluer et polluer par la sécularisation. En effet, dans bien des cas, la Foi s’est coagulée dans des gestes ou des expressions qui ne font plus sens pour une vie. Alors, l’Eglise appelle à un sursaut, comme si elle avait à sauver son âme trop compromise par la société actuelle. Elle parle d’une nouvelle évangélisation à grands frais, affiche le message en direct, annonce à contre-temps et contre-lieux, refuse l’immersion, se réfugie sur son île culturelle, retrouve sa langue codée, sa musique « sacrée », et ses œuvres privées. Les communautés urbaines contrastent avec les rurales. Celles-ci ne font l’objet d’aucune stratégie pastorale d’avenir. Tout se passe comme si, faute de plan d’irrigation, on consentait à laisser s’élargir un vaste désert spirituel autour de quelques oasis qui s’exténuent à lutter contre l’ensablement.
Mais quel choix ?
Le Christianisme refusant de devenir une crypto-culture, veut se présenter comme une «contre-culture» (1). Ses ministres, jusqu’ici issus du peuple chrétien local, proviennent de plus en plus de communautés exogènes. Cette posture de « contre culture » si elle était notre réponse unique serait-elle chrétienne ? Ne sommes-nous pas appelés à régénérer les cultures qui nous traversent, à les purifier, à les soulever dans le grand élan de la résurrection ? Pour cela il ne s’agit pas de se positionner seulement «contre» mais « dans » : pas de régénérescence de la société sans incarnation dans sa culture et sans consécration de la vérité.
Tout ceci ne serait que saine diversité d’approches pastorales dans une Eglise plurielle si les circonstances faisaient que nous ne pouvons pas nous payer le luxe de tout faire. Or, aujourd’hui dans nos régions rurales, la situation des forces vives de l’Eglise est telle, que celle-ci est dans l’obligation de changer de cap.
Nous serons la dernière génération de ces curés qui étaient un peu « les curés de tout le monde» et il faudra bien délaisser une fois pour toutes « l’inscription chrétienne dans la société » (2) sous la forme où nous l’avons connue, pour devenir les pasteurs de communautés de base attestantes, attirantes et réduites.
Quel baptême ?
Mais, si c’est le cas, il faut en tirer toutes les conséquences à commencer par le début, je veux parler de la réception du baptême, sacrement de la Foi. Finis les baptêmes par «complaisance », « parce que ça se fait dans la famille » « parce qu’on ne sait jamais… » « parce que c’est dans notre patrimoine… » même s’ils sont accompagnés d’une démarche préparatoire à sa célébration. Que l’on ait le courage de ne donner le baptême que conditionné à un engagement personnel dans l’Eglise ou dans la société puisqu’il ne peut plus compter sur une « culture porteuse »! Les choses seront claires; l’Eglise y perdra en notoriété -bien relative- peut être même en incarnation mais elle y gagnera en crédibilité. Elle n’aura nul besoin de recruter ses serviteurs à coup de « pub » car des communautés vivantes sauront se donner les ministres dont elles auront besoin.
Il restera, peut-être, « si Dieu le veut », quelques «tièdes» qui mangeront du poisson « parce que c’est vendredi », que l’ange de l’Apocalypse n’aura pas encore vomi et quelques vieux prêtres décalés pour leur signifier la bienveillance infinie du Père !
(1) Expression employée par Benoît XVI à Malte dans un contexte spécial. Journal « La Croix » du 19 04 10
(2) selon le titre d’un ouvrage de Guy Coq.
01 avril 2010
Jeudi Saint
Jésus n’a célébré qu’une seule messe mais il faut croire que se fut la bonne ! C’est la réflexion qui s’impose à moi à chaque commémoration de la Cène. Or, depuis, un prêtre de campagne célèbre au bas mot 400 Eucharisties par an !! Il n’en a pas toujours été ainsi, puisque sous l’Ancien Régime, on lui prescrivait de célébrer « quelques fois » les Saints Mystères ! Que signifie cette inflation du rite, cette boulimie du corps du Christ, cet appétit immodéré du pain venu du ciel, cette soif inassouvie du sang du Seigneur ?
On peut arguer que notre condition pécheresse nous oblige à réitérer sans cesse notre conversion ; qu’à l’instar du repas quotidien, il nous faut alimenter régulièrement notre être spirituel ; que les saints, tellement amoureux du Christ, ne peuvent rester longtemps sans exprimer leur élan…
Ne sommes-nous pas un peu victimes de nos lectures de la première Alliance qui faisait obligation aux prêtres du Temple de Salomon de ne pas interrompre l’offrande qui montait de Jérusalem afin que Dieu soit favorable à son peuple ? Il serait bon, non seulement de relire la lettre aux Hébreux, comme nous le faisons en ce moment dans l’Office des Heures, mais de la mettre en pratique. Le Christ est bien notre grand prêtre mais contrairement à ceux du Temple, Il s’est offert une fois pour toutes….
