24 septembre 2007

Silence, on édite !
Plusieurs se sont étonnés du silence estival du blogger. Ces gens sont sans pitié ! Comme si un été, même calamiteux, ne pouvait pas justifier une pause dans l’éveil de l’attention! Comme si les soirées d’été, même emmitouflées, n’offraient pas toujours le long spectacle du temps qui passe à préparer sa nuit !
Mais la pause estivale n’est pas seule en cause dans la panne du blog. Quelques amis encore peu habitués à faire des « liens » ou à trier les courriels par ordre prioritaire, et d’autres encore, récalcitrants à tout écran, m’ont suggéré de revenir au bon vieux papier. Un bouquin ça s’ouvre quand on veut, ça ne vous dit pas qu’il a été mal éteint, que vous risquez de « tout » perdre par inadvertance, ça ne se décharge pas, ça n’importune pas le voisin par un bruit insolite quand vous le fermez, ça ne dit pas des méchancetés si vous n’avez pas tout enregistré, enfin, si vous le laissez un moment sur une banquette de train, personne ne vous le volera si le titre débute par le mot réflexion ! (Au fait, si je cliquais sur enregistrer…merci !)
Par la grâce d’Anne Sigier, éditrice au Canada, les articles de ce blog augmentés de quelques autres et rassemblés en chapitres sous des thèmes différents, prendront forme de livre, dans les deux mois qui viennent. Trois autres éditeurs étaient favorables à cette parution. Anne Sigier s’est intéressée dès le premier contact autant à l’auteur qu’à l’ouvrage, c’est pourquoi, j’ai signé le contrat proposé. Le titre a fait négociation. J’avais suggéré « Eclats de Vie, regards de Foi », elle a voulu ajouter « Réflexions d’un curé de Campagne ». Pour que Bernanos ne se retourne pas dans sa tombe, nous nous sommes mis d’accord sur « Eclats de vie…Réflexion d’un curé à la campagne ». Il y a plus qu’une nuance !
Pour vous racheter d’avoir pensé que l’artisan de ces pages « se la coulait douce » dans sa verte campagne, vous vous sentirez concernés, je l’espère, par la diffusion du bouquin en question. Vous réserverez même, vos cadeaux de Noël pour partager ces « éclats de vie ». Rassemblés soigneusement par le lecteur, ils pourront donner sens et éclat à son quotidien.


Rencontres d’été

Memonah Hintermann.
Elle est venue présenter son ouvrage « Tête haute » dans la chapelle du couvent des bénédictins de Belloc. Elle entre d’un pas décidé, marque un arrêt devant la croix plantée dans le chœur et se signe. Elle se retourne vers le public et avant toute présentation, elle prend la parole : « Vous m’avez vu faire le signe de la croix…Je ne suis pas une grenouille de bénitier, mais je suis croyante. Il y a quelques jours j’étais en Israël. Je suis entrée avec toute mon équipe de télévision dans le Saint Sépulcre, j’ai déposé un cierge et j’ai prié. Un de mes confrères s’exclame « Mémonah ! ce n’est pas toi ! ». « Oui c’est moi, c’est comme ça que je fonctionne, il faut s’y faire ! »
Ce sont les émeutes des banlieues qui ont déclenché chez elle le désir de raconter sa vie. Une vie exemplaire d’une petite fille de la Réunion qui s’est battue pour devenir celle qu’elle est aujourd’hui : une professionnelle de la communication qui a parcouru tous les théâtres d’interventions les plus chauds de la planète avec une compétence et un courage reconnus par tous. Elle proclame haut et fort que, tout cela, elle doit à l’école de la République qui par son système de concours et d’examens permettait la « discrimination » la plus positive qui soit. Tout individu né à « une certaine époque » au fin fond du rural français ne pouvait que « boire du petit lait » en écoutant ses propos réalistes, toniques et sans concession.

Gilson
Il ne s’agit pas d’Etienne, grand philosophe thomiste dont les ouvrages étaient recommandés à tout apprenti curé qui se devait de fréquenter le « docteur angélique », mais de Georges. Georges Gilson, archevêque émérite de Sens Auxerre. Il donnait une retraite aux prêtres diocésains dans le couvent sus dit. Il a écrit un petit livre « Les prêtres, parlons-en ». Enfin un évêque qui reconnaît la gravité de la crise des ministères dans l’Eglise de France et qui ne se contente pas de dire « prions pour les vocations » ou faisons venir des prêtres africains ou des polonais. Ses propositions peuvent être discutées mais elles ont le mérite d’exister. Et puis, cerise sur le gâteau : il n’hésite pas à écrire : « Pourquoi ne pas le dire, j’aime les prêtres ». Pour cette seule parole, ce livre méritait d’être publié. Merci, Monseigneur !

L’Agneau.

