03 mars 2008

Dies irae
Homélie prononcée lors des obsèques d’un de mes voisins, parti tragiquement à 53 ans

A travers moi c’est tout le village, et bien plus encore, qui te dit un dernier au revoir. Nous avions pris l’habitude de te consulter quand nous nous posions des questions sur son histoire et sur l’origine de nos maisons. Sur ce sujet tu étais passionné et intarissable. Tu avais tout lu et surtout tout retenu. Tu aimais ton village.
Tu aimais ta famille. Ton épouse et tes filles étaient ta fierté. Toutes petites, tu les promenais sur ton cheval et tu leur racontais les arbres, les ruisseaux, les ponts, le bois de Laure que tu avais planté, celui de Claire que tu planterais un jour…
Tu aimais ta maison. Tu l’avais amoureusement restaurée en souvenir de tes ancêtres.

Il faut croire que ces fortes passions et que ces solides attaches n’ont pas pu résister à cette vague de fond qui t’a emporté.

Nous disons souvent que l’être humain est insaisissable, qu’il est un mystère. C’est le moment de nous en souvenir. L’homme est mystère parce qu’il est fait à la fois de visible et d’invisible, de certitudes éphémères et de doutes profonds, de sourires de façade et de tristesses intimes ; il est fidèle sur certains points, inconstant sur d’autres. L’homme est mystère parce qu’il est la seule créature finie et limitée qui soit habitée par des désirs infinis et illimités. Frères et sœurs nous sommes ainsi faits.
Les croyants savent qu’un jour ou l’autre ce mystère de l’homme rencontre un autre mystère, celui de Dieu, dont nous ne finirons jamais d’explorer la largeur et la profondeur. Un Dieu infini qui se fait proche de nous ; juste qui se fait miséricordieux ; rejeté, bafoué, méprisé qui se fait pardon. Un Dieu qui accepte la mort pour mieux nous donner la vie. Mystère de Dieu qui, en Lui, unifie ce qui pour nous n’est que source de contradiction et de dislocation.
C’est pour cela que j’ai choisi l’Evangile qui était celui de lundi matin et qui, vous le devinez, résonnait très fort après l’annonce de la funeste nouvelle :
« Soyez miséricordieux comme le Père est miséricordieux…
Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés
Ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés
Pardonnez et vous serez pardonnés… » Luc 6,36

4 commentaires:

Christine a dit…

Je retrouve là le souffle de vos cours. Il n'y a rien à rajouter, sauf peut-être merci de nous avoir fait partager ce texte....

Anonyme a dit…

Mystère de Dieu ,
Mystère de l'Homme ?

"Dieu fit l'Homme à son image"
AV

Anonyme a dit…

..."tristesses intimes", dont l'intensité reste insoupçonnée,"lame de fond" plongeant l'entourage dans un profond désarroi; votre homélie me touche beaucoup;je ne connais pas ces personnes mais je m'associe à ceux qui prient pour elles.

yves a dit…

Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés !....
Ecoutez et vous pouvez sauver.....
Mystère du coeur, invisible malheur!...