On comprend bien que ni le prêtre ni les fidèles ne sont le Christ et que comparaison n’est pas raison. Mais si nous avions davantage conscience, les uns et les autres, que l’Eucharistie engage le DON total et sans réserve de notre vie, que son horizon s’ouvre sur la Croix, que la messe n’est « dite » que lorsqu’elle consacre aussi le monde qui nous entoure afin qu’il devienne « offrande spirituelle agréable à Dieu », ne serions-nous pas plus précautionneux dans l’usage du Sacrement ? N’est ce pas là « chose » trop grave pour en faire une simple réponse à un besoin personnel ou occasionnel? « Pourtant j’avais bien commandé une messe pour aujourd’hui ! » Il y a bien des façons de « blesser » la liturgie !
Certes, le Signe est dit visible dans la définition du catéchisme, mais il doit également être efficace. Ne l’a-t-on pas rétréci aux dimensions de quelques intentions particulières alors que sa portée est universelle ? N’avons-nous pas confondu efficacité et quantité ? N’y a-t-il pas d’autres rendez- vous avec le Seigneur ? La méditation de la Parole, la prière, l’accompagnement fraternel ne sont-ils pas signes véritables de Sa présence ? « Quand deux ou trois sont réunis en mon Nom… »
Bref, je vais dire une énormité, mais ne faudrait-il pas de temps en temps « re-évangéliser » la messe ?
Chacun sait que trop de rites tue le rite ou du moins amoindrit sa puissance d’évocation.
Oui, évangélisons la messe, retrempons la dans son bain originel, dans la vie et la mort de Celui qui la célébra le premier. Alors avec Lui, nous dirons en tremblant : « Mon âme est bouleversée. Que dirais-je ? Mon Père sauve moi de cette heure ! Mais c’est pour cela que je suis arrivé à cette heure. » Jn 12, 27
Jésus n’a célébré qu’une seule messe mais il faut croire que se fut la bonne ! C’est la réflexion qui s’impose à moi à chaque commémoration de la Cène. Or, depuis, un prêtre de campagne célèbre au bas mot 400 Eucharisties par an !! Il n’en a pas toujours été ainsi, puisque sous l’Ancien Régime, on lui prescrivait de célébrer « quelques fois » les Saints Mystères ! Que signifie cette inflation du rite, cette boulimie du corps du Christ, cet appétit immodéré du pain venu du ciel, cette soif inassouvie du sang du Seigneur ?
On peut arguer que notre condition pécheresse nous oblige à réitérer sans cesse notre conversion ; qu’à l’instar du repas quotidien, il nous faut alimenter régulièrement notre être spirituel ; que les saints, tellement amoureux du Christ, ne peuvent rester longtemps sans exprimer leur élan…
Ne sommes-nous pas un peu victimes de nos lectures de la première Alliance qui faisait obligation aux prêtres du Temple de Salomon de ne pas interrompre l’offrande qui montait de Jérusalem afin que Dieu soit favorable à son peuple ? Il serait bon, non seulement de relire la lettre aux Hébreux, comme nous le faisons en ce moment dans l’Office des Heures, mais de la mettre en pratique. Le Christ est bien notre grand prêtre mais contrairement à ceux du Temple, Il s’est offert une fois pour toutes….
On comprend bien que ni le prêtre ni les fidèles ne sont le Christ et que comparaison n’est pas raison. Mais si nous avions davantage conscience, les uns et les autres, que l’Eucharistie engage le DON total et sans réserve de notre vie, que son horizon s’ouvre sur la Croix, que la messe n’est « dite » que lorsqu’elle consacre aussi le monde qui nous entoure afin qu’il devienne « offrande spirituelle agréable à Dieu », ne serions-nous pas plus précautionneux dans l’usage du Sacrement ? N’est ce pas là « chose » trop grave pour en faire une simple réponse à un besoin personnel ou occasionnel? « Pourtant j’avais bien commandé une messe pour aujourd’hui ! » Il y a bien des façons de « blesser » la liturgie !
Certes, le Signe est dit visible dans la définition du catéchisme, mais il doit également être efficace. Ne l’a-t-on pas rétréci aux dimensions de quelques intentions particulières alors que sa portée est universelle ? N’avons-nous pas confondu efficacité et quantité ? N’y a-t-il pas d’autres rendez- vous avec le Seigneur ? La méditation de la Parole, la prière, l’accompagnement fraternel ne sont-ils pas signes véritables de Sa présence ? « Quand deux ou trois sont réunis en mon Nom… »
Bref, je vais dire une énormité, mais ne faudrait-il pas de temps en temps « re-évangéliser » la messe ?
Chacun sait que trop de rites tue le rite ou du moins amoindrit sa puissance d’évocation.
Oui, évangélisons la messe, retrempons la dans son bain originel, dans la vie et la mort de Celui qui la célébra le premier. Alors avec Lui, nous dirons en tremblant : « Mon âme est bouleversée. Que dirais-je ? Mon Père sauve moi de cette heure ! Mais c’est pour cela que je suis arrivé à cette heure. » Jn 12, 27
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