Session biblique chez les Petits frères et Petites soeurs de l’Agneau aux confins de l’Ariège et de l’Aude. Jacques Bernard, exégète, plus magistral et théâtral que jamais nous a une fois de plus passionné. Berger biblique, il a décodé toutes les races et tous les types d’agneaux qui broutaient l’herbe de la mémoire des écrivains sacrés.
Par contre les petits agneaux de cette jeune congrégation –âge moyen 35 ans -m’ont laissé deux fortes impressions qui me poursuivent encore. Des jeunes filles belles comme des cœurs dans leurs voiles impeccables, des jeunes hommes souriants, perdus dans leur contemplation, eux aussi, joyeux et chantants : Le ciel sur la terre ! J’apprends que leur charisme est la mendicité. Ils quêtent dans les villes leur nourriture et entament conversation avec ceux qui les reçoivent. « Chapeau, il faut être gonflé ! ». Ils disent retrouver ainsi l’origine des ordres mendiants du Moyen Age dont ils se réclament. Je crois me souvenir que ceux ci avaient instauré cette règle en réaction contre les richesses de l’Eglise de l’époque.
Première impression : l’indignité. Qui suis-je, moi, devant ces amoureux de Dieu qui ont brûlé tous leurs vaisseaux et qui semblent marcher sur l’eau les yeux fixés sur Celui qui a embrasé leur cœur ? Y a t-il commune mesure entre les martyrs qui donnent tout et tout d’un coup et celui qui donne au goutte à goutte, parcimonieusement, si ce n’est qu’au bout du compte tout sera offert ?
Deuxième impression sous forme d’interrogation. N’y a-t-il pas un certain anachronisme à penser que la mendicité, à l’heure du RMI, est encore signe de pauvreté pour nos contemporains ? Les nouveaux pauvres sont ceux qui n’arrivent pas à vivre de leur travail. J’imagine la tête de ma voisine, bergère, recevant ces jeunes gens diplômés et vigoureux, lui expliquer qu’ils vivent de mendicité ! Mes yeux de vieux campagnard n’ont même pas aperçu un bout de jardin potager dans cette vaste propriété.
La première génération des chrétiens vivait aussi comme les anges. Elle a dû très vite s’organiser pour durer, pour vieillir et pour transmettre. Les responsables de ces jeunes n’ont-ils pas quelque peu oublié que les vieilles traditions monastiques ajoutent au prioritaire « Ora », un nécessaire« labora ».

Le vieux chêne.

Il s’était installé sur une crête exposée au vent d’ouest. A force de s’arc bouter sur ses jambes, il était devenu énorme. Son tour de taille était d’autant plus imposant qu’il avait dû limiter sa croissance pour ne pas donner prise aux bourrasques. Par contre sa ramure dessinait une circonférence telle, qu’un troupeau entier pouvait trouver abri sous ses branches.
Il avait certainement connu Napoléon, traversé toutes les guerres, vu passer toutes les Républiques. Il avait assisté à toutes les métamorphoses du territoire qu’il dominait, à la transformation progressive du chemin qui longeait sa parcelle, à l’apparition de tous les moyens de communication. Il avait abrité le randonneur surpris par l’intempérie, le marcheur qui s’offrait un moment de contemplation, la palombe effarouchée qui reprenait son souffle hors de portée du fusil. Il avait offert son ombre aux bovidés qui grattaient leur cuir sur son écorce, aux champignons qui faisaient une discrète apparition, aux colchiques qui prévoyaient les mauvais jours. Il avait résisté à la foudre, au gel sournois, à la fureur des éléments déchaînés. Bref, il était… et personne ne s’imaginait qu’il ne pourrait plus être.
L’autre jour, un jour quelconque, une maîtresse branche s’est cassée. Elle a emporté dans sa chute une large partie du tronc. Ils sont restés là un grand moment tous les deux, retenus par une mince frange d’écorce déchirée. Lui, le tronc tout pantelant, défiguré par la tristesse, penaud de n’avoir pas su retenir sa compagne de toujours et elle, étendue, définitivement flétrie, fracassée sous son poids, agonisant. Le vieux chêne n’a rien compris. Si une tempête mémorable s’était levée, si l’éclair s’était acharné, si les hommes avaient voulu se débarrasser de lui, il aurait réagi… C’était un jour ordinaire. On peut donc mourir un jour ordinaire, d’une mort ordinaire, quand on a cru être quelqu’un, quand on pensait compter encore…
L’homme, finalement, est intervenu. La tronçonneuse a détaché la vieille branche de l’arbre blessé à mort puis elle l’a achevé. Quelques fumerolles s’échappent de ses moignons calcinés. Le feu, à la longue aura raison de son entêtement. « ..et tu redeviendras cendres… » Son squelette calciné a l’air de dire au passant pensif : « Vois, mon ami, tout passe. Tu me croyais unique pour toi. Seul Dieu est Unique car Il est l’Eternel ».

4 commentaires:

MH a dit…

Bravo pour votre publication Jean ! Voilà un magnifique encouragement à persévérer dans l'écriture de vos chroniques. Merci pour votre chêne qui nous rappelle que tout grand tout fort que nous semblons être, nous ne sommes que des poussières. La forêt guyannaise m'a donnée la même leçon : des géants magnifiques de 40 mètres, vieux de combien d'ans réduits en poussières et riches terreaux pour leurs frères grandissants. Si le grain de blé ne meurt...

christine a dit…

lu

Anonyme a dit…

Eclats de vie attendus avec impatience; il faudra nous en indiquer les points de vente;merci et à bientôt sur le blog.

Anonyme a dit…

